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Marine

Parmi les grands aspects de la nature, dignes de séduire le peintre et de parler à son imagination, la mer était nécessairement au premier rang : elle inspira, dans l'art moderne, plusieurs des plus grands maîtres de l'école hollandaise, puis de l'école française. D'abord associée au paysage terrestre, comme chez Van Goyen, dont les sujets sont d'ailleurs simples, comme sa manière, et qui peint des vues de rivières, des hameaux sur pilotis, d'une teinte monotone et attristée, la marine prit avec Albert Cuyp un caractère plus magistral de vérité et de style. L'une des plus célèbres qu'il exécuta, et des plus justement admirées, représente le canal de Dort, rempli de vaisseaux

Nul n'a su donner une idée plus vive et plus juste de la vie maritime des Hollandais; nul, si ce n'est Guillaume Van de Velde, dont la passion pour la mer et les vaisseaux était une affaire de famille. Van de Velde fut par excellence le peintre du calme; c'est exceptionnellement qu'il lui arriva de mettre en scène la tempête, ou plutôt les approches de la tempête, et la plupart de ses toiles sont couronnées par des ciels légers, argentins, resplendissants de lumière. Par contre, Backhuysen se plaît aux drames de l'orage et de la tourmente : avec lui, le spectateur est transporté en pleine mer, sous des nuages épais, dans une atmosphère lourde. 
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Echouage de navires lors d'une tempête, par Backhuysen.
Echouage de navires lors d'une tempête, par Ludolph Backhuysen.

D'autres Hollandais, Jean Van der Heyden, Aart Van der Neer ont excellé dans l'exacte représentation des ports et des canaux, dans l'évocation des clairs de Lune, des couchers de Soleil et des effets d'hiver. Enfin, le plus grand paysagiste des Pays-Bas, Jacob Ruysdaël, imprima à ses marines, comme à tout le reste de son oeuvre, la marque de son admirable, génie. 

« Ce n'est plus, a écrit Charles Blanc, la mer unie et transparente de Van Goyen, la grande vague savonneuse, la dramatique tempête de Backhuysen, encore moins l'exacte finesse, la vérité charmante de Guillaume Van de Velde. Les flots, dans Ruysdaël, sont profonds et sombres; menaçantes encore plus que terribles, les tempêtes ont, chez lui, je ne sais quoi de muet et de contenu dont l'aspect vous remplit d'une inexprimable angoisse. »
Tandis que l'école italienne n'apporta guère à la peinture de marine que le contingent des innombrables vues de Venise par Antoine Canale, dit Canaletto, et quelques tempêtes de Salvator Rosa, les Anglais revendiquent en ce genre plus d'un peintre original : Wilson (1714-17-82) et surtout Turner (1755-1851) et Bonnington (1801-1828). L'école française devint pour sa part, dans cet ordre de représentations, la rivale parfois heureuse des Van de Velde et des Ruysdaël. Il suffirait de rappeler le grand nom de Claude Lorrain et ces deux ouvrages de premier ordre qui s'appellent : le Débarquement de Cléopâtre à Tarse et Ulysse remettant Chryséis à son père
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Tempête devant Saint-Malo, par Eugène Isabey.
Tempête devant Saint-Malo, par Eugène Isabey (1860).

Le XVIIIe siècle devait donner Joseph Vernet, qui, de son temps, arracha à Diderot des cris d'admiration, et qui, de tous les peintres de marine, est resté le plus émouvant, le plus dramatique, le plus habile à faire intervenir les sentiments humains dans le spectacle des naufrages, des incendies, des tempêtes et de toutes les catastrophes qui attendent le navigateur. Après lui, la marine a trouvé des interprètes qui ne se sont pas montrés indignes de leurs devanciers : Théodore Gudin, Garneray, Eugène Isabey, Roqueplan, Morel-Fatio, Lepoittevin, Auguste Delacroix, Ziem et bien d'autres, ont vu la mer à travers le prisme d'une poésie nouvelle et l'ont rendue avec sentiment et avec charme. (G. Cougny).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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