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Pierre Reverdy

Pierre Reverdy est un poète né le 13 septembre 1889 à Narbonne, bien que son acte de naissance officiel mentionne cette date de manière complexe, car il fut déclaré "né de père et de mère inconnus". Sa mère était mariée à un autre homme, vivant en Argentine, et ce n'est qu'en 1897 qu'elle put épouser le père de Pierre, un viticulteur de la Montagne Noire. Il attendra sa vingt-deuxième année pour être officiellement reconnu par elle. Il grandit au sein d'une famille de sculpteurs et de tailleurs de pierre d'église Après des études à Toulouse et Narbonne, qu'il abandonne en 1905, il arrive à Paris en octobre 1910.

À Montmartre, il s'installe au célèbre Bateau-Lavoir et se lie rapidement d'amitié avec les grandes figures de l'avant-garde artistique et littéraire : Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Pablo Picasso, Georges Braque, Juan Gris ou encore Amedeo Modigliani. Ces années parisiennes sont d'une intense effervescence créative. En 1914, il épouse Henriette Bureau, qui sera sa compagne dévouée pour la vie. Mobilisé au début de la Grande Guerre, il est rapidement réformé pour une maladie de coeur et retourne à son métier de correcteur, vivant souvent dans une grande pauvreté, une période difficile où il lui faut vendre des oeuvres de ses amis peintres pour survivre.

En 1917, il fonde la revue Nord-Sud, dont le titre, inspiré par la ligne de métro reliant Montmartre à Montparnasse, symbolise sa volonté de relier les deux principaux foyers de la création moderne. Cette revue, bien que de courte durée (14 numéros jusqu'en 1918), devient un creuset essentiel pour les nouvelles idées poétiques et accueille les premiers textes des futurs surréalistes comme André Breton, Louis Aragon et Philippe Soupault, sur lesquels Reverdy exerce une influence majeure, notamment par sa conception de l'image poétique. 

De cette époque datent ses recueils La Lucarne (1916) et Les Ardoises du toit (1918). Sa poésie, à ce moment, participe pleinement du renouveau cubiste. Fervent admirateur de Mallarmé, il adopte une forme dentelée, un retour systématique à la ligne qui crée des vers en biseaux. À la manière d'un collage cubiste, il cherche à aller au coeur des choses en rapprochant des mots éloignés pour créer ce qu'il nomme le "choc poésie". Picasso disait de lui qu'il écrivait comme un peintre. Au début des années 1920, il vit une liaison passionnée avec la célèbre couturière Coco Chanel, à qui il dédie de nombreux poèmes et qui l'aide financièrement.

• La Lucarne ovale (1916) est l'un des recueils emblématiques de la période cubiste de Reverdy. Les poèmes offrent des visions fragmentées, généralement inspirées par l'espace urbain et domestique. La lucarne suggère un point de vue partiel, déformé, à travers lequel le monde est perçu. Les associations d'images sont inattendues, parfois déroutantes, et traduisent une volonté de rompre avec la poésie descriptive et lyrique traditionnelle.

• Les Ardoises du toit (1918) prolonge les recherches formelles amorcées précédemment, tout en introduisant une tonalité plus mélancolique. Le toit, espace intermédiaire entre l'intérieur et l'extérieur, devient un lieu symbolique de retrait et d'observation. Les poèmes évoquent l'isolement, la pauvreté, la précarité, mais aussi une attention aiguë au monde sensible. Le langage reste dépouillé, tendu vers l'essentiel, annonçant déjà l'évolution future de la poésie de Reverdy.

Pourtant, en 1926, à l'âge de 37 ans, il prend une décision radicale qui façonne le reste de sa vie. "Libre penseur, je choisis librement Dieu", annonce-t-il avant de quitter définitivement Paris pour se retirer à Solesmes, à proximité de l'abbaye bénédictine. Il y mène une vie de réclusion méditative et de pauvreté, dédiée à la poésie et à la quête religieuse, bien qu'il semble avoir rapidement perdu la foi. C'est là que naissent certains de ses recueils les plus importants, tels que Sources du vent (1929), Ferraille (1937) ou Le Chant des morts (1948), souvent en étroite collaboration avec ses amis peintres comme Picasso pour des livres d'artiste. Il effectue quelques rares voyages, mais se tient à l'écart du monde et refuse de publier pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1945, il a publié Plupart du temps, qui rassemble ses poèmes de jeunesse (dont ceux déjà recueillis dans La Lucarne ovale et Les Ardoises du toit).
• Sources du vent (1929) marque une étape de maturité dans l'oeuvre de Reverdy. Le recueil se caractérise par une poésie de la tension et du dépouillement, où les images naissent de rapprochements abrupts entre des éléments naturels et abstraits. Le vent, omniprésent, symbolise à la fois l'instabilité du monde et le mouvement intérieur du poète. Les poèmes sont courts, fragmentés, et laissent une large place au silence et à l'ellipse. Reverdy y cherche une vérité essentielle, débarrassée de l'anecdote et de l'émotion trop directe.

• Ferraille (1937) s'inscrit davantage dans l'esthétique cubiste. Le recueil met en scène un univers urbain et industriel, fait de débris, de métaux, d'objets disloqués. La ferraille devient le symbole d'un monde moderne fragmenté, parfois hostile, mais aussi matière poétique brute. Les images sont dures, anguleuses, souvent visuelles, et traduisent un sentiment d'aliénation. Reverdy ne décrit pas : il juxtapose, créant un choc poétique qui oblige le lecteur à reconstruire le sens.

• Plupart du temps (1945) est un recueil rétrospectif qui rassemble des poèmes écrits sur une longue période. On y retrouve les grands thèmes reverdien : la solitude, l'absence, le temps, la difficulté d'exister. Le titre suggère une expérience quotidienne de l'inquiétude et du doute. L'écriture est simple en apparence, mais construite sur des images très condensées. Ce recueil permet de mesurer la cohérence de l'oeuvre, malgré l'évolution stylistique du poète.

• Le Chant des morts (1948) est l'une des oeuvres les plus graves et les plus dépouillées du poète. Écrit après la Seconde Guerre mondiale, le recueil est un long poème de deuil et de méditation. La voix poétique s'adresse aux morts, mais aussi aux vivants, dans une langue extrêmement sobre, presque ascétique. La ponctuation est rare, le rythme lent, comme suspendu. Reverdy y exprime une profonde solitude métaphysique et une quête intérieure marquée par le silence, la prière et l'effacement du moi.

En 1959, il écrit Sable mouvant, un testament poétique illustré par Picasso où il dépouille ses vers à l'extrême, laissant son dernier vers sans point final. Il meurt le 17 juin 1960 à Solesmes, où il est inhumé au cimetière communal.
• Sable mouvant (1959) développe l'idée d'un monde instable, où les repères se dérobent sans cesse. Le sable mouvant devient une métaphore de l'existence et de la conscience, toujours menacées d'effondrement. Les poèmes expriment une angoisse sourde, mais aussi une vigilance extrême face au réel. Reverdy y poursuit son travail sur l'image poétique, conçue non comme ornement, mais comme moyen de révélation.

 
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