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L'île des États
L'île des États ( = Terre des États = Isla de los Estados) constitue l'extrémité sud-orientale de l'archipel de la Terre de Feu, dont elle est séparée par le détroit de Le Maire, large d'environ 30 kilomètres. Découverte en 1616 par l'expédition hollandaise de Lemaire et Schouten, elle ne présente qu'un amas de rochers et de montagnes neigeuses. La Terre des Etats dépend de l'Argentine, elle s'étend sur 70 km de l'Oues-Sud-Ouest à l'Est-Nord-Est; sa largeur varie de 8 km à 20 km; sa superficie est de 560 km². Des fjords profonds et nombreux déchiquettent la côte.

Géologiquement, elle représente la terminaison la plus orientale de la cordillère des Andes, se prolongeant après la cordillère Darwin. Son relief est intensément accidenté : la majeure partie de l'île est constituée de hautes terres rocheuses qui s'élèvent jusqu'à 823 mètres d'altitude, avec le mont Spegazzini culminant à 741 mètres comme second sommet notable. Une bande montagneuse déchiquetée, entaillée par de nombreux fjords orientés nord-sud et de larges baies, traverse l'île d'une extrémité à l'autre, avec un littoral extrêmement découpé composé d'une succession de golfes, baies et criques dont l'entrée est parfois défendue par des cordons d'îlots et de récifs. Cette morphologie résulte de l'action glaciaire de la première période du Quaternaire et de l'érosion maritime. On dénombre environ 125 lacs d'origine glaciaire, échelonnés et communiquant entre eux par des rivières qui débouchent à la source des fjords. La géologie de l'île comprend des unités du Jurassique supérieur (formation Lemaire, composée de roches volcaniques stratifiées), des sédiments marins du Crétacé inférieur (formation Beauvoir), plissés au Crétacé moyen en un grand synclinal d'axe est-ouest en forme de S, ainsi que des dépôts quaternaires constitués de moraines pléistocènes et de sables, argiles et graviers holocènes.

Le climat de l'île est froid, très humide et extrêmement venteux, avec des températures moyennes annuelles comprises entre 0 et 6 °C. Les précipitations sont très fréquentes, avec en moyenne 25 jours de pluie ou de neige par mois et près de 2 000 millimètres d'eau par an, bien que certaines sources avancent des valeurs pouvant atteindre 4 mètres. L'humidité et la nébulosité sont très élevées, et l'île peut être totalement enveloppée dans les nuages descendant jusqu'au niveau de la mer. Les vents d'ouest, d'une violence rare, soufflent régulièrement, créant des conditions météorologiques parmi les plus hostiles au monde, comparables à celles du cap Horn tout proche. La neige accumulée en hiver fond entièrement en été. Les glaces marines hivernales sont rares autour de l'île.

La vĂ©gĂ©tation, favorisĂ©e par l'humiditĂ© constante et les pluies rĂ©parties sur toute l'annĂ©e, est riche et exubĂ©rante dans les zones abritĂ©es des vents. Elle se compose de forĂŞts denses de hĂŞtres de Magellan (Nothofagus betuloides), de canelos (Drimys winteri) et d'arbustes Ă©pineux comme le BerbĂ©ris Ă  feuilles de buis (Berberis buxifolia), avec un sous-Ă©tage de fougères, lichens et mousses. Les arbres, maltraitĂ©s par les vents violents soufflant toujours dans la mĂŞme direction, adoptent des formes rabougries et poussent Ă  l'horizontale en "drapeau". Les troncs tombĂ©s ne pourrissent pratiquement pas, blanchissent et s'accumulent en un enchevĂŞtrement qui rend la progression extrĂŞmement difficile. Dans les fonds de vallĂ©es, les mousses et lichens forment d'Ă©paisses couches de tourbe. 

La faune autochtone comprend des mammifères marins tels que le manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus), le dauphin de Commerson (Cephalorhynchus commersonii), le dauphin obscur (Lagenorhynchus obscurus), l'otarie à crinière (Otaria flavescens) et des loutres de mer. L'île abrite la plus grande population mondiale de gorfous sauteurs (Eudyptes chrysocome), espèce classée vulnérable, ainsi que des populations reproductrices de manchots de Magellan. Dans les lagons intérieurs vivent la loutre du Chili (Lontra provocax) et des poissons comme Galaxias maculatus. L'avifaune compte des goélands, cormorans, pétrels, albatros, l'urubu à tête rouge (Cathartes aura) et le caracara huppé (Caracara plancus). Le canard à vapeur (Tachyeres pteneres), incapable de voler, se déplace en frappant l'eau de ses ailes. Des espèces introduites par les navigateurs au XIXe siècle (chèvres en 1868, cerf élaphe en 1973) ainsi que des rats rescapés des naufrages, posent aujourd'hui problème à l'écosystème insulaire fragile. Au XIXe siècle, la chasse aux phoques, loutres et manchots a considérablement dépeuplé l'île, mais certaines populations se reconstituent lentement.

L'Ă®le a Ă©tĂ© dĂ©couverte le 25 dĂ©cembre 1615 par les navigateurs hollandais Jacob Le Maire et Willem Schouten, qui la baptisèrent Terre des États en l'honneur des États gĂ©nĂ©raux des Pays-Bas, elle fut d'abord prise pour la pointe septentrionale d'un continent austral inconnu. Les AmĂ©rindiens Selk'nam et Yamanas la connaissaient et la visitaient sous le nom de Chuanisin, signifiant Terre d'abondance. L'Ă®le fut dĂ©clarĂ©e rĂ©serve provinciale Ă©cologique, historique et touristique en 1991, et depuis 1998, l'accès au public y est interdit par dĂ©cret provincial. Les seuls habitants permanents sont quelques militaires argentins (quatre marins selon les sources) stationnĂ©s Ă  la base navale Destacamento Naval de Isla de Los Estados, Ă  Puerto Parry, sur la cĂ´te nord, relevĂ©s tous les 45 jours, avec pour mission de surveiller les navires naviguant dans la zone. Cette prĂ©sence humaine permanente a connu des fluctuations : l'EncyclopĂ©die italienne de 1936 mentionnait 25 habitants, tandis que des donnĂ©es plus rĂ©centes font Ă©tat de 0 Ă  8 personnes selon les recensements. 

L'île a brièvement accueilli un bagne à Puerto Cook entre 1899 et 1902, avant son transfert à Ushuaïa en raison des conditions extrêmes. Luis Piedra Buena, marin argentin, y construisit en 1862 un refuge pour naufragés et obtint en 1868 la propriété de l'île en reconnaissance de ses services et pour affirmer la souveraineté argentine. Le gouvernement argentin racheta l'île aux héritiers de Piedra Buena en 1912. Deux phares sont en fonctionnement sur l'île : le phare San Juan del Salvamento, surnommé "le phare du bout du monde", dont Jules Verne s'inspira pour son roman posthume Le Phare du bout du monde, et le phare Le Maire, situé à la pointe sud de la baie Crossley. Un troisième phare, le phare Año Nuevo, construit en 1902, se trouve sur l'île Observatorio, à 6,5 kilomètres au nord. L'île constitue un point de passage stratégique pour les navires contournant le cap Horn, bien que le trafic maritime ait fortement diminué après l'ouverture du canal de Panama. Aujourd'hui, l'île des États demeure l'un des territoires les plus isolés et inhospitaliers de la planète, protégé pour sa valeur écologique exceptionnelle et son rôle de témoin géologique de l'extrémité australe de la cordillère des Andes.

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