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Émile
Roumer
est un poète né le 5 février
1903 à Jérémie, une ville du sud d'Haïti.
Il est l'un des neuf enfants de Léopold Roumer et d'Eugénia Vidal Très
tôt attiré par la poésie, il rédige ses premiers vers dès la classe
de sixième au cours de sa scolarité à l'Institution Saint-Louis-de-Gonzague
à Port-au-Prince. Son talent est tel
qu'il compose en vers réguliers sa dissertation française pour l'obtention
de son baccalauréat.
Après ses études
secondaires, il part pour la France afin
d'y étudier la philosophie au lycée Michelet
à Paris. C'est durant cette période européenne
qu'il fait ses premiers pas dans le monde de l'édition : ses camarades,
éblouis par ses poèmes au "parfum tropical", l'encouragent à les publier.
Il y parvient en faisant paraître ses textes dans la célèbre revue parisienne
Les
Annales, utilisant parfois le pseudonyme d'Emilius Niger, un clin d'œil
à ses racines africaines. Il poursuit ensuite son parcours en Angleterre
pour y suivre des études commerciales, d'abord à Londres
puis à Manchester. Loin de délaisser
les lettres, il fréquente assidûment les bibliothèques et se passionne
pour la littérature anglaise, découvrant notamment le poète Gerard Manley
Hopkins.
En 1925, avant même
son retour en Haïti, il a la joie de voir son premier recueil, Poèmes
d'Haïti et de France, publié à Paris par les éditions de la Revue
mondiale. L'ouvrage reçoit un accueil favorable dans la presse littéraire
parisienne et, rapidement, en Haïti où des critiques comme André Liautaud
et Charles Moravia saluent l'émergence d'une voix nouvelle et authentique
.
De retour dans son
pays natal, Émile Roumer s'impose comme une figure centrale du renouveau
littéraire. En 1927, il fonde avec Normil Sylvain, Jacques Roumain, Philippe
Thoby-Marcelin et Carl Brouard La Revue Indigène. Cette revue,
publiée en pleine occupation américaine d'Haïti (1915-1934), devient
un porte-voix pour une génération d'écrivains qui, sous l'influence
intellectuelle de Jean Price-Mars, cherchent
à réaffirmer l'identité culturelle haïtienne et à puiser leur inspiration
dans les réalités et les traditions nationales. La revure est éphémère
mais son impact est majeur, lançant le mouvement indigéniste. Roumer
fondera par la suite La Revue Caraïbe.
Sa vie personnelle
est marquée par une tragédie en 1928, lorsqu'il découvre son épouse,
Gabrielle, fille du poète Edmond Laforest, pendue dans leur maison. Ce
drame le laisse inconsolable.
En 1930, il entre
à la Faculté de Droit et devient avocat, bien qu'il n'exerce que peu.
Il s'établit plus tard comme commerçant dans sa ville natale de Jérémie,
tout en poursuivant son oeuvre littéraire. Son deuxième recueil, Poèmes
en vers, est publié en 1947 dans le numéro de Noël d'Haïti-Journal
.
La fin des années
1950 et l'arrivée au pouvoir de François Duvalier le poussent à un certain
retrait. Il se fait plus discret et se tourne résolument vers l'écriture
en créole
haïtien, qu'il défend avec ardeur dans sa chronique Réflexions
du journal Panorama. Son engagement anti-américain, qu'il qualifie
de "nationalisme irascible", le conduit à publier en 1963 un recueil de
sonnets vengeurs intitulé Le Caïman étoilé. En 1964, il publie
Rosaire
: Couronne Sonnets, un recueil de sonnets
en créole qui ancre définitivement sa contribution à la littérature
en langue créole. Son poème le plus célèbre, Marabout de mon coeur,
tiré de son premier recueil, reste un classique de la poésie haïtienne,
mêlant avec gourmandise l'évocation de l'amour et des saveurs du terroir.
Jusqu'au début des
années 1980, il enseigne le français et la littérature à des lycéens
de Port-au-Prince. Émile Roumer s'éteint le 6 avril 1988 à Francfort-sur-le-Main,
en Allemagne, chez sa fille. Son corps
est rapatrié en Haïti et inhumé dans sa ville natale de Jérémie. |
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