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La religion phénicienne
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Aperçu
Nous ne possédons qu'un petit nombre de documents relatifs à l'état de la, religion chez les Phéniciens. Ces documents peuvent être divisés en deux catégories : 1° sources indigènes, 2° sources étrangères. Au nombre des principales sources indigènes, on compte d'abord le fragment de Sanchoniathon, conservé par Eusèbe, sans parler des fragments sur la cosmogonie phénicienne, conservée par le néoplatonicien-Damascius et extraits des Annales sacrées des Sidoniens, ainsi que de Mochus, auteur phénicien. Les autres sources indigènes d'une valeur également incontestable sont les inscriptions phéniciennes, parmi lesquelles on remarque surtout celle qui a été trouvée au XIXe siècle à Marseille. Quant aux sources étrangères, elles consistent en plusieurs passages de la Bible (1 Reg., 11 , 5 ; 15, 31 et seq.; Il Reg., 23, 13), et de quelques écrivains grecs et latins, parmi lesquels il nous suffira de citer Lucien (de Syra Dea) et Plutarque (Crassus, c. 27). Mais ce sont principalement les colonies phéniciennes en Afrique et en Europe qui nous ont laisse les renseignements les plus précieux sur la religion de la métropole.

Il est difficile à partir de ces documents de ce faire une idée de la religion phénicienne qui soit dépourvue d'équivoque. On est confronté à des lacunes, qui empêchent souvent de reconnaître ce qui est propre aux Phéniciens ou ce qui appartient plutôt à d'autres cultures proches; on se heurte également à cette manie qu'avaient les anciens Grecs et Romains donner aux dieux étrangers les noms de leurs propres divinités (comme s'il pouvait y avoir traduction "mot à mot", par exemple, entre Melqart le phénicien et l'Hercule que voient en lui les Romains).  Dans certains cas, lacunes et assimilations abusivent jouent de concert pour voiler des pans entiers de la religion phénicienne. Ainsi ne sait-on plus quel était le nom du dieu de la mer des Phéniciens. On sait seulement  qu'il y en avait un et que leur "Poséidon" était particulièrement en honneur à Béryte, à Tyr, à Carthage, culte, bien naturel chez un peuple essentiellement navigateur, mais dont la banalité justement explique qu'on ait pu omettre de nous en rapporter de ce qu'il pouvait avoir de spécifiquement phénicien. Il y a pourtant des indices qui nous laissent croire à quelque chose de plus vaste et spécial dans la "théologie marine" des phéniciens. Hésychius mentionne par exemple un Jupiter marin à Sidon. Il est aussi question d'une Vénus marine, probablement une modification de l'Astarté. Les écrivains grecs parlent, en outre, de Pontos, d'Oceanos, de Nérée, de Typhon dans la mythologie phénicienne. Qu'étaient ces dieux au nom phénicien inconnu? Quels rapports avaient-ils réellement avec les dieux grecs auxquels renvoient leurs seuls noms connus? Quel système composaient-ils dans leur ensemble? On voit donc qu'on ne pourra éviter la confusion; beaucoup de détails demeureront  incertains. Il est toutefois possible de se faire une idée globale des conceptions religieuses des Phéniciens, par de nombreux aspects très proches de celles des autres peuples du Croissant fertile. 

L'essence de la religion phénicienne est celle d'un polythéisme similaire à celui de la Mésopotamie, mais qui à l'occasion fera aussi quelques emprunts à celui de l'Égypte; on y rencontre également des caractères présents dans la religion des Hébreux, notamment dans son créationisme. Dans cette religion la divinité se manifeste comme une puissance mystérieuse, sous le triple rapport de la création, de la conservation et de la destruction.  Un antagonisme dualistique est toujours présent : le principe mâle et le principe femelle, l'actif et le passif, le génie du bien et le génie du mal, le générateur et le destructeur, la lumière et les ténèbres. 

On peut également reconnaître deux classes de dieux : les uns (dii majores, pour reprendre la terminologie romaine) embrassent dans leur sphère d'activité tout l'univers; les autres (dii minores) ont un empire plus restreint : ils président seulement aux astres, aux éléments, à certaines localités, etc. Et il importe d'ailleurs de noter ici que les divinités du Nord de la Phénicie différaient de celles du midi. Ainsi, là le dieu suprême s'appelait El, ici il se nommait Baalsamim. Au premier s'associait, comme divinité femelle, Baaltis ou Berut, avec Adonis ou Eshmoun, et au dernier, Astarté et Melqart. A Tyr ,Astarté était adorée comme l'épouse de Baal , tandis qu'à Sidon elle était adorée comme une vierge pure.

Les divinités assimilées étaient figurativement et symboliquement représentées par des images plus ou moins anthropomorphiques. Les unes étaient mâles, les autres femelles; il y en avait même qui indiquaient les différents âges de la vie : Adonis, l'enfance; Eshmoun, l'adolescence; Baal, l'âge viril; Belitan (dans lequel les Grecs verront Cronos ou Aïon), la vieillesse. Il y avait des rois (Moloch ou Melek) et des reines (Astarté, Baaltis ). Enfin on attribuait aux dieux les passions et les sentiments des mortels.

Les épithètes que les Phéniciens appliquaient à leurs dieux se retrouvent aussi, en grande partie, dans l'Ancien Testament. Par El () le fort), au pluriel élim, ils désignaient le plus grand des dieux, le Cronos ou Zeus des Grecs. Le nom de mélek, moloch, malk, roi,  est aussi une dénomination générale, qui pouvait s'appliquer à plus d'un dieu. Quand les phéniciens parlent du dieu égyptien-Osiris, ils le naturalisent en l'appelant Mélech Osiris. On peut aussi trouver, pour ne rien simplifier, Baal nommé Mélek-Baal. Le nom de baal est, par son emploi et sa signification, identique au mot seigneur: il s'applique tout à la fois au dieu suprême et à des humains. Dans ce dernier cas il est synonyme d'adon, dominus, dont on a fait le nom d'Adonis.

Ajoutons que les Phéniciens ne possédaient pas, comme les Chaldéo-Assyriens, un système mythologique coordonné. 

« Les mythes étaient demeurés chez eux à l'état flottant, et les dieux se partageaient le pays comme autant de princes féodaux. » (G. Maspéro.)
Les mythes les plus fameux étaient : le mythe d'Adonis Tammoua et de Baaltis-Mylitta, à Byblos; celui d'Atergatis-Derketo, à Ascalon; celui de la déesse de Paphos; celui d'Eshmoun et des sept Cabires, considérés comme les forgerons suprêmes; celui du Baal de Tyr, dieu du feu et de la chaleur vivifiante sous le nom de Baal Hammon, dieu des navigateurs sous le nom de Melqart, et de Tanit, la déesse vierge, face de Baal.

Ces mythes, qui n'étaient peut-être à l'origine que des formes diverses d'une seule et même légende, servirent plus tard d'éléments à une sorte de Genèse phénicienne, dont l'antiquité attribuait la composition à un prêtre nommé Sanchoniathon. Mais seuls quelques débris mutilés en sont parvenus jusqu'à nous, et c'est à peine si l'on peut en rétablir le sens. Les mythes phéniciens exercèrent une influence sur quelques parties de la mythologie grecque.

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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