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Ward

Seth Ward est un savant évêque anglais, fils d'un procureur, et né en 1617 à Buntingford, en Herfordshire, passa de l'école de son lieu natal au collège Sidney, de l'université de Cambridge, auquel il fut par la suite agrégé. Son application se fixa particulièrement sur les études mathématiques, et il y porta la profondeur de son esprit. Malheureusement la guerre civile ne tarda pas à troubler la tranquillité des écoles. Seth voyant son principal, Samuel Ward, renfermé dans un des collèges que les parlementaires avaient transformés en prisons, ne put consentir à se séparer de son patron et son ami, et il ne le quitta qu'après sa mort, en 1643. Le refus d'accepter le covenant, ainsi que sa coopération à un livre dirigé contre cette sorte d'engagement religieux, furent cause qu'il perdit son association dans le collège. Plusieurs personnes de distinction lui firent alors des offres séduisantes, mais qui ne le tentèrent point; il préféra d'aller passer quelque temps à Albury, dans le comté de Surrey, près du célèbre Oughtred, dans la société duquel il put satisfaire son goût pour les mathématiques. L'éducation des fils d'un de ses amis l'occupa jusqu'en 1649, époque où il devint chapelain de Thomas, lord Wenman. Ce fut peu de temps après que des commissaires du parlement vinrent visiter l'université d'Oxford, dans la vue d'en éloigner les hommes qui étaient suspects au parti dominant. L'effet de cette épuration fut de priver l'instruction publique du concours de plusieurs esprits éminents. De ce nombre fut Greaves, professeur d'astronomie, qui venait de se faire connaître par un ouvrage sur les pyramides d'Égypte. Ce savant, qui connaissait les talents de Ward, le recommanda pour occuper la chaire vacante, et cette recommandation fut écoutée.

Comme la cause royale était alors désespérée, le nouveau professeur crut pouvoir prêter serment à la république, démarche qui lui fut amèrement reprochée après la chute de ce gouvernement. Son premier soin fut de relever la réputation des leçons d'astronomie qui depuis longtemps étaient très négligées; il le pouvait par son savoir, il y joignit une assiduité exemplaire. Le degré de docteur en théologie lui fut donné en 1854, et il réunit successivement à ce titre celui de principal du collège de Jésus, puis celui de président du collège de la Trinité. Il faisait partie de ces réunions qui avaient lieu fréquemment dans l'appartement du docteur Wilkins, au collège Wadham et ailleurs, entre plusieurs hommes instruits qui voulaient s'occuper ensemble des objets de leurs études. On sait que ces réunions furent le noyau dont se forma quelques années plus tard, la société royale de Londres, de laquelle Ward fut membre dès sa fondation (1661), et plusieurs fois vice-président. La restauration arriva, et bien que Ward eût peu souffert pour la cause royale, quoiqu'il eût même fléchi sous l'usurpation, son avancement dans l'Église commença peu de temps après. On savait que son inclination était pour l'ancienne dynastie. Il était doyen d'Exeter lorsque Monk, duc d'Albemarle, et le comte de Clarendon, faisant moins d'attention aux antécédents politiques qu'au mérite personnel et aux talents utiles, lui procurèrent le siège épiscopal de ce diocèse. Son administration fut pour ce siège l'époque de beaucoup d'améliorations; et par sa bienfaisance, ainsi que par son habileté à manier les affaires, il devint le personnage le plus considérable du banc des évêques. Le siège de Salisbury, auquel il fut transféré en 1667, ne lui fut pas moins redevable; il fit rendre et annexer pour toujours à ce siège, en 1671, l'office de chancelier de l'ordre de la Jarretière, qui en avait été détaché depuis cent trente-deux ans. Mais le plus noble monument de sa munificence fut le collège des Matrones à Salisbury, qu'il fonda en 1692, pour la réception et l'entretien de dix femmes, veuves d'ecclésiastiques orthodoxes du diocèse. Son naturel l'éloignait d'exercer volontairement la persécution, et ce ne fut que pour obéir aux ordres de la cour qu'il mit beaucoup d'activité à supprimer les conventicules tenus par les non-conformistes.

L'évêque Ward fut un des hommes supérieurs qui eurent le malheur de survivre à leurs facultés mentales. Dès l'année 1660 une fièvre violente commença de miner sa constitution. L'exercice du cheval, auquel iI se livra d'après l'avis de l'illustre médecin Sydenham, releva ses forces; mais négligeant cet exercice salutaire à mesure qu'il avançait en âge, il tomba dans un dépérissement rapide, et son intelligence disparut au point qu'il ne fut plus qu'un objet de compassion. Il vivait encore lorsque la révolution de 1688 arriva; mais on peut dire qu'il ne la connut point. Il mourut en 1689. Oughtred a fait l'éloge de son caractère autant que de son esprit. Ses études ne se bornaient pas aux sciences exactes, elles embrassaient toutes les parties des belles-lettres. Le docteur Burnet, qui lui succéda sur le siège épiscopal de Salisbury, après l'avoir signalé comme un des plus grands hommes de son temps à plusieurs égards, et avoir rendu hommage à la profondeur de son esprit, atténua cet éloge en ajoutant "qu'il fut bien adroit, sinon trop adroit, car sa sincérité fut très douteuse. II fut un politique habile, mais un prêtre peu estimable."

On lui a souvent reproché en effet d'avoir été (pour emprunter un mot connu) le très humble serviteur des événements. Orateur distingué dans la chambre des lords, on l'égalait au comte de Shaftesbury pour la vigueur du raisonnement. Il n'y a eu qu'une opinion sur sa modération, sa charité, sa générosité. Le lieu de sa naissance, Buntingford, lui doit un somptueux hôpital. Seth Ward est auteur de plusieurs ouvrages sur l'astronomie et sur différentes parties des mathématiques, qui furent en grande estime dans le temps où ils parurent mais que les progrès des sciences ont fait oublier. Sa réputation comme astronome repose principalement sur sa célèbre approximation du vrai lieu d'une planète. Montucla pense que Ward n'est pas l'inventeur de l'hypothèse appelée elliptique simple, déjà rejetée, dit-il, pour de bonnes raisons. Nous ne pouvons, sur ce point, que renvoyer à l'Histoire des mathématiques, t. 2, p. 339, 2e édition. Sa a biographie été écrite par son ami Walter Pope. (Lefebvre-Cauchy, 1870).

Voici les titres de ses écrits :

Essai philosophique de démonstration de l'existence et des attributs de Dieu, de l'immortalité de l'âme humaine, de la vérité et de l'autorité de l'Écriture, Oxford, 1652, in-8°; 2° De cometis, ubi de cometarum natura disseritur, nova cometarium theoria et novissimae cometae historia proponitur; praelection Oxonii habita, Oxford. 1653, in-4°. A la suite de cet ouvrage est imprimé un petit écrit intitulé Inquisitio in Ismaelis Bullialdi astronomiae philolaicae fundamenta, Oxford. 1653, in-4°. 3° Idea trigonometriae demonstratae in usum juventutis Oxon., Oxford, 1654, in-4°; 4° Vindiciae academiarum (en réponse à John Webster), Oxford, 1654, in-4°; 5° In Thomae Hobbii philosophiam exercitatio epistolica, ad ampliss. virum D. J. Wilkinsium, etc., ibid., 1656, in-8°; 6° Astronomia geometrica, ubi methodus proponitur qua primoriorum planetarum astronomia, sive elliptica, sive circularis, possit geometrice absolvi, Londres, 1656, in-8°; 7° des Sermons qui ont été réunis en en volume in-8°, Londres, 1674.
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Dictionnaire biographique
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