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Chiron

Petit corps, Centaure


(c) Giovanni Dal Lago
(2060) Chiron ou 95P/Chiron, découvert en 1977, est un centaure, qui décrit une orbite très allongée entre Saturne et Uranus. Découvert en 1977 par Charles Kowal à l'observatoire Palomar, l'objet (2060) Chiron, il a d'emblée déconcerté la communauté astronomique par sa nature hybride, qui rappelle d'ailleurs la dualité de son homonyme mythologique, le centaure (mi-homme, mi-cheval) réputé pour sa sagesse. Initialement classé comme un astéroïde, il fut le plus lointain planétoïde connu à son époque, mais son comportement, marqué en 1988 par une soudaine augmentation de luminosité puis par l'apparition d'une chevelure et d'une queue en 1989, révéla une activité cométaire typique. Cette double identité, à la fois planète mineure et comète périodique, a conduit à lui attribuer une double nomenclature, une singularité qui souligne sa position charnière dans la classification des corps célestes. Avec un diamètre estimé à environ 200 kilomètres, Chiron est bien plus massif que les noyaux cométaires conventionnels, ce qui en fait un objet à part entière, parfois qualifié de "comète géante".

Au-delà de cette dualité observationnelle, Chiron est un acteur clé de la dynamique du système solaire externe, car il fut le premier spécimen identifié d'une nouvelle famille d'objets, les centaures. Ces corps, dont l'orbite instable se situe entre celle des planètes géantes, sont considérés comme des ponts dynamiques entre la ceinture de Kuiper, leur réservoir d'origine, et le Système solaire interne. Son orbite, caractérisée par une excentricité de 0,37, le conduit du voisinage de Saturne (à son périhélie) jusqu'aux abords d'Uranus (à son aphélie), une trajectoire chaotique dont la précision ne peut être retracée au-delà de quelques milliers d'années, ce qui renforce l'idée qu'il s'agit d'un corps en transit, destiné à être éjecté ou à devenir une comète à courte période. La découverte d'une activité cométaire persistante alors qu'il évolue à des distances héliocentriques considérables, où la sublimation de la glace d'eau est peu efficace, a conduit à l'hypothèse que d'autres composés volatils, comme le monoxyde de carbone ou le méthane, sont à l'origine de ses émissions gazeuses, un scénario récemment étayé par des observations du télescope spatial James Webb qui ont révélé la présence d'une coma riche en méthane et en gaz carbonique, ainsi qu'une diversité de glaces en surface.

L'une des découvertes les plus spectaculaires de ces dernières années, et qui confère à Chiron un intérêt astrophysique majeur, est la confirmation de l'existence d'un système d'anneaux complexes. Grâce à une série d'occultations stellaires et des observations photométriques menées notamment à l'observatoire de Pico dos Dias au Brésil, il a été établi que Chiron est entouré d'un système annulaire unique. Ce système est composé de trois structures denses et étroites, dont les rayons orbitaux sont d'environ 273 km, 325 km et 438 km depuis le centre de l'objet. Ces anneaux, dont l'épaisseur optique varie de 5% à 30%, sont eux-mêmes immergés dans un vaste halo de matière diffuse, plus ténu, qui s'étend sur plusieurs centaines de kilomètres. La présence de ces trois anneaux distincts, ainsi que d'une structure externe plus large et moins dense, distingue Chiron des autres petits corps du système solaire externe connus pour posséder des anneaux, comme (10199) Chariklo, qui n'en possède que deux, ou Quaoar et Hauméa .

Toutefois, la caractéristique la plus remarquable de ce système annulaire est sa variabilité temporelle, qui en fait un laboratoire unique pour l'étude de la formation des anneaux . En effet, une occultation observée en 2011 ne révélait que la présence d'un matériau dense près d'un rayon de 300 km, tandis que les observations de 2023 montrent la structure complexe à trois anneaux, avec un halo diffus. Cette variabilité, absente chez Chariklo dont les anneaux semblent stables, suggère que le système de Chiron est en pleine phase d'évolution ou de formation. L'hypothèse avancée pour expliquer cette dynamique est intrinsèquement liée à la double nature de Chiron. Son activité cométaire sporadique éjecte de la matière depuis sa surface. Cependant, sa masse, bien que non précisément connue, est suffisante pour que la gravité de l'objet retienne une partie de ces éjectas, qui se mettent alors en orbite autour de lui, formant progressivement un disque de débris. L'agencement de ce disque en anneaux étroits et confinés serait le résultat d'un phénomène de résonance spin-orbite, un mécanisme de mécanique céleste où la période de rotation de Chiron et celle de révolution des particules sont en rapport commensurable, créant un piège dynamique. La résonance 1/3 (trois rotations du corps pour un tour des particules) est évoquée pour les anneaux de Chariklo, Hauméa et Quaoar, et pourrait être à l'oeuvre autour de Chiron, ce qui, une fois sa masse précisément mesurée, pourrait confirmer la nature dynamique de ce système en devenir. Ce faisant, Chiron ne se contente plus d'être un objet charnière entre astéroïde et comète ; il devient un témoin privilégié et un modèle d'étude pour comprendre comment les systèmes d'anneaux, que nous observons aujourd'hui autour des planètes géantes ou de petits corps, peuvent naître et évoluer à partir de l'activité même de leur hôte.

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