.
-

Les langues > Indo-européen > langues germaniques
La langue néerlandaise
et l'afrikaans
Le néerlandais est une langue germanique appartenant au groupe occidental, au même titre que l'allemand et l'anglais. Il s'est développé à partir du bas-franconien (nederduitsch), une forme du vieux bas-allemand (Platt Deutsch) parlée dans les régions de l'actuelle Flandre et des Pays-Bas à partir du haut Moyen Âge. Par son évolution historique et géographique, il constitue un pont linguistique entre les langues germaniques du Nord et du Sud, et il a donné naissance à plusieurs variétés, dont l'afrikaans, parlé aujourd'hui en Afrique du Sud et en Namibie.

Le nĂ©erlandais s'est formĂ© progressivement entre le IXe et le XIIe siècle, Ă  partir des parlers germaniques de la vallĂ©e du Rhin et de la mer du Nord. Au Moyen Ă‚ge, il existait une grande diversitĂ© dialectale, mais un processus de normalisation linguistique s'est amorcĂ© avec le dĂ©veloppement Ă©conomique et culturel des Flandres et du Brabant. Le nĂ©erlandais a d'abord Ă©tĂ© appelĂ© Dietsch ou Diets, terme signifiant langue du peuple, par opposition au latin utilisĂ© dans la liturgie et l'administration. Ă€ partir du XVIe siècle, avec la RĂ©forme et l'imprimerie, la langue se standardise, notamment grâce Ă  la traduction de la Bible en nĂ©erlandais en 1637 (Statenbijbel), qui fixe durablement les bases de la langue Ă©crite. Les diffĂ©rences orthographiques qui distinguaient autrefois le flamand du nĂ©erlandais ont Ă©tĂ© abrogĂ©es en 1865 par le roi des Belges et les deux dialectes sont aujourd'hui  pratiquement identiques.

Aujourd'hui, le néerlandais est la langue officielle des Pays-Bas, de la Flandre et de Bruxelles en Belgique, ainsi que du Suriname et de plusieurs territoires caribéens comme Aruba et Curaçao. Environ vingt-cinq millions de personnes le parlent comme langue maternelle. Malgré cette large diffusion, il conserve une unité relativement forte, bien que des différences lexicales et phonétiques existent entre les variétés néerlandaises des Pays-Bas et celles de Belgique. Le néerlandais parlé en Flandre est parfois désigné sous le nom de flamand, mais il ne s'agit pas d'une langue distincte-: il s'agit de la même langue standardisée, enrichie par des tournures et un accent régionaux.

Le nĂ©erlandais se caractĂ©rise par une phonĂ©tique claire mais complexe pour les non-natifs. Il possède un système vocalique riche, avec de nombreuses diphtongues et des voyelles longues et brèves qui distinguent le sens des mots. La prononciation du g  et du ch guttural, ainsi que l'usage du r roulĂ© ou uvulaire selon les rĂ©gions, sont des traits marquants. L'accent tonique tombe gĂ©nĂ©ralement sur la première syllabe, ce qui contribue Ă  la rĂ©gularitĂ© rythmique de la langue.

L'alphabet nĂ©erlandais utilise les 26 lettres latines, sans caractères accentuĂ©s spĂ©cifiques, sauf dans les emprunts ou pour indiquer la prononciation (par exemple Ă©, è, ĂŻ). Les digrammes ij et ei reprĂ©sentent des voyelles distinctes, ij Ă©tant souvent considĂ©rĂ© comme une seule unitĂ© graphique. La prononciation est rĂ©gie par des règles rĂ©gulières : la longueur vocalique est notĂ©e par doublement des voyelles (maan =  lune) ou par la prĂ©sence d'une seule voyelle suivie d'une consonne simple (man = homme).
.
Le système nominal distingue deux genres : commun (masculin et féminin confondus) et neutre. Les anciens genres grammaticaux ont presque disparu dans la langue parlée, mais subsistent dans les pronoms et certains accords d'adjectifs. L'article défini est de pour le genre commun, het pour le neutre. Le pluriel des noms est marqué par -en ou -s, selon la phonologie du mot (tafel → tafels, boek → boeken). L'article indéfini est een (non accentué, proche de “un/une”).

Les adjectifs se placent généralement avant le nom et s'accordent faiblement. Devant un nom défini ou précédé d'un déterminant, l'adjectif prend la terminaison -e (de grote man = le grand homme). Devant un nom indéfini singulier neutre sans article, il reste sans terminaison (een groot huis = une grande maison). Les adjectifs sont invariables lorsqu'ils sont utilisés attributivement après un verbe : het huis is groot ( = la maison est grande). Le comparatif se forme avec -er, le superlatif avec -st précédé de het : groot, groter, het grootst.

Les pronoms personnels distinguent la personne, le nombre et parfois la politesse. Les formes sujet sont : ik ( = je), jij/je ( = tu), u ( = vous de politesse), hij ( = il), zij/ze ( = elle), wij/we ( = nous), jullie ( = vous), zij/ze (= ils/elles). Les formes objets sont mij/me, jou/je, u, hem, haar, ons, jullie, hen/hun/ze selon la fonction. Les possessifs se forment avec mijn, jouw, zijn, haar, ons, jullie, hun.

Les verbes se conjuguent selon la personne et le nombre. Ils se divisent en verbes faibles (rĂ©guliers) et forts (irrĂ©guliers Ă  alternance vocalique). Le radical verbal est obtenu par suppression de la terminaison -en de l'infinitif. Au prĂ©sent, les terminaisons sont : première personne singulier : pas de terminaison (ik loop = je marche); deuxième personne singulier : -t (jij loopt);  troisième personne singulier : -t (hij loopt); pluriel : radical + -en (wij lopen). Le passĂ© se forme : pour les verbes faibles, par ajout de -te(n) ou -de(n) selon la consonne finale (règle du 't kofschip) : werken → werkte; pour les verbes forts, par modification de la voyelle : vinden → vond, lopen → liep.

Le participe passé se forme avec le préfixe ge- et la terminaison -d ou -t : gewerkt, gelopen.

Les auxiliaires hebben ( = avoir) et zijn ( = ĂŞtre) servent Ă  former les temps composĂ©s : ik heb gewerkt ( = j'ai travaillĂ©), ik ben gegaan ( = je suis allĂ©). Le futur est exprimĂ© avec zullen : ik zal komen ( = je viendrai). Le conditionnel s'exprime par le prĂ©tĂ©rit de zullen : ik zou komen ( =  je viendrais). Le passif se forme avec worden (prĂ©sent/futur) ou zijn (temps composĂ©s) et le participe passĂ© : het huis wordt gebouwd ( = la maison est construite).

Les verbes Ă  particule sĂ©parable sont une particularitĂ© importante : un prĂ©fixe accentuĂ© (zoals op, uit, aan, mee) se sĂ©pare du radical Ă  certaines formes : ik neem op ( =  je rĂ©ponds au tĂ©lĂ©phone »), ik heb opgenomen ( = j'ai rĂ©pondu). Si la particule est insĂ©parable (non accentuĂ©e), elle reste attachĂ©e : begrijpen ( = comprendre).

La négation s'exprime par niet pour nier un verbe ou un adjectif, et par geen pour nier un nom indéfini : ik lees niet ( = je ne lis pas), ik heb geen boek ( = je n'ai pas de livre).

Les prépositions sont nombreuses et souvent idiomatiques : in ( = dans), op ( = sur), aan ( = à, le long de), bij ( = chez), met ( = avec), voor ( = devant, pour), naar ( = vers). Elles peuvent régir des pronoms combinés (met hem → ermee).

L'ordre des mots est très structuré. La langue est à verbe deuxième position (V2) dans les phrases principales : morgen ga ik naar school ( = demain, je vais à l'école). Dans les subordonnées, le verbe conjugué est rejeté en fin de proposition : ik weet dat hij komt ( = je sais qu'il vient). Les verbes auxiliaires précèdent le participe dans la plupart des dialectes du nord, mais peuvent suivre dans les variétés du sud.

Le subordonnant dat ( = que) introduit les propositions dĂ©claratives, omdat ( = parce que), als ( = si, conditionnel), wanneer ( = quand), terwijl ( = tandis que). L'interrogation directe utilise l'inversion sujet-verbe : kom jij morgen  ( = viens-tu demain?).

Le vocabulaire nĂ©erlandais reflète l'histoire culturelle et commerciale des Pays-Bas. Il conserve un fonds germanique ancien, , mais environ un quart des mots proviennent du français, du latin, de l'anglais, et aux langues maritimes et coloniales. Ainsi, des mots comme paraplu, bureau ou garage tĂ©moignent de l'influence française, tandis que le nĂ©erlandais moderne exporte Ă  son tour des termes dans d'autres langues, notamment dans le domaine nautique et scientifique (yacht, skipper, cookie, dock). Les mots composĂ©s sont frĂ©quents et productifs, parfois très longs : ziekenhuisbed ( = lit d'hĂ´pital), arbeidsovereenkomst ( = contrat de travail). 

Sur le plan culturel, le néerlandais a joué un rôle majeur dans la diffusion du savoir et de la pensée humaniste à l'époque moderne. Des écrivains comme Joost van den Vondel, Multatuli ou Louis Paul Boon ont contribué à en enrichir la littérature, tandis que la normalisation linguistique menée par les académies néerlandaise et flamande a renforcé son statut. Dans la vie contemporaine, la langue bénéficie d'un grand prestige social et d'une forte vitalité : elle est enseignée, soutenue par des institutions linguistiques officielles et utilisée dans la recherche, les médias et la diplomatie.

L'afrikaans.
L'afrikaans est une langue issue du nĂ©erlandais, plus prĂ©cisĂ©ment du dialecte nĂ©erlandais parlĂ© par les colons hollandais qui s'installèrent au Cap Ă  partir de 1652, date de la fondation de la colonie du Cap par la Compagnie hollandaise des Indes orientales (VOC). Au fil du temps, ce nĂ©erlandais colonial (influencĂ© par les contacts linguistiques avec diverses populations locales, notamment khoĂŻsan, malgaches, indonĂ©siennes et malaisiennes, ainsi que par les esclaves importĂ©s d'Asie et d'Afrique orientale) a Ă©voluĂ© de manière autonome, formant peu Ă  peu une variĂ©tĂ© linguistique distincte. 

Au XVIIIe siècle, cette variĂ©tĂ© Ă©tait encore considĂ©rĂ©e comme un « nĂ©erlandais corrompu » ou « bas nĂ©erlandais » par les locuteurs lettrĂ©s. Cependant, les diffĂ©rences structurelles et lexicales se sont accentuĂ©es avec le temps. Dès le XIXe siècle, une conscience linguistique Ă©merge parmi les descendants des colons, appelĂ©s Boers ou Afrikaners, qui commencent Ă  revendiquer leur propre identitĂ© culturelle et linguistique. Cette prise de conscience s'inscrit aussi dans un contexte politique marquĂ© par les tensions avec les Britanniques, qui prennent le contrĂ´le de la colonie du Cap en 1806 et imposent progressivement l'anglais comme langue administrative et Ă©ducative. 

Le tournant dĂ©cisif arrive au XXe siècle : en 1925, l'afrikaans est officiellement reconnu comme langue Ă  part entière en Afrique du Sud, aux cĂ´tĂ©s de l'anglais, remplaçant le nĂ©erlandais dans la constitution sud-africaine. Cette reconnaissance lĂ©gale marque la fin d'un long processus de normalisation linguistique, soutenu par des mouvements culturels et politiques afrikaners. En 1933, une Bible entièrement traduite en afrikaans est publiĂ©e, symbole fort de la lĂ©gitimitĂ© linguistique et religieuse de la langue. 

L'afrikaans conserve une base lexicale majoritairement nĂ©erlandaise (environ 90 Ă  95% du vocabulaire provient du nĂ©erlandais), mais il s'en distingue par une morphologie et une syntaxe simplifiĂ©es. Par exemple, l'afrikaans a perdu presque entièrement le système de conjugaison verbale du nĂ©erlandais : il n'y a plus de distinction morphologique entre les personnes du verbe, contrairement au nĂ©erlandais. De mĂŞme, l'afrikaans n'a pas de genre grammatical (pas de masculin, fĂ©minin ou neutre), alors que le nĂ©erlandais en conserve deux (commun et neutre). La grammaire de l'afrikaans est donc plus rĂ©gulière et analytique. 

L'orthographe de l'afrikaans a Ă©tĂ© rationalisĂ©e pour reflĂ©ter la prononciation, tandis que celle du nĂ©erlandais reste plus Ă©tymologique et complexe. Par exemple, le mot nĂ©erlandais regen ( = pluie) devient reĂ«n en afrikaans, avec un trĂ©ma indiquant la prononciation en deux syllabes, et nacht ( = nuit) devient nag. Le système verbal est Ă©galement simplifiĂ© : il n'y a qu'un seul temps simple (le prĂ©sent) et un seul temps composĂ© (le passĂ© formĂ© avec le verbe het + participe passĂ©), contrairement au nĂ©erlandais qui possède encore plusieurs temps simples et composĂ©s. 

MalgrĂ© ces diffĂ©rences, l'afrikaans et le nĂ©erlandais restent partiellement mutuellement intelligibles, surtout Ă  l'Ă©crit. Un nĂ©erlandophone peut gĂ©nĂ©ralement comprendre un texte en afrikaans avec un certain effort, bien que la prononciation Ă  l'oral puisse crĂ©er des obstacles. Inversement, les locuteurs afrikaans apprennent souvent le nĂ©erlandais assez facilement, en raison de la proximitĂ© lexicale. 

Outre les influences nĂ©erlandaises, l'afrikaans s'est enrichi de nombreux emprunts, notamment du malais (comme baie = beaucoup, du malais  banyak), du portugais (via les esclaves d'origine africaine ou asiatique), des langues khoĂŻsan (notamment dans la toponymie et les interjections), et bien sĂ»r de l'anglais, surtout Ă  partir du XXe siècle. Ces apports ont contribuĂ© Ă  forger une langue hybride, profondĂ©ment ancrĂ©e dans le sol sud-africain tout en gardant une base germanique. 

Il est important de noter que l'afrikaans a longtemps Ă©tĂ© associĂ© au rĂ©gime d'apartheid, puisque c'Ă©tait la langue dominante de l'Ă©lite blanche afrikaner au pouvoir de 1948 Ă  1994. Cette association a conduit Ă  des rĂ©sistances politiques, notamment lors du soulèvement de Soweto en 1976, dĂ©clenchĂ© par l'imposition de l'afrikaans comme langue d'enseignement dans les Ă©coles noires. Depuis la fin de l'apartheid, l'afrikaans a perdu son statut dominant, mais il reste une des onze langues officielles de l'Afrique du Sud et continue d'ĂŞtre parlĂ© par des populations très diverses, notamment par de nombreux locuteurs non blancs, en particulier les coloureds du Cap. 

.


[Histoire culturelle][Grammaire][Littératures]
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2009 - 2025. - Reproduction interdite.