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En littérature,
on nomme Feuilleton une partie inférieure d'un journal, formant
une sorte de feuille à part, et consacrée à la publication de romans,
nouvelles, de bandes
dessinéeset variétés quelconques. C'est aussi le nom que
l'on a donné autrefois au compte rendu des représentations
dramatiques ou des ouvrages de littérature,
de science et d'art. Cette
association des oeuvres d'imagination et de critique avec les faits et
les discussions politiques dans une même feuille périodique ne remonte
pas plus loin que la fin du XVIIIe siècle
: jusque-là les gazettes étaient exclusivement affectées, soit à la
politique, soit aux nouvelles diverses, soit aux discussions littéraires
et scientifiques.
Le feuilleton dramatique fut le premier
inventé; il prenait place dans le corps du journal. L'abbé Geoffroy fut
le premier qui lui donna sa forme actuelle. Choisi après le 18 brumaire
pour traiter dans le Journal des Débats de la littérature théâtrale,
il donna beaucoup de vogue et d'extension à ce genre : on lui a reproché
parfois sa haine de Voltaire et de Talma
et son adulation continue de Napoléon. Quoi
qu'il en soit, il eut un très grand succès, et la critique théâtrale
n'a pas depuis perdu son prestige, même si elle a revêtu par la suite
d'autres formes. Au Journal des Débats, Geoffroy eut pour premiers
successeurs Duviquet, Hoffmann, Dussault, Féletz et Jules
Janin. Dans d'autres journaux, Rolle, Théophile
Gautier, Desnoyers ont eu des succès mérités.
Le feuilleton musical s'est détaché un
peu plus tard, et Adolphe Adam en fut un des premiers rédacteurs. Après
lui, c'est Berlioz, Fiorentino, Delécluze, etc., qui ont su donner le
plus d'intérêt au feuilleton musical.
Dans le feuilleton scientifique se sont
distingués les docteurs Donné et Roger, l'abbé Moigno, Figuier, etc.
Le feuilleton littéraire, appelé à devenir
le plus populaire date du milieu du XIXe
siècle. Son but est d'amuser les lecteurs et de les attacher à leur journal.
L'art suprême en ce genre consiste à couper un roman en morceaux d'égale
longueur, à porter chaque jour le récit au plus haut degré possible
d'intérêt, à l'arrêter au moment où la curiosité se trouve vivement
excitée, de manière à faire attendre avec impatience le numéro du lendemain.
Ce manège, qui pousse au renouvellement des abonnements, s'est prolongé
de plus en plus, quelquefois pendant des années entières.
Les Trois Mousquetaires ,
le Comte de Monte-Cristo ,
parmi beaucoup d'autres romans d'Alexandre
Dumas ont été faits pour ce genre de publicité; parmi les oeuvres
qui ont passionné les lecteurs, on cite la plupart des romans de Jules
Verne, ou encore deux romans d'Eugène Sue, les
Mystères de Paris ,
dans le Journal des Débats, et le Juif errant, dans le Constitutionnel.
Dans son Histoire du Journal en France,
Hatin a donné des chiffres caractéristiques sur le prix de ces divers
romans payés par le Siècle, le Constitutionnel, le Journal
des Débats qui y faisaient fortune. La vogue des feuilletons, si grande
pendant les dernières années de Louis-Philippe,
n'a guère été moindre sous le second Empire avec les oeuvres de Ponson
du Terrail, Gaboriau, etc. A la fin du XIXe
siècle encore, bien que le public commence à se lasser du roman-feuilleton,
le Petit Journal était acheté par des milliers de lecteurs qui
suivaient assidûment les maîtres du genre, Xavier de Montépin, Jules
Mary, etc. |
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