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Alcántara

Alcántara, (c. -à-d. en arabe le pont), la Norba Caesarea ou Interamnium des ancien) est une petite ville d'Espagne, chargée d'histoire située dans la province de Cáceres, en Estrémadure, tout près de la frontière portugaise. Elle doit son nom et une grande partie de sa renommée à son élément géographique le plus emblématique : le fleuve Tage (Tajo) et le magnifique pont qui l'enjambe. 

Alcántara s'inscrit dans un paysage caractéristique de l'Estrémadure, caractérisé par des collines douces et une végétation méditerranéenne, mais surtout dominé par la présence imposante du Tage. Le fleuve, l'un des plus longs de la péninsule Ibérique, forme ici une vallée profonde, créant un point de passage stratégique mais aussi une barrière naturelle. Le site de la ville, établi sur une légère hauteur surplombant la rive, était idéal pour contrôler ce passage. Le climat est typiquement méditerranéen continental, avec des étés très chauds et secs et des hivers doux et humides. Aujourd'hui, la région fait partie du Parc Naturel International du Tage, soulignant sa richesse écologique et paysagère, partagée avec le Portugal voisin, bien que la construction du grand barrage d'Alcántara en aval ait considérablement modifié l'hydrographie locale et créé un vaste réservoir.

Histoire d'Alcántara.
Bien que le site ait pu être occupé par des populations ibères, puis par les Romains, c'est la construction du pont au début du IIe siècle après JC, sous l'empereur Trajan (entre 104 et 106 ap. JC), qui marque un tournant fondamental. Cet ouvrage d'art monumental, conçu par l'architecte Caius Iulius Lacer, est une merveille d'ingénierie antique. Bâti en blocs de granit sans mortier sur six arches massives, il s'étend sur près de 200 mètres de long et 60 mètres de haut au-dessus du Tage. Il était destiné à faciliter le passage sur le fleuve sur la route reliant Norba Caesarina (l'actuelle Cáceres) à Conimbriga (au Portugal actuel) et à d'autres points de l'Empire Romain. Le pont lui-même, flanqué d'un petit temple (qui servit de chapelle) et d'un arc de triomphe (l'Arc de Trajan), est un témoignage de l'importance stratégique et économique de la région à l'époque romaine.

Après le déclin de l'Empire Romain, la région passe sous domination wisigothe, une période dont peu de vestiges subsistent à Alcántara même. L'arrivée des Musulmans au VIIIe siècle est capitale. C'est d'eux que vient le nom d'Alcántara, dérivé de l'arabe al-qantara, signifiant 'le pont'. Ils reconnurent immédiatement la valeur stratégique du site et du pont, qu'ils entretenaient et fortifiaient, intégrant la ville dans les réseaux de l'Al-Andalus. Alcántara devient alors un poste frontalier important face aux royaumes chrétiens du nord en expansion.

La Reconquista voit Alcántara changer de mains plusieurs fois en raison de sa position clé. Sa capture définitive par les royaumes chrétiens, notamment par le Royaume de León au début du XIIIe siècle (la ville fut conquise par Alphonse IX de León en 1218), est un jalon majeur. La défense et le contrôle de ce point stratégique sur le Tage sont confiés à un ordre militaire qui prendra le nom de la ville : l'Ordre d'Alcántara. Initialement fondé au XIIe siècle sous le nom d'Ordre de San Julián del Pereiro pour défendre la région contre les Almohades, il s'établit définitivement à Alcántara et devient l'un des trois grands ordres militaires espagnols (avec Santiago et Calatrava). L'Ordre d'Alcántara accumule terres, richesses et pouvoir, jouant un rôle majeur dans les campagnes militaires de la Reconquista et la gestion des vastes territoires qui lui sont confiés, notamment en Estrémadure. Son couvent, le magnifique couvent de San Benito de Alcántara, commencé au XVe siècle, témoigne de la puissance et de l'influence de l'Ordre jusqu'à son déclin progressif et son intégration dans la couronne espagnole.

Durant les siècles suivants, Alcántara conserve son importance stratégique en raison de sa position frontalière avec le Portugal. Elle subit les aléas des guerres hispano-portugaises et des conflits européens, notamment la Guerre de Succession d'Espagne et la Guerre d'Indépendance (Guerre Péninsulaire) contre les forces napoléoniennes au début du XIXe siècle, durant lesquelles le pont fut partiellement détruit puis restauré à plusieurs reprises, illustrant sa fragilité face aux conflits modernes malgré sa robustesse antique.

Le déclin de l'importance militaire et stratégique des forteresses frontalières au XIXe et XXe siècles, conjugué à l'exode rural qui a touché durement l'Estrémadure et d'autres régions rurales d'Espagne, a entraîné un ralentissement du développement et une perte de population pour la ville. 

Aujourd'hui, Alcántara est une petite commune rurale qui s'efforce de préserver et de valoriser son riche patrimoine historique, avec le Pont Romain, le Couvent de San Benito et d'autres vestiges de son passé (comme les restes des murailles et d'églises) comme principaux atouts touristiques. Le pont, symbole séculaire de la ville, continue de jeter un lien entre les époques et les rives, racontant à lui seul une histoire de plus de 2000 ans, profondément liée à la géographie singulière de ce passage sur le Tage.

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Dictionnaire Villes et monuments
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