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Le
cubisme
est un mouvement artistique du premier quart du XXe
siècle, qui a été essentiellement pictural, et auquel sont attachés
en premier lieu les noms de Pablo Picasso, de Georges Braque et de Juan
Gris, ainsi que ceux de Fernand Léger, Robert Delaunay, Jean Metzinger
et Albert Gleizes. Il a également existé une sculpture cubiste (Picasso,
Alexandre Archipenko, Jacques Lipchitz, Henri Laurens, etc).
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Nature
morte Ă la guitare, par Juan Gris (1912).
La préoccupation centrale des cubistes
est la figuration des volumes. L'objet représenté n'est plus considéré
d'un point de vue unique, mais d'une multitude de points de vue, qui cohabitent
(de façons diverses) sur la toile. L'objet n'est plus ainsi asservi Ă
la subjectivité d'un observateur qui impose son regard particulier (au
travers des lois de la perspective, par
exemple), mais retrouve, espèrent les artistes, une forme d'autonomie;
il est représenté tel qu'en lui-même - tel qu'il peut être pensé,
et non comme il est perçu. La grande loi qui domine
l'esthétique cubiste est la suivante : la conception l'emporte sur
la vision.
« Ceux
qui allaient devenir les cubistes interviennent : révolte contre des usages,
- ces rites surannés dont leur intelligence, éclairée par une connaissance
profonde des choses de la peinture leur avait révélé l'inutilité; libération
de cette entrave que de telles coutumes mettaient à la réalisation d'un
art désiré depuis toujours et dont de multiples contingences avaient
jusqu'ici retardé l'avènement (les nécessités de l'iconographie, de
documentation, etc.). Il s'agissait, en vérité, d'atteindre enfin au
seul idéal que se soient au fond toujours proposé les grands artistes
: le lyrisme. Et l'on se proposa d'atteindre au lyrisme par les seuls moyens
picturaux, ne consentant plus à user des procédés de l'allusion qui,
par le jeu des associations du souvenir, transportent le spectateur dans
un autre système d'émotion, lyrique parfois, mais que le littérateur
détermine plus aisément. On parle alors de peinture pure et l'on dénonce
la littérature comme l'ennemi.
Il est nécessaire
d'insister sur le fait que les années au cours desquelles s'élaborèrent
ces conceptions, marquent un moment décisif de l'histoire de l'art. La
perturbation fut immense et tout ce qui s'est fait depuis s'en ressent
: on est pour ou contre. C'est de 1906 à 1912 que se dégage le cas du
cubisme au milieu des libertés presque totales apportées par le fauvisme.
Mais tandis que celui-ci donnait toutes libertés sur un phénomène non
libéré en soi, - la représentation (figure, paysage, etc.), - quelques-uns
sentirent ou comprirent que ce n'était en somme que des libertés à l'intérieur
d'un code usuel; ils se préoccupèrent de voir si ce code lui-même avait
des raisons d'être et conclurent qu'une liberté capitale encore manquait,
celle permettant d'éliminer le sujet extérieur et de faire vraiment des
tableaux et non plus des figurations plus ou moins imitatives. »
(Ozenfant et Jeanneret / Le Corbusier, La peinture moderne, 1925).
On a coutume de diviser
l'histoire du cubisme en plusieurs étapes :
• Le cubisme cézannien
(1906-1909)
Cette étape, qu'on
appelle aussi précubiste, installe les deux questions qui fondent la nouvelle
esthétique : celle, classique, de l'autonomie de l'oeuvre et celle du
traitement des volumes. La réponse à la première apparaît surtout comme
une profession de foi et un axiome : il peut et doit exister une peinture
n'ayant de comptes Ă rendre qu'Ă elle-mĂŞme.
Quant au problème
de la représentation de l'espace et des volumes, c'était déjà la préoccupation
de Cézanne, et c'est dans le prolongement
de ses recherches que s'inscrivent les premiers tableaux cubistes ou précubistes,
ceux de Georges Braque en particulier (Nature morte au pichet,
Maisons
à l'Estaque). Pablo Picasso, de son côté, réalise les
Demoiselles
d'Avignon, supposé représenter des prostituées d'un bordel de la
rue d'Avignon, Ă Barcelone, et oĂą l'artiste
esquisse ses premières réponses à la question du traitement du relief
(hachures sur les visages des deux personnages de droite).
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Pablo
Picasso :
les
Demoiselles d'Avignon.
(1906-1907). |
Georges
Braque :
Grand
Nu
(1907-1908). |
Georges
Braque :
Maisons
Ă l'Estaque
(version
de 1908). |
Le Grand Nu de Braque, puis ses
nouvelles vues de l'Estaque, confirment la fécondité de ce mouvement
naissant, et que l'on connaît désormais sous le nom de cubisme.
Ce nom «
lui fut donné par dérision en automne 1908 par Henri Matisse qui venait
de voir un tableau représentant des maisons dont l'apparence cubique le
frappa vivement. (Apollinaire,
Les
peintres cubistes, 1913).
« Le nom de « cubisme
» resta et passa dans la pratique de la langue; les deux peintres ainsi
raillés, Braque et Picasso, s'en soucièrent fort peu.
Ils sont les fondateurs
du cubisme. Dans le développement de la peinture moderne leur apport est
étroitement apparenté et se confond même. De leurs entretiens amicaux
sortit maint progrès que tantôt l'un, tantôt l'autre réalisa dans la
pratique. Tous les deux sont de grands artistes, dignes d'admiration. L'art
de Braque est plus tranquille que celui de Picasso, qui est nerveux et
tourmenté [...].
En 1906, Braque,
ainsi que Derain, Matisse et beaucoup d'autres s'efforçaient encore d'atteindre
à l'expression par la couleur au moyen d'arabesques agréables en rejetant
le corps au second plan. Le grand exemple de Cézanne était encore incompris.
La peinture menaçait de s'abaisser à l'ornementation. Elle voulait être
« décorative », elle voulait « décorer le mur. » (Daniel Henry, Der
Wegz um Kubismus, 1920).
A partir de 1908, plusieurs peintres s'engagent
sur la voie ouverte par Braque et Picasso. Le plus notable est peut-ĂŞtre
Juan
Gris, qui va rester en tout cas le plus constant représentant de cette
forme de peinture. Et mĂŞme s'il va encore attendre un an ou deux avant
de montrer ces oeuvres, il rejoint, cette même année, Picasso dans les
ateliers du Bateau-Lavoir, rue Ravignan
(place Emile Goudeau), Ă Montmartre.
En 1909, de nouveaux
noms commencent Ă illustrer la peinture cubiste : Jean Metzinger et Albert
Gleizes vont construire leur oeuvre en parallèle tout en se faisant les
théoriciens du mouvement, tandis que Montparnasse commence à devenir,
après Montmartre, le nouveau rendez-vous des artistes. Des peintres tels
que Fernand Léger, Robert Delaunay, Henri Le Fauconnier,
cĂ´toient dans les ateliers de la Ruche, des sculpteurs tels qu'Alexandre
Archipenko et Henri Laurens. Le galeriste Daniel-Henri Kahnweiler leur
offre un espace d'exposition. Une sorte d'école cubiste commence à prendre
forme, qui intéresse aussi des écrivains comme Blaise Cendrars et surtout
Guillaume Apollinaire.
-
Hommage
Ă Picasso, par Juan Gris
(1912).
• Le cubisme analytique
(1910-1912)
La question de l'espace
et de sa perception devient centrale. Les recherches conduisent Ă les
artistes à des expressions très abstraites, et on a qualifié parfois
cette période d'hermétiste. L'observation de l'objet représenté (figure
humaine, nature morte) ne se fait plus d'un point de vue unique. L'idée
même de perspective, déjà mise à mal depuis un moment, est désormais
annihilée. Le cadre rectangulaire dans lequel elle se développait éclate,
comme éclate l'espace lui-même, et l'on exprime cela sous une forme presque
caricaturale, en peignant des tableaux sur des toiles ovales ou circulaires.
Picasso (Le Guitariste)
et Braque (Violon et Cruche, Piano et Mandore), avançant du même
pas, se répondant sans cesse l'un l'autre pendant cette période, sont
une fois de plus les initiateurs de cette démarche : ils mutiplient
les points de vue. Les volumes, examinés sous plusieurs angles, sont méticuleusement
analysés et définis sous forme de plans multiples, avant d'être déployés
sur le plan unique du tableau. Pour définir l'espace cubiste, Apollinaire
parle, en 1911, de quatrième dimension.
Les artistes réfléchissent
aussi sur la couleur. Une réflexion qui aboutira complètement lors de
l'étape suivante. Mais déjà , ils considèrent que la couleur est une
sensation pure; elle n'existe pas en dehors de nous-mĂŞmes. Lorsque vous
pensez Ă un ou Ă plusieurs objets, vous ne les concevez que sans couleur,
absolument transparents! L'on voit par la pensée un mélange véridique
des objets assemblés comme si nulle opacité ne venait s'interposer et
troubler le merveilleux groupement. Le peintre agit donc suivant les lois
de la raison, en peignant des objets opaques absolument transparents. Mais
s'ils sont transparents, où est la couleur? On ne l'ajoute que pour l'agrément,
à titre purement conventionnel et pour souligner et définir plus nettement
l'idée peinte. Un conception de la couleur, qui place donc le cubisme
en opposition avec les fauvisme : si l'on utilise la couleurs, ce sera
de façon minimaliste, n'usant généralement que de tons éteints.
-
La
ville de Paris, par Robert Delaunay
(ca. 1911).
.
En 1910, le cubisme
semble installé. Une première rétrospective de l'oeuvre de Picasso est
organisée à Paris; une exposition consacrée à ce dernier et à Braque
est organisée en Allemagne;
une autre, organisée un peu plus tôt à Bruxelles,
avait reçu d'Apollinaire l'aval pour que soient employés officiellement
les termes de cubisme et cubistes. Le Salon des Indépendants
accueille lui aussi les toiles des peintres déjà définis comme cubistes,
et désormais rejoints aussi par par les frères Duchamp (Marcel Duchamp,
Jacques Villon et Raymond Duchamp-Villon), qui vont bientôt créer (1911)
Ă Puteaux ce qu'on appellera le groupe de la Section d'or (ou groupe de
Puteaux).
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Henri
Le Fauconnier :
l'Abondance
(1910-1911). |
Albert
Gleizes :
Femme
aux phlox.
(1911). |
Jean
Metzinger :
Deux
Nus.
(1910). |
Le groupe de la Section
d'or attire à lui Gleizes, Metzinger, Delaunay, La Fresnaye, Fernand Léger
et quelques autres artistes, qui, avec ceux de Montparnasse, se voient
attribuer une salle (la salle n° 41) au Salon des Indépendants
de 1911.
« La première
exposition d'ensemble du cubisme, dont les adeptes devenaient plus nombreux,
eut lieu en 1911, aux Indépendants, où la salle 41 réservée aux cubistes
causa une profonde impression. On y voyait des oeuvres savantes et séduisantes
de Jean Metzinger; des paysages, l'Homme nu et la Femme aux phlox
d'Albert Gleizes; le portrait de Mme Fernande X. et les jeunes filles
par Mlle Marie Laurencin. La Tour de Robert Delaunay, l'Abondance
de Le Fauconnier [l'oeuvre la plus remarquable de l'exposition], les Nus
dans un paysage de Fernand Léger. » (Guillaume Apollinaire, Les
peintres cubistes).
Les mĂŞmes (sauf Delaunay)
se retrouvent quelques mois plus tard au Salon d'Automne (salle n°8).
«
L'exposition des cubistes au Salon d'Automne fit un bruit considérable,
les moqueries ne furent épargnées ni à Gleizes (la Chasse, Portrait
de Jacques Nayral), ni Ă Metzinger (la femme Ă la cuiller),
ni à Fernand Léger. » (Apollinaire, Note écrite en septembre 1912).
D'autres expositions
collectives eurent lieu en novembre 1911 Ă la Galerie d'Art Contemporain,
rue
Tronchet, à Paris. L'année suivante, la galerie La Boétie expose
les artistes de la Section d'or; les oeuvres de Braque, de Picasso, de
Juan Gris, d'André Lhôte et de Louis Marcoussis (Ludwig Markus) sont
également présentées.
-
Oeuvres
cubistes exposées au Grand Palais, lors du Salon d'automne 1912.
Le Salon des Indépendants
de 1912, accueille Juan Gris pour la première fois. Au mois de mai, Ă
Barcelone, on accueille avec enthousiasme les jeunes Français; enfin,
au mois de juin, à Rouen, une exposition est organisée par la Société
des Artistes normands,qui fut marquée par l'adhésion de Francis
Picabia à la nouvelle école.
• Le cubisme synthétique
(1912 - 1918)
A partir de 1912-1913,
une nouvelle étape commence, qui se caractérise par un souci de revenir
à la représentation du réel. La couleur
retrouve son importance. On aide également à la lecture du tableau et
à l'identification des objets représentés en ajoutant à l'oeuvre proprement
picturale des lettres isolées, des mots, des manchettes de journaux, et
surtout d'objets (sable, de la limaille de fer, des imitations de
bois, du marbre, papiers collés), un peu comme l'anciens
Egyptiens, dans leurs hiéroglyphes,
utilisaient des signes déterminatifs, qui ne se prononçaient pas, mais
qui précisaient le sens d'un idéogramme ou d'un mot écrit phonétiquement.
Le tournant de
1912
| «
En 1912, [le] cubisme (qui se reconnaît à un usage particulier des formes
prismatiques d'assez petites dimensions et de couleurs neutres) crée des
ouvrages vraiment monumentaux. La réclusion au désert des sacrifices
avait porté Braque et Picasso à des accents héroïques. Cris surtout
instinctifs oĂą le travail de la raison n'avait sans doute pas assez de
part pour permettre à cet art de se développer alors sur lui-même. 1912,
c'est aussi le moment héroïque où les dernières entraves sont rompues.
Moment où furent créées des oeuvres décisives - on le mesurera bien,
plus tard. Ensuite on quittera peu à peu le désert, on ne suivra plus
aussi durement la voie de l'austérité absolue.
1912
est un point culminant, si l'on admet que les plus grandes oeuvres ont
quelque chose de dépouillé, d'économe, d'austère, de serein, de général,
de hautain, d'intense, le dédain des moyens de séduction; et jamais on
ne l'eut plus parfaitement. Après 1912 les tempéraments individuels s'affirment
et les oeuvres se différencient; chacun apporte sa modulation, sa ligne
personnelle. Des recrues nombreuses se joignent aux premiers inventeurs;
des personnalités de talent généreux apportent des vues nouvelles sur
l'esthétique cubiste, des moyens nouveaux aussi. L'art pictural passe
par une époque d'abondance et de forte santé fortement étayée par la
dure charpente bâtie par Picasso et Braque. La peinture devient moins
pure et plus sensuelle.
Il
est connu que le public ne suivait pas; à peine tolérait-il les impressionnistes.
A part la notoriété bruyante, ces grands peintres ne reçurent aucune
récompense à leur admirable effort; le succès qui devait venir à certains
ne leur fut accordé qu'alors qu'ils s'étaient fort éloignés de leurs
nobles conceptions de 1912.
Le
public ne comprenait encore rien à ces oeuvres qui étaient le meilleur
de ce que produisait la nouvelle peinture. Mais si l'on sait observer,
on mesurera combien l'oeil du public fut tout de même changé; il se mit
a accepter sans résistance certains objets, certains ornements qui sont
une décoction du cubisme pur; et parmi les peintres, même parmi ceux
qui raillent ce mouvement historique, aucun (de ceux qu'on peut prendre
en considération) ne peignait désormais comme on peignait avant 1912.
[...]
Malgré les rires du public et sa conviction qu'il était en face
d'une mystification, le monde des artistes était profondément remué
et crut percevoir enfin une orientation assurée venant heureusement apporter
des certitudes, un système susceptible de résoudre les troublantes questions
qui faisaient pierre d'achoppement depuis si longtemps.
Comme
toujours les maîtres, c'est-à -dire ceux qui ont cherché avec la puissance
de leur |
intuition
et les lumières d'une science profonde, ceux qui, en vérité, ont tout
connu et ont tout créé ayant su tout sacrifier, seuls apportent des solutions;
la foule des élèves, souvent des suiveurs, aveuglée par son admiration
mĂŞme ou par cette confiance peu critique qui va naturellement oĂą semble
poindre la réussite, ne fait qu'adopter une formule, des manières de
procéder, en un mot elle ne fait qu'épouser des apparences; un beau jour
la poule ayant avidement couvé l'oeuf qu'elle n'avait pas pondu, voit
naître un canard et s'enfuit épouvantée.
C'est
ainsi que se développera pendant plusieurs années une production intensive
de peinture d'apparence cubiste; puis petit Ă petit, Ă ces moments fatals
de crise où l'idée pure s'enchevêtre dans mille difficultés contraires,
on s'aperçoit que la salle se vide et que d'innombrables disciples sans
conviction s'embarquent dans quelque nouveau bateau plus confortable, peint
de frais ou repeint Ă neuf.
C'est
ainsi que se fait la sélection de ceux qui ont quelque chose à dire et
de ceux qui, n'ayant rien Ă dire, se contentent de se donner l'illusion
d'être nouveaux en imitant les oeuvres qui les séduisent : ils ne font
que chanter mal la chanson du jour.
Les
vrais créateurs ne suivent pas la mode : ils la font. Ils ne font d'ailleurs
pas la mode exprès; c'est la qualité d'une oeuvre qui porte à l'admiration,
la signale et la fait imiter. Le vrai artiste apporte quelque chose; c'est
le seul qui reste, et celui-lĂ seul; au fond, le verdict sur invention
et contrefaçon en matière d'art se rend vite, et ce verdict est impitoyable
pour ceux dont l'invention a été nulle.
Ainsi
donc, les formules révolutionnaires proposées par les grands initiateurs
de 1911 cueillirent au passage quantité de jeunes qui en toute bonne foi
en étaient à passer cette crise que chacun traverse, où ayant décidé
d'être peintre et ayant déjà beaucoup appris on se sent beaucoup de
choses nouvelles et vivantes Ă dire, mais que l'on ne sait comment transmettre,
où n'ayant derrière soi que des moyens usés, on cherche des moyens frais
capables d'exprimer purement.
Aussi
vit-on en très peu de temps affluer ces chercheurs de filons, heureux
de sentir enfin sur leur boussole anxieuse les effets stabilisateurs d'un
pôle magnétique. Cette fois-ci le public sceptique se trouve en face
d'un fait incontestable : le ralliement en masse autour d'une idée. Au
milieu de cette masse forcément hétéroclite, de vrais artistes traçaient
leurs sillons, pas toujours parallèles les uns aux autres, mais tous dirigés
dans un même secteur et jalonnant ainsi de quelques véritables chefs-d'oeuvre
les divers chemins d'une peinture en total renouvellement.. » (Ozenfant
et Jeanneret, La peinture moderne, 1925). |
C'est Picasso, désormais
installé boulevard Raspail, et Braque, qui une fois de plus ouvrent la
voie, avec l'utilisation des papiers collés et du pochoir. Braque, bientôt
accompagné par Juan Gris et Henri Laurens, recourt aux papiers collés
(Compotier et Verre), mais il introduit
également d'autres matières, à titre d'échantillons. L'année suivante,
Picasso, avec La Guitare et Bouteille de Bass, propose
une oeuvre adossée à la même problématique.
-
Nature
morte au damier, par Louis Marcoussis
(1912).
Cette évolution ne répond qu'en partie
au souci de lisibilité des oeuvres. Elle traduit une évolution plus profonde
du cubisme. Parvenus à l'entière maîtrise des nouvelles techniques picturales
qu'ils ont inventées, les artistes ont fini par épuiser le champ du cubisme
analytique. Ils peuvent maintenant le dépasser en renversant complètement
leur méthode d'approche : l'analyse cède la place à la synthèse. On
ne décortique plus minutieusement les formes; on les idéalise, on les
conceptualise. Dans le cubisme synthétique, l'oeuvre n'est plus, comme
dans le cubisme analytique une sorte de catalogue des apparences de l'objet
représenté, mais l'expression de la conscience qu'en a l'artiste.
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Fernand
Léger :
l'Oiseau
bleu
(1912). |
André
Lhote :
L'Escale.
(1913). |
Francis
Picabia :
La
danse.
(1913). |
Pendant cette période,
le cubisme continue de se faire connaître hors de France. Braque, Picasso
et Duchamp exposent leurs toiles en 1913 Ă l'Armory Show, Ă New York.
Quand la guerre éclate, plusieurs artistes sont mobilisés (Braque, Léger,
Lhote, Gleizes, Metzinger, Villon), d'autres s'engagent (Marcoussis, de
nationalité polonaise). Duchamp, réformé, et Picabia partent pour les
Etats-Unis. Picasso, à Paris, et Gris, à Collioure, de nationalité espagnole,
restent à l'écart du conflit. C'est l'époque où paraissent les premières
sculptures cubistes (Picasso, Laurens).
• Le cubisme d'après-guerre
(1918-1927)
La Première
Guerre mondiale, au cours de laquelle plusieurs artistes porteurs de
ce mouvement sont détournés de leur art a marqué un coup d'arrêt au
développement du cubisme. Après le conflit, et jusque vers le milieu
des années 1920, des oeuvres cubistes sont encore produites, par Braque,
Picasso et Juan Gris, en particulier. Mais désormais, si l'on excepte
Gris, fidèle à ce mode d'expression jusqu'à sa mort en 1927, et les
artistes de la Section d'or actifs jusqu'en 1925, de plus en plus, les
artistes, nourris et enrichis par les acquis de cette période, suivront
des voies nouvelles. Duchamp et Picabia s'investissent dans l'aventure
dadaĂŻste, Mondrian s'installe dans la peinture non-figurative, Metzinger
et La Fresnaye retournent à la peinture figurative. Le cubisme cède progressivement
la place Ă d'autres mouvements ( la
peinture moderne, 1840-1940), parfois ses héritiers directs, tels
le purisme d'Ozenfant et le Corbusier.
Repères cubistes
: artistes et oeuvres
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Peintres
Georges
Braque (1882-1963)
•
Le Grand nu, 1907-1908
•
Le Viaduc Ă L'Estaque, 1908
•
Les Usines du Rio-Tinto Ă L'Estaque, 1910
•
Violon et Cruche, 1909-1910
•
Piano et Mandore, 1910
•
Compotier et cartes, 1913
•
La Clarinette, 1912-1913,
•
Le Courrier, 1913
•
Aria de Bach, 1913-1914
•
Violette de Parme, 1914
Robert
Delaunay (1885-1941)
•
Saint-Séverin (série),1909-1910
•
Tour Eiffel (série), 1909-1911
•
Villes (série), 1910-1911
•
Ville de Paris, 1910-1912
•
Les Trois Grâces, 1912
•
Fenêtres (série), 1912
•
Le Disque,1912
•
Formes circulaires, 1912-1913
André
Derain (1880-1954)
•
Martigues (paysages), 1908
Marcel
Duchamp (1887-1968)
•
Portrait de joueurs d'échecs, 1911
•
Jeune Homme triste dans un train, 1911
•
Nu descendant un escalier (deux versions), 1911 et 1912
Henri
Le Fauconnier (1881-1946)
•
Portrait de Paul Castiaux, 1910
•
L'Abondance, 1910-1911
•
Le Chasseur, 1912
Roger
de La Fresnaye (1885-1925)
•
Le Cuirassier, 1910
•
Paysages de Meulan, 1911-1912
•
Nature morte aux anges, 1912
•
Portrait d'Alice, 1912
•
La ConquĂŞte du ciel, 1913
•
Natures mortes, 1913-1914
•
Le 14-Juillet, 1914
•
L'Homme assis (= l'Architecte), 1914
Albert
Gleizes (1881-1953)
•
L'Arbre, 1910
•
La Chasse, 1911
•
Portrait de Jacques Nayral, 1911
•
L'homme nu, 1911
•
La femme aux phlox, 1911
•
Les Baigneuses, 1912
•
L'Homme au balcon, 1912
•
Le Dépiquage des moissons, 1912
•
Portrait de Figuière, 1913
•
Femmes cousant, 1913
•
Paysage Ă Toul, 1915
Juan
Gris (1887-1927)
•
Le livre, 1911
•
Hommage Ă Picasso, 1912
•
Nature morte Ă la guitare, 1912
•
Les Trois Cartes, 1913
•
Violon et gravure, 1913
•
Violon et guitare, 1913
•
Nature morte aux roses, 1914
•
Le petit déjeuner, 1914-1915
•
Broc et verre, 1916
•
Le Pierrot, 1922
Auguste
Herbin (1882-1960)
•
Paysage à Céret, 1913 |
Franz
Kupka (1871-1957)
•
Plans verticaux, 1912
•
Amorpha, 1912
Fernand
Léger (1881-1955)
•
La Couseuse, 1909-1910
•
Nus dans la forĂŞt,1909-1910
•
La Noce, 1910-1911
•
Les Fumeurs, 1911
•
La Femme en bleu, 1912
•
Contrastes de formes, 1913
•
L'Escalier, 1913
•
Paysage, 1914
•
Femme en rouge et vert, 1914
André
Lhote (1885-1962)
•
L'Escale, 1912
•
Rugby, 1917
•
Le Moulin à café, 1917
Louis
Marcoussis (1878-1941)
•
La Belle Martiniquaise, 1912
•
Nature morte au damier, 1912
•
Le Bar du port, 1913
•
Le Musicien, 1914
Jean
Metzinger (1883-1956)
•
Deux Nus, 1910
•
Le Goûter, 1911
•
L'Oiseau bleu, 1913
•
La Danseuse au café, 1912
•
Les Baigneuses, 1913
Francis
Picabia (1879-1953)
•
La Procession à Séville, 1912
•
Danses Ă la source, 1912
Pablo
Picasso (1881-1973)
•
Les demoiselles d'Avignon, 1906-1907
•
La Grande dryade, 1908
•
Femme nue assise, 1909-1910
•
Le guitariste, 1910
•
Guitare et Bouteille de Bass,1913
Alfred
Réth (1884-1966)
Jacques
Villon (1875-1963)
•
La Table servie, 1912
•
Instruments de musique, 1912
•
Jeune Fille au piano, 1912
•
Jeune Fille, 1912
•
Soldats en marche, 1913
•
L'Équilibriste, 1913-1914
Sculpteurs
Alexandre
Archipenko (1887-1964)
•
Femme se coiffant, 1915
Joseph
Csaky (1888-1971)
•
Têtes (série), 1911-1914
Raymond
Duchamp-Villon (1876-1918)
•
Le Cheval majeur, 1914
Henri
Laurens (1885-1954)
•
Bouteille et verre, 1918
•
Compotier aux raisins, 1918
Jacques
Lipchitz (1891-1973)
•
La femme au serpent, 1913
Pablo
Picasso
•
TĂŞte de Fernande, 1909 |
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