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Le
Roanoke est un fleuve des États-Unis
qui prend sa source dans les montagnes Blue Ridge, au sud-ouest de la Virginie.
Il parcourt ensuite 660 kilomètres avant de se jeter dans l'océan
Atlantique. Il naît dans le comté de Montgomery de la confluence
de deux cours d'eau, le North Fork et le South Fork, puis s'écoule vers
le nord-est en direction de la ville de Salem avant de traverser celle
de Roanoke, qui a d'ailleurs été rebaptisée en son honneur en 1883.
Sortant des montagnes, il délimite une partie de la frontière entre les
comtés de Franklin et de Bedford, traversant ensuite le Piedmont virginien
avant d'entrer en Caroline du Nord.
Son bassin versant
draine une vaste superficie de près de 9580 milles carrés, dont environ
3503 se situent entièrement en Caroline du Nord, et approvisionne en eau
une population de près de 345 000 habitants répartis dans 19 comtés.
Le régime du fleuve est puissant, avec un débit moyen de 221 mètres
cubes par seconde. Contrairement à d'autres grands fleuves de la région,
le Roanoke ne rencontre pas l'Atlantique directement, mais se déverse
dans la baie d'Albemarle, un vaste estuaire
peu profond situé dans le nord-est de la Caroline du Nord, qui est séparé
de l'océan par les îles barrières des Outer Banks. Cette baie, qui s'étend
sur environ 80 kilomètres d'est en ouest pour une profondeur maximale
de seulement 8 mètres, reçoit également les eaux des rivières Chowan
et Pasquotank avant de les évacuer vers l'océan par l'intermédiaire
du détroit de Roanoke et du détroit de Croatan.
Le parcours du Roanoke
est marqué par une série impressionnante de barrages qui le transforment
en un chapelet de grands lacs artificiels. En amont, dans le Piedmont virginien,
deux retenues successives forment les lacs Smith Mountain et Leesville.
Plus en aval, le barrage John H. Kerr, également connu sous le nom de
barrage de Buggs Island, donne naissance au vaste lac Kerr, qui s'étend
le long de la frontière entre la Virginie et la Caroline du Nord. Juste
en aval, un autre barrage forme le lac Gaston, une retenue qui s'étire
jusqu'au pied des rapides qui ont donné leur nom à la ville de Roanoke
Rapids. Ces aménagements hydroélectriques, s'ils participent à la gestion
des ressources en eau du bassin, ont eu un impact considérable sur l'écosystème
du fleuve.
Le fleuve Roanoke
occupe une place importante dans l'histoire des États-Unis, ayant été
le berceau de nombreuses tribus amérindiennes
comme les Occaneechi avant l'arrivée des colons européens. Ses crues
printanières dévastatrices lui avaient d'ailleurs valu le nom de "rivière
de la mort" auprès de ces populations. Le nom Roanoke provient d'ailleurs
d'un mot algonquin désignant le wampum, ces colliers de coquillages utilisés
comme monnaie d'échange. Les premiers colons anglais s'installèrent sur
son cours inférieur dès le milieu du XVIIe
siècle dans ce qui fut appelé les établissements d'Albemarle, constituant
l'une des toutes premières zones de peuplement européen en Caroline du
Nord. La baie d'Albemarle elle-même, que le fleuve rejoint, fut explorée
dès 1586 par Ralph Lane, le gouverneur de la colonie de Roanoke Island,
et porta initialement le nom de Sea of Rawnocke.
Aujourd'hui, le bassin
du Roanoke est reconnu pour sa richesse écologique, notamment en raison
de la présence d'espèces endémiques et menacées. C'est le cas de la
Perche de Roanoke (Roanoke logperch, Percina rex), un petit poisson
d'eau douce qui ne se trouve nulle part ailleurs dans le monde que dans
le bassin du Roanoke et celui de la rivière Chowan voisine. Cette espèce,
qui utilise son long museau pour retourner les graviers du fond et se nourrir
des invertébrés cachés, est classée comme
en voie de disparition par les autorités fédérales américaines. La
construction des barrages sur le fleuve a fragmenté son habitat et constitue
l'une des principales menaces à sa survie, en transformant les rapides
et les zones de courant où il vit en eaux calmes et en éliminant les
fonds graveleux indispensables à son alimentation et à sa reproduction. |
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