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Michel
de Ghelderode (Adémar Adolphe Louis Martens) est un écrivain
né le 3 avril 1898 à Ixelles, une commune de Bruxelles.
Il naît au sein d'une famille flamande, mais est éduqué en français,
une pratique courante dans la bourgeoisie belge de l'époque. Son père,
Henri-Louis Martens, est archiviste royal, une profession qui transmet
au jeune Adémar le goût de l'histoire. Sa mère, Jeanne-Marie Rans, ancienne
postulante, lui lègue un imaginaire imprégné de religiosité et de récits
populaires flamands, une source d'inspiration qui marquera profondément
son œuvre future. Il est le benjamin d'une famille de quatre enfants.
Sa scolarité Ã
l'Institut Saint-Louis à Bruxelles est interrompue à l'âge de seize
ans par une grave typhoïde. Durant cette maladie, il a la vision d'une
"Dame" qui lui annonce qu'il ne mourra pas maintenant, mais à soixante-trois
ans... Cette période de convalescence lui permet de se plonger dans des
lectures vastes et variées, nourrissant sa future carrière littéraire.
Bien qu'il entame des études musicales au conservatoire, il les abandonne
rapidement pour se consacrer à l'écriture.
C'est en 1918, Ã
l'âge de vingt ans, qu'il adopte le pseudonyme de Michel de Ghelderode,
qui deviendra son nom officiel en 1930. Il commence sa carrière comme
critique musical et journaliste, tout en écrivant ses premières pièces
de théâtre. La même année, sa première pièce, La mort regarde
à la fenêtre, est produite. De 1919 à 1921, il effectue son service
militaire dans la marine. En 1923, il obtient un poste d'archiviste Ã
la commune de Schaerbeek, fonction qu'il occupera jusqu'en 1945, et reçoit
un prix pour sa pièce Oude Piet. L'année suivante, en 1924, il
épouse Jeanne-Françoise Gérard.
Sa carrière
théâtrale décolle véritablement grâce à sa collaboration avec le
Vlaamsche Volkstooneel (Théâtre populaire flamand), une troupe itinérante
d'avant-garde qui monte ses pièces en traduction flamande. C'est ainsi
que La Farce de la Mort qui faillit trépasser (1925), Images
de la vie de saint François d'Assise (1927) ou encore Barabbas
(1928) rencontrent leurs premiers succès. Paradoxalement, ses pièces,
écrites en français, sont d'abord jouées en néerlandais
avant de l'être dans sa langue maternelle à Bruxelles à partir de 1934.
Des oeuvres majeures comme Escurial (1927), l'une de ses plus jouées,
ou Pantagleize (1929) voient le jour à cette époque.
À partir de 1930,
Ghelderode adopte un mode de vie de plus en plus reclus, son existence
étant également marquée par une santé fragile, notamment de l'asthme
chronique. Il n'en est pas moins extrêmement prolifique. La première
moitié des années 1930 est particulièrement féconde avec la création
de pièces majeures comme Magie rouge (1931), La Balade du grand
macabre (1934), qui servira plus tard de livret à l'opéra Le Grand
Macabre de György Ligeti et Mademoiselle Jaïre (1935). Profondément
marqué par l'inconscient flamand, son univers théâtral est un monde
fantastique et angoissant, peuplé de marionnettes, de masques, de squelettes
et de diables, dans la veine des peintres Jérôme
Bosch, Pieter Brueghel l'Ancien, qu'il considère
comme son "père nourricier", ou James Ensor. Son théâtre, qu'il qualifie
de total par l'appel à tous les sens, explore les extrêmes de l'expérience
humaine, de la dégradation charnelle à l'exaltation religieuse, mêlant
un anticléricalisme virulent à une religiosité profonde, le tout empreint
d'un humour rabelaisien.
En 1939, éprouvé
par l'incompréhension et de nouveaux problèmes de santé, il cesse d'écrire
pour le théâtre. Il se consacre alors à la rédaction de contes, de
récits radiophoniques et de nombreux articles. Pendant la guerre, il collabore
à des émissions de radio, ce qui lui sera reproché à la Libération
. Après-guerre, alors qu'il est méconnu dans son pays, ses pièces connaissent
un véritable triomphe à Paris à partir de 1949, souvent teinté de scandale,
comme pour Fastes d'enfer. Cela le révèle au public international
et l'impose comme un maître de l'avant-garde, aux côtés de noms comme
Beckett
ou Ionesco, dont il est parfois considéré comme
un précurseur. Malgré cette reconnaissance tardive, Ghelderode reste
un homme amer et solitaire, fuyant les journalistes.
Jean
Cocteau dira de lui qu'il est "le diamant qui ferme le collier de poètes
que la Belgique porte à son cou. Ce diamant jette un feu cruel et noble.
Il ne blesse que les petites âmes. Il éblouit les autres". Michel de
Ghelderode s'éteint le 1er avril 1962
à Schaerbeek, deux jours avant son soixante-quatrième anniversaire. Il
meurt sans savoir qu'il avait été pressenti pour le prix Nobel de littérature.
Il est inhumé au cimetière de Laeken à Bruxelles. Son oeuvre colossale,
qui compte plus de soixante pièces, une centaine de récits et vingt mille
lettres, demeure un pilier du théâtre de
l'absurde et de l'avant-garde du XXe
siècle. |
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