.
-

Anna Julia Cooper

Anna Julia Haywood Cooper est une intellectuelle, enseignante et militante afro-américaine née en 1858 ou 1859 à Raleigh, en Caroline du Nord et morte en  le 27 février 1964 à Washington. Née en esclavage, elle a été l'une des premières femmes noires à obtenir un doctorat. Elle est surtout connue pour son ouvrage A Voice from the South (1892), où elle défend l'éducation des femmes noires et leur rôle central dans l'élévation sociale de la communauté afro-américaine. Sa pensée combine féminisme, lutte contre le racisme et importance de l'instruction comme levier d'émancipation.

Anna Julia est la fille d'Hannah Stanley Haywood, une femme esclave, et de l'homme qui la possède, vraisemblablement George Washington Haywood. Libérée à l'âge de neuf ans, elle fait preuve dès son plus jeune âge d'une soif d'apprendre exceptionnelle. En 1868, elle intègre la toute nouvelle Saint Augustine's Normal School and Collegiate Institute, une école destinée aux affranchis . Elle s'y distingue rapidement comme une élève brillante et, à seulement dix ans, elle commence déjà à enseigner les mathématiques aux autres élèves pour subvenir à ses besoins. C'est durant ces années qu'elle vit une véritable "prise de conscience féministe" en constatant que les garçons ont accès à un programme d'études plus rigoureux que les filles, une injustice qu'elle combattra toute sa vie.

En 1877, elle épouse un de ses camarades de classe, George A.G. Cooper, mais ce dernier meurt deux ans plus tard. Veuve, elle décide de poursuivre ses études et intègre l'Oberlin College, l'une des premières universités américaines à admettre des femmes et des Afro-Américains. Refusant de suivre le cursus "pour femmes", moins exigeant, elle insiste pour suivre les cours réservés aux hommes. Elle obtient ainsi un baccalauréat universitaire en mathématiques en 1884, puis une maîtrise en 1887.

Sa carrière d'enseignante débute véritablement en 1887 lorsqu'elle est recrutée par le M Street High School (connu plus tard sous le nom de Dunbar High School) à Washington, une école prestigieuse pour les jeunes Afro-Américains. Elle y enseigne les mathématiques, les sciences et le latin. Parallèlement, elle publie en 1892 son ouvrage majeur, A Voice from the South: By a Black Woman of the South. Dans ce recueil d'essais, considéré comme l'un des textes fondateurs du féminisme noir. 

• A Voice from the South: By a Black Woman of the South (1892) constitue un texte pionnier à la croisée du féminisme et de la pensée afro-américaine. Dans un contexte de ségrégation raciste et de marginalisation des femmes noires dans les sphères intellectuelles, Anna Julia Cooper développe une idée révolutionnaire pour son époque : le combat pour la justice face aux discriminations liées à la couleur de la peau est indissociable de celui pour les droits des femmes. Elle soutient que le progrès de la communauté afro-américaine (et plus largement de la démocratie américaine) dépend de l'élévation intellectuelle et morale des femmes noires. L'éducation occupe une place centrale dans son argumentation : elle rejette les modèles limités à la formation professionnelle pour défendre un accès plein et entier aux humanités et à la culture générale. Elle y critique aussi bien le racisme au sein du mouvement suffragiste blanc que le sexisme des hommes noirs de son temps. Cooper  affirme que les femmes noires, en raison de leur position spécifique dans la société, disposent d'une capacité particulière à penser et transformer les structures d'oppression. Son oeuvre anticipe ainsi les approches intersectionnelles contemporaines en insistant sur l'imbrication des formes de domination. C'est dans cet ouvrage qu'elle écrit sa célèbre formule, aujourd'hui réimprimée dans les passeports américains :
"La cause de la liberté n'est pas la cause d'une race ou d'une secte, d'un parti ou d'une classe, c'est la cause de l'humanité, le droit inné de l'humanité".
Grâce à la renommée de son livre, elle devient une conférencière très demandée et une figure du mouvement des clubs de femmes noires, contribuant à fonder la Colored Women's League en 1892 et la National Association of Colored Women's Clubs en 1896. En 1900, elle est l'une des rares femmes à prendre la parole au premier Congrès panafricain à Londres. En 1902, elle est nommée principale du M Street High School. À ce poste, elle met en place un programme d'études classiques et exigeant, qui prépare ses élèves aux études supérieures. Sous sa direction, de nombreux diplômés intègrent des universités d'élite comme Harvard, Yale ou Brown. Cependant, sa vision élitiste de l'éducation se heurte à celle de Booker T. Washington, qui prône une formation plus professionnelle pour les Noirs. En 1905, sous des prétextes fallacieux, le conseil scolaire de Washington, refuse de renouveler son contrat et elle est évincée de son poste de principale.

Sans se décourager, elle enseigne pendant quatre ans à l'université Lincoln dans le Missouri, puis retourne au M Street High School en 1910 comme simple professeure, un poste qu'elle conservera jusqu'en 1930. Tout en menant cette carrière d'enseignante, elle ne cesse jamais d'apprendre. Elle entame des études doctorales à l'université Columbia en 1914, mais doit les interrompre à la mort de son frère pour élever ses cinq petits-enfants. Infatigable, elle reprend ses travaux et, à 67 ans, soutient avec succès sa thèse à la Sorbonne en 1925, rédigée en français sur les attitudes de la France face à l'esclavage pendant la Révolution. Elle devient ainsi la quatrième femme afro-américaine à obtenir un doctorat.

De 1930 à 1941, elle est présidente de la Frelinghuysen University à Washington, une université destinée à offrir une éducation aux adultes noirs travailleurs. Elle meurt paisiblement dans son sommeil en 1964, à l'âge de 105 ans, dans sa maison du quartier de LeDroit Park à Washington.

.


Dictionnaire biographique
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2026. - Reproduction interdite.