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(243) Ida et Dactyl

Astéroïdes


Ida
Ida et, à droite, Dactyl, photographiés par la sonde Galileo en route vers Jupiter.
Crédit : JPL, NASA
(243) Ida est le premier astéroïde dont on ait observé, en 1993, qu'il possède un satellite. Celui-ci a été nommé Dactyl. L'étude du système Ida-Dactyl demeure ainsi une référence fondamentale en planétologie comparée, offrant un modèle clé pour comprendre la formation, l'évolution et la dynamique des petits corps du Système solaire.

Ida.
Cet astéroïde, membre de la famille de Coronis située dans la ceinture principale entre Mars et Jupiter, a été découvert le 29 septembre 1884 par l'astronome Johann Palisa. Il s'agit d'un corps de type spectral S, dont la composition est étroitement associée à celle des chondrites ordinaires, qui constituent le type de météorites le plus fréquemment retrouvé à la surface de la Terre. Sa forme est fortement irrégulière et allongée, avec des dimensions approximatives de 56 x 24 x 21 kilomètres, lui conférant l'aspect de deux lobes principaux reliés par une zone de dépression ou de débris. La masse d'Ida est estimée entre 3,65 et 4,99.1016 kg, ce qui, combiné à son volume, indique une masse volumique moyenne d'environ 2500 kg/m3. Cette densité relativement faible, inférieure à celle des matériaux rocheux compacts, suggère une porosité interne significative (estimée entre 11 % et 42 %), caractéristique d'une structure en mégarégolithe fracturée par des impacts successifs plutôt que d'un monolithe métallique ou rocheux homogène. La période de rotation d'Ida est rapide, s'établissant à environ 4,63 heures, ce qui contribue à un champ gravitationnel de surface très faible et hétérogène, variant de 0,3 à 1,1 cm/s2.

La surface d'Ida est l'une des plus fortement cratérisées du Système solaire, ayant atteint un état d'équilibre de saturation où les nouveaux impacts effacent progressivement les plus anciens. Elle est recouverte d'une couche de régolithe d'une épaisseur estimée entre 50 et 100 mètres, composée de silicates tels que l'olivine et le pyroxène, ainsi que de nombreux blocs d'éjecta de grande taille (jusqu'à 150 mètres de diamètre) qui se sont redistribués sous l'effet de la faible pesanteur et de la rotation rapide de l'astéroïde. On y observe également des structures tectoniques ou d'origine impactique, telles que des rainures et des crêtes proéminentes, dont la plus marquante est la dorsale nommée Townsend Dorsum, s'étendant sur environ 40 kilomètres.

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Ida sous toutes ses coutures. Source : Nasa Planetary Photojournal.

Un phénomène d'altération spatiale y est clairement identifiable : les surfaces anciennes apparaissent plus rouges en raison de l'exposition prolongée au vent solaire et aux micrométéorites, tandis que les éjecta récents, comme ceux du cratère Azzurra, exposent un matériau plus frais dont le spectre de réflexion correspond précisément à celui des chondrites ordinaires, résolvant ainsi un débat de longue date sur l'origine de ces météorites.

Dactyl.
La particularité majeure d'Ida réside dans la présence de son satellite naturel, Dactyl (officiellement désigné (243) Ida I Dactyle), découvert fortuitement en août 1993 par la sonde spatiale Galileo lors de son survol à une distance d'environ 2390 kilomètres. Cette découverte a constitué la première confirmation directe de l'existence d'un système astéroïdal binaire. Dactyl est un corps de forme ovoïde mais remarquablement sphérique pour sa taille, avec des dimensions de l'ordre de 1,6 x 1,4 x 1,2 kilomètre. Sa surface est également saturée de cratères d'impact, dont certains présentent des pics centraux, une morphologie qui suggère que la gravité, bien que minime, joue un rôle structurant prédominant sur ce petit corps. 

Spectroscopiquement, Dactyl partage un albédo et des propriétés de réflexion très similaires à ceux d'Ida, indiquant une origine et une composition communes, bien que les processus d'altération spatiale y soient moins prononcés, probablement en raison de l'incapacité de ce petit corps à retenir une couche épaisse de régolithe.
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Dactyl.
Gros plan sur Dactyl. - Les caractères de sa surface
rappellent ceux des lunes de Mars,
Phobos et Deimos.  On y a également découvert
 des stries, probablement comparables
à celles de Phobos. Source : Nasa Photojournal.

D'un point de vue dynamique, Dactyl évolue sur une orbite prograde à une distance moyenne d'environ 90 à 108 kilomètres du centre d'Ida, avec une inclinaison d'environ 8 degrés par rapport à l'équateur de l'astéroïde primaire. La période de révolution est estimée à environ 1,54 jour. L'existence même de cette orbite stable a permis, par l'application des lois de Kepler, de contraindre pour la première fois avec précision la masse et la densité d'un astéroïde, écartant définitivement l'hypothèse d'une composition métallique dense (type fer-nickel) au profit d'un agrégat poreux de chondrites ordinaires.

Concernant son origine, deux hypothèses principales sont avancées : Dactyl pourrait être un fragment éjecté lors d'un impact majeur sur Ida, qui se serait ensuite réaccrété en orbite, ou bien les deux corps pourraient s'être associés il y a plus d'un milliard d'années lors de la dislocation catastrophique du corps parent de la famille de Coronis. Toutefois, l'histoire de la surface de Dactyl, qui semble avoir subi un événement de cratérisation majeur il y a environ 100 millions d'années, complexifie ce scénario et suggère une histoire collisionnelle riche et encore partiellement énigmatique. 

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