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La langue romanche
Ladin, rhéto-roman, rhétien
Le romanche, appelé aussi ladin, rhéto-romain, rhétien ou roumanche, selon les région, est une langue romane (groupe rhétique), parlée principalement dans le canton des Grisons , dans le sud-est de la Suisse (où il possède le statut de langue nationale aux côtés de l'allemand, du français et de l'italien), et dans quelques vallées du nord de l'Italie. 

II s'est formé entre le VIIIe et le XIIe siècle, à partir du latin parlé par les populations alpines mélangées à des éléments celtiques et rhétiques antérieurs. Sa position géographique enclavée a favorisé la conservation de nombreux archaïsmes du latin populaire, tandis que le contact constant avec les locuteurs germaniques et lombards a entraîné des emprunts lexicaux et des changements phonétiques notables. Le terme romontsch apparaît pour la première fois au Moyen Âge pour désigner la langue du peuple romanisé par opposition à celle des Germains.

Le romanche se divise en plusieurs dialectes principaux correspondant aux vallées du canton des Grisons : le sursilvan (vallée du Rhin antérieur), le sutsilvan (vallée du Rhin postérieur), le surmiran (région d'Albula), le puter (Haute-Engadine) et le vallader (Basse-Engadine). Ces variétés présentent des différences de prononciation, de vocabulaire et de grammaire parfois importantes, mais elles restent liées par une base commune et une intercompréhension partielle. Pour unifier la langue, une norme écrite commune appelée Rumantsch Grischun a été créée en 1982 par Heinrich Schmid. Elle sert depuis de référence dans l'administration, l'enseignement et les médias, bien que l'attachement aux dialectes locaux demeure fort.
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Italie : Ortesei (Val Gardena).
Le village d'Ortesei, dans le Val Gardena (Italie). On continue d'y parler le ladin.
Source : The World Factbook.

Le romanche se distingue par la clarté de ses voyelles et la douceur de son intonation, souvent influencée par la musicalité italienne. Les voyelles nasales du français en sont absentes, et la langue conserve des diphtongues issues du latin, comme oua ou iei. La consonantique montre des affrications et des palatalisations caractéristiques, notamment dans les sons tsch et sch.

Cette langue possède deux genres, masculin et féminin, et distingue le singulier et le pluriel. Les articles définis varient selon les dialectes, par exemple il, igl ou la, tandis que les indéfinis se forment à partir de in et ina. Les noms ne se déclinent plus, mais les adjectifs s'accordent en genre et en nombre avec le nom. Le verbe conserve une structure latine simplifiée, avec trois conjugaisons principales et des temps composés formés à l'aide des auxiliaires avair ( = avoir) et esser ( = être). Le subjonctif et le conditionnel sont encore productifs, souvent employés dans le style formel ou littéraire.

L'ordre des mots est relativement souple, mais suit en général la structure sujet-verbe-complément (SVO), comme dans les langues romanes voisines. Cependant, les propositions subordonnées adoptent parfois des tournures influencées par la syntaxe allemande. Le lexique du romanche reste majoritairement d'origine latine, mais il comporte un grand nombre d'emprunts à l'allemand, à l'italien et au français, reflétant la situation multilingue du canton des Grisons. Ces influences se manifestent notamment dans le vocabulaire administratif, technique et religieux.

La littérature romanche, bien que limitée par le nombre de locuteurs, témoigne d'une vitalité remarquable. Dès le XVIe siècle, la langue est utilisée pour la traduction de textes religieux et la poésie populaire. Au XIXe siècle, elle connaît un renouveau avec des auteurs comme Giachen Caspar Muoth et Peider Lansel, qui cherchent à affirmer l'identité rhéto-romane. Aujourd'hui, la production littéraire, journalistique et musicale en romanche se poursuit activement, soutenue par des politiques linguistiques de promotion et des institutions telles que la Lia Rumantscha.

Le romanche est enseigné dans les écoles grisonnes, fréquemment en alternance avec l'allemand, et bénéficie d'une reconnaissance officielle qui garantit sa présence dans les médias et les services publics. Cependant, le nombre de locuteurs natifs, estimé à environ soixante mille, tend à diminuer, en raison de la pression de l'allemand, langue dominante du canton. Des efforts importants sont menés pour renforcer son usage dans la vie quotidienne, notamment par la radio, la télévision et les publications en Rumantsch Grischun.

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