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Le
Livre de Baruch est un texte de l'Ancien Testament
qui occupe une place particulière au sein des écrits bibliques .
Reconnu comme livre deutérocanonique par les Églises catholiques et orthodoxes,
il n'est en revanche pas inclus dans le canon hébraïque ni dans les Bibles
protestantes, qui le classent généralement parmi les apocryphes. Traditionnellement
attribué à Baruch, fils de Néri et scribe fidèle du prophète Jérémie,
ce texte se présente comme une oeuvre écrite en exil, destinée à soutenir
les déportés de Juda ainsi que leurs coreligionnaires restés à Jérusalem.
Bien que la tradition juive et chrétienne
ancienne ait accepté cette paternité directe, l'exégèse moderne s'accorde
majoritairement à y voir une oeuvre pseudépigraphique, rédigée bien
après l'exil babylonien du VIe siècle
avant notre ère, probablement à l'époque hellénistique, vers le IIe
ou le IIIe siècle av.
JC. L'auteur réel, resté anonyme, a choisi d'emprunter la voix de Baruch
pour donner une autorité prophétique à son message et ancrer ses réflexions
dans le traumatisme fondateur de la déportation babylonienne.
L'ouvrage s'ouvre
sur une introduction en prose qui sert de cadre historique et épistolaire.
Le texte situe l'action à Babylone, la
cinquième année après la destruction de Jérusalem.
Baruch y est décrit en train de lire le livre devant le roi de Juda en
exil, Jéchonias, ainsi que devant les chefs, les prêtres et l'ensemble
du peuple. Cette scène initiale met en place un rituel de pénitence et
de solidarité avec la ville sainte. Les exilés organisent une collecte
d'argent pour financer des sacrifices au Temple
de Jérusalem et envoient les objets sacrés qui avaient été profanés,
accompagnés d'une lettre exhortant les habitants de Jérusalem à prier
pour leurs oppresseurs, reconnaissant ainsi la souveraineté politique
de l'Empire babylonien comme un instrument
de la volonté divine. C'est dans ce contexte de soumission et de repentance
collective que Baruch est invité à lire publiquement le livre lors d'une
fête solennelle, marquant ainsi le début d'une confession des péchés.
Suit une longue prière
de confession et de supplication, qui constitue la première grande partie
religieuse de l'ouvrage. Dans ce texte, la voix communautaire s'élève
pour reconnaître la justice des châtiments infligés par Dieu. Les exilés
admettent sans réserve leurs fautes, l'infidélité de leurs ancêtres
et leur propre désobéissance aux commandements divins. Cette section
rappelle fortement les prières de pénitence que l'on retrouve dans d'autres
livres bibliques, comme ceux de Daniel ou
d'Esdras, en insistant sur la honte qui recouvre
le visage d'Israël. Cependant, malgré la sévérité du jugement divin,
la prière ne sombre pas dans le désespoir. Elle s'appuie sur l'alliance
éternelle et la miséricorde de Dieu pour implorer le pardon, demandant
au Seigneur d'écouter leurs supplications non par mérite, mais par pure
grâce, afin de les libérer et de restaurer son propre honneur aux yeux
des nations.
La troisième partie
du livre marque une rupture de style et de ton, passant de la prose de
la prière à la poésie sapientiale. Il s'agit d'un magnifique poème
consacré à la Sagesse. L'auteur s'adresse directement à Israël, lui
reprochant son abandon de la source de la vie, c'est-Ã -dire la Sagesse
de Dieu. Le texte décrit les vaines recherches des puissants et des riches
de ce monde, incapables de trouver cette Sagesse par leurs propres moyens.
La Sagesse est finalement révélée non pas comme une abstraction philosophique,
mais comme une réalité concrète et accessible : elle est identifiée
à la Loi, la Torah, donnée à Moïse sur le
mont Sinaï. Ce passage est théologiquement crucial car il opère une
synthèse entre la tradition sapientiale d'Israël
et la Loi révélée. Il affirme que la survie et la bénédiction du peuple
en exil ne dépendent pas d'un retour géographique immédiat, mais de
leur fidélité à la Loi, qui est présentée comme le chemin de la vie
et la lumière inextinguible.
L'ouvrage s'achève
sur un long poème de consolation, souvent considéré comme le sommet
littéraire et émotionnel du livre. Dans cette section, la ville de Jérusalem
est personnifiée sous les traits d'une mère endeuillée, pleurant la
perte de ses enfants déportés. Une voix, souvent interprétée comme
celle de Baruch ou d'un prophète, s'adresse à elle pour la consoler.
Jérusalem est exhortée à cesser son deuil excessif et à lever les yeux,
car le retour de ses enfants est promis. Le texte décrit de manière très
poétique et imagée le chemin du retour des exilés, transformé par Dieu
lui-même : les montagnes seront aplanies, les vallées comblées, et les
forêts fourniront de l'ombre, rappelant ainsi l'Exode
hors d'Égypte. Jérusalem est également
invitée à se débarrasser de ses vêtements de deuil pour revêtir la
gloire éternelle de Dieu. Cette section offre une espérance eschatologique
puissante, transformant la douleur de l'exil en une attente joyeuse de
la restauration divine.
Il convient également
de mentionner que dans la tradition catholique, le Livre de Baruch
est souvent suivi d'un sixième chapitre, connu sous le nom de Lettre
de Jérémie. Bien que les manuscrits grecs anciens la présentent
comme une conclusion à Baruch, il s'agit en réalité d'une oeuvre distincte,
un pamphlet virulent contre l'idolâtrie.
Jérémie y est censé écrire une lettre aux déportés pour les mettre
en garde contre la tentation de se prosterner devant les idoles de bois,
d'argent et d'or des Babyloniens. Le texte tourne en dérision le caractère
inerte et impuissant de ces statues, soulignant par contraste la grandeur
du Dieu vivant d'Israël, et rappelant aux exilés que leur identité repose
sur le culte du Dieu invisible et non sur les pratiques religieuses de
leurs conquérants.
Sur le plan théologique
et historique, le Livre de Baruch remplit une fonction essentielle
pour une communauté en crise d'identité. Écrit probablement à une époque
où les Juifs étaient dispersés et confrontés à la culture hellénistique,
il répond à des questions brûlantes : comment rester fidèle à Dieu
loin de la Terre promise? Comment comprendre le malheur de l'exil? En répondant
que l'exil est la conséquence d'une rupture de l'alliance, mais que la
Loi elle-même voyage avec le peuple et constitue le véritable temple
de la Sagesse, l'ouvrage permet une religiosité de la diaspora. |
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