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Édouard Bourdet

Édouard Bourdet est un auteur dramatique né le 26 octobre 1887 à Saint-Germain-en-Laye, dans une famille de la grande bourgeoisie. Son père, Fernand Bourdet, est un ingénieur centralien prospère qui a fait fortune en fournissant des locomotives et des canons à la Russie et à la Turquie, tandis que sa mère, Marguerite Vallée, est la petite-fille de l'amiral Georges Pléville Le Pelley. Cette enfance privilégiée baigne dans un environnement culturel stimulant : ses parents reçoivent des artistes et écrivains comme Anatole France, et le jeune Édouard, adolescent taciturne, assiste à toutes les matinées classiques de la Comédie-Française, nourrissant très tôt une passion pour le théâtre.

Après de brillantes études et un passage par l'École des Hautes Études Commerciales, il se tourne vers l'écriture. Sa première pièce, Le Rubicon, est jouée en 1910 au Théâtre Michel. L'oeuvre s'inspire directement de sa propre expérience conjugale : il a épousé en 1909 la poétesse Catherine Pozzi, une union complexe et malheureuse dont naît un fils, Claude Bourdet, en 1910. Le couple divorce en 1913.

La Première Guerre mondiale interrompt sa carrière naissante. Bourdet sert dans les chasseurs à pied et vit le conflit comme un simple soldat, une expérience qu'il vit avec un sens du devoir aigu, comme en témoigne sa correspondance. Démobilisé en 1919, il devient correspondant à Londres pour L'Écho de Paris et critique dramatique, mais ses premières pièces d'après-guerre, comme L'Homme enchaîné en 1923, ne rencontrent pas le succès.

Sa carrière bascule en 1926 avec La Prisonnière, une pièce qui aborde avec audace et pudeur le thème du lesbianisme, rencontrant un large succès public et imposant Bourdet comme un maître du théâtre de boulevard de l'entre-deux-guerres. Il enchaîne alors les triomphes avec des comédies de moeurs satiriques et psychologiques. Vient de paraître (1927) dresse un portrait impitoyable du milieu littéraire et de ses combines. Le Sexe faible (1929) met en scène avec cruauté des hommes entretenus, et Fric-Frac (1936) devient un immense succès populaire, porté à l'écran en 1939 avec Fernandel. En 1934, il épouse Denise Rémon, avec qui il tiendra un salon littéraire fréquenté par des amis comme Paul Claudel et Jean Giraudoux.

En 1936, le ministre de l'Éducation nationale du Front populaire, Jean Zay, lui propose de prendre la direction de la Comédie-Française. Après avoir posé ses conditions (liberté artistique totale et un traitement conséquent), Bourdet accepte ce qu'il considère comme un "cadeau empoisonné". Son mandat d'administrateur, de 1936 à 1940, est novateur : il convoque les plus grands metteurs en scène de l'époque (Jacques Copeau, Louis Jouvet, Charles Dullin, Gaston Baty), modernise le répertoire et redresse la "Maison de Molière" qui était alors jugée moribonde.

Sa vie bascule une seconde fois en juin 1940. Traversant l'avenue des Champs-Élysées, il est renversé par une automobile. Sa jambe est fracturée et il restera invalide jusqu'à la fin de ses jours. Cette même année, il quitte ses fonctions à la Comédie-Française suite à l'arrivée au pouvoir de Pétain. Pendant l'Occupation, s'il n'est pas administrativement impliqué dans la Résistance, il choisit de renoncer à son poste pour ne pas avoir à appliquer les mesures antisémites ou à collaborer avec l'occupant. Il continue d'écrire, mais ses dernières pièces, comme Hyménée (1941) et Père (1942), sont moins mordantes, sans doute par prudence face à la censure. Il meurt brutalement le 17 janvier 1945 à son domicile parisien, des suites d'une embolie, et est inhumé au cimetière de Passy.


 
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Dictionnaire biographique
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