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D'Albertis

Luigi Maria d'Albertis est un géographe et voyageur né le 21 novembre 1841 à Voltri, près de Gênes, dans une famille florentine ancienne. À l'âge de dix-huit ans, il s'engage dans l'armée de Garibaldi et participe à l'expédition militaire en Sicile en 1860. Formé aux méthodes scientifiques par le savant français Abbé Armand David, il se consacre ensuite à l'histoire naturelle. En novembre 1871, il rejoint le naturaliste Odoardo Beccari pour une expédition dans l'ouest de la Nouvelle-Guinée. Il parvient à atteindre le sommet du mont Arfak mais une violente attaque de fièvre l'oblige à battre en retraite pour se rétablir à Sydney, où il arrive en février 1873.

Déterminé à poursuivre ses explorations, d'Albertis retourne en Nouvelle-Guinée en novembre 1874 pour établir une base sur l'île Yule. Il se fait rapidement remarquer par un comportement excentrique et provocateur : pour affirmer son autorité sur les populations locales, il embrasse publiquement les plus jeunes femmes et, armé d'une coquille remplie d'alcool à brûler, menace ostensiblement de mettre l'océan en feu. Ces mises en scène entraînent la désertion de la plupart de ses compagnons et employés.

Sa première expédition sur le fleuve Fly a lieu en 1875 à bord du vapeur SS Ellengowan, qui quitte le port colonial britannique de Somerset. Il est accompagné du capitaine Runcie, du révérend MacFarlane et du magistrat Henry Chester avec six policiers de la force autochtone du Queensland. Dès le début de la navigation, l'expédition entre en conflit avec les habitants : Chester et ses hommes dispersent les pirogues locales à coups de fusil, puis s'emparent d'une grande pirogue de soixante pieds qu'ils utilisent comme bois de chauffe. Le long du fleuve, d'Albertis utilise systématiquement des fusées et de la dynamite, à la fois pour intimider les populations et pour capturer des spécimens aquatiques en pratiquant une pêche destructrice. Lors d'une halte, Chester et ses hommes tuent et volent des porcs domestiques avant de piller une maison longue, s'emparant de restes humains ancestraux, d'armes et d'artefacts.

De retour à Sydney en février 1876, d'Albertis obtient du gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud le prêt d'un petit navire, la Neva, pour poursuivre ses explorations. Il embarque cette fois avec Lawrence Hargrave, un jeune ingénieur qui deviendra par la suite un pionnier de l'aviation. Le voyage, qui débute le 23 mai, dure quarante-cinq jours de remontée du Fly. D'Albertis utilise à nouveau des fusées chargées de dynamite pour dissuader les attaques hostiles et n'hésite pas à commettre ce qu'il reconnaît lui-même comme des sacrilèges, notamment en arrachant des sculptures sacrées sur les arbres et en dérobant des ossements ancestraux dans les maisons longues. Atteint de paludisme et paralysé par des rhumatismes aux deux jambes, il doit finalement battre en retraite.

La troisième et dernière expédition, entreprise en 1877, s'avère être la plus violente. Dès le 1er juin, d'Albertis et son équipage livrent une bataille rangée contre une flottille de pirogues armées; l'explorateur déclare avoir tiré environ cent vingt coups de feu, causant plusieurs morts parmi les populations locales. Pendant la majeure partie du mois de juillet, les affrontements sont quotidiens. À une occasion, d'Albertis découvre le cadavre d'un homme tué au cours des combats et décide de le décapiter pour conserver sa tête dans de l'alcool. C'est au cours de cette expédition que survient l'épisode le plus sombre : d'Albertis bat à mort un de ses serviteurs chinois qui refuse d'aller dans la jungle pour collecter des spécimens, en utilisant une canne de bambou qui se brise sous les coups. Les autres serviteurs chinois s'enfuient alors dans la jungle, préférant affronter un environnement inconnu plutôt que de rester auprès de leur commandant. À son retour, deux hommes désertent à leur tour et portent plainte contre d'Albertis pour meurtre, mais le magistrat Henry Chester, qui a participé à la première expédition, classe l'affaire et fait condamner les plaignants pour mutinerie.

De retour en Europe, d'Albertis publie en 1880 le récit de ses voyages en deux volumes, New Guinea : What I Did and What I Saw. Il fait don de ses collections scientifiques à plusieurs institutions : les spécimens zoologiques et botaniques sont confiés au muséum d'histoire naturelle Giacomo Doria de Gênes, tandis que sa parent, l'explorateur Enrico Alberto d'Albertis, expose une partie des objets ethnographiques dans son château, qui abrite aujourd'hui le musée des cultures du monde. Son œuvre scientifique est reconnue par ses pairs, et il reçoit le prix Bressa en 1891.

Ses contemporains, pourtant habitués aux pratiques coloniales brutales, sont presque unanimes dans leurs critiques. Les administrateurs coloniaux britanniques de Nouvelle-Guinée, Peter Scratchley, William MacGregor et Hubert Murray, condamnent ses méthodes qu'ils jugent particulièrement dommageables pour l'établissement de la colonisation. Murray le décrit néanmoins comme un grand explorateur tout en précisant qu'il n'aimerait pas marcher sur ses traces, car les populations locales en attendraient trop.

D'Albertis se retire ensuite dans les marais Pontins où il fait construire une demeure inspirée de l'architecture papoue et se consacre à la chasse. Grand fumeur invétéré, il meurt d'un cancer de la bouche le 2 septembre 1901 à Sassari, en Sardaigne. Conformément à ses dernières volontés, son corps est incinéré le 4 septembre 1902 à Gênes, et sa dépouille repose au cimetière monumental de Staglieno, où un buste à sa mémoire est érigé en 1905. La postérité scientifique retient son nom à travers la classification du python à lèvres blanches (Leiopython albertisii), seul reptile à conserver l'épithète spécifique qui lui rend hommage.

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Dictionnaire biographique
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