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Oberon / Auberon

Oberon (en français Albéron ou Auberon) est un légendaire roi des Elfes ou des génies de l'air (Lutins), dans la mythologie scandinave. Il avait pour épouse ou pour amante Titania, ou, selon d'autres, la fée Mab. Une légende du Moyen âge mettait en scène un frère ennemi de Mérovée, le sorcier Albéric, qui fit épouser à son fils aîné Valbert une princesse byzantine. 

Cette légende se retrouve dans la chanson de geste d'Huon de Bordeaux, où Albéric est devenu le nain Alberon on Aubéron, roi des génies;  et dans un autre poème qui en a été inspiré, le roman d'Auberon;  on la trouve aussi dans le poème germanique d'Ortnit. C'est d'après Huon qu'elle passa dans la littérature romanesque, servit de thème à Chaucer, Spencer, Shakespeare (Songe d'une nuit d'été) et enfin à Wieland qui lui consacra sous le titre d'Oberon un poème épique (1780). Weber en fit un opéra d'après un livret de Planche.
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La légende d'Oberon dans la littérature médiévale.
Il semble, avec Léon Gautier que l'on puisse établir les propositions suivantes :

 1° Le Roman d'Auberon ne renferme aucun élément historique. Ce n'est pas même un roman : c'est un conte.

2° La légende de saint Georges y est présentée sous une forme absolument fabuleuse, et qui, des 494, aurait été déclarée apocryphe par un décret du pape Gélase.

3° La figure d'Auberon, qui est le centre de cette étrange fiction, est étrangère au Cycle carolingien et apparaît pour la première fois dans Huon de Bordeaux. Elle est mythique et n'a rien de légendaire. 

4° Deux mythologies peuvent se disputer le mythe d'Auberon; deux systèmes sont en présence, le celtique et le germanique. 

5° Il existe dans la mythologie, ou, pour mieux parler, dans la féerie celtique, un personnage nommé Gwin. « Suivant les traditions galloises, ce Gwin était sorti d'un nuage et avait été élevé par la fée Morgane. Comme le héros de notre poème, il n'a que trois pieds de haut et un cor à chanter. Gwin est le roi des Fées; il peut prendre toutes les formes, connaît tous les secrets de la nature et prédit l'avenir. » (H. de la Villemarqué).  Le mot Auberon lui-même serait, d'après ce premier système, un mot hybride composé : 

1° du latin albus = aube, qui est l'équivalent du celtique Gwin

2° et du celtique araun = superus (Aube-araun).

6° Les partisans du système germanique, parmi lesquels il faut compter Gaston Paris et A. Graf, ont affirmé au contraire qu'Auberon est virtuellement le même personnage que l'Alberich ou l'Elberich de la mythologie germanique. Dans les Niebelungen, c'est le roi des nains qui sont préposés à la garde du trésor de Segfrit, et il joue également un rôle dans l'Heldenbuch et dans le poème d'Ortnit. Cet Alberich est le roi des Elfes, et tel est le sens exact de son nom. La racine primitive serait alps ou alp = genius. Pour en arriver philologiquement d'Alberich à Auberon, il faut supposer, avec Graf, que la terminaison ich est tombée, et qu'au prétendu radical alber = auber, les Français ont ajouté la flexion du cas régime, comme dans Hue, Huon; Mile, Milon.

7° Il reste à montrer quand et comment ce mythe d'Alberich a pénétré dans la littérature romane. Serait-ce par l'intermédiaire du célèbre poème d'Ortnit? Mais on en est à se demander quelle est la date précise de cette oeuvre, et Lindner a consacré une thèse importante à démontrer que l'Ortnit n'est pas une légende germanique originale, mais qu'il y faut voir seulement un remaniement allemand de Huon de Bordeaux.

8° Il vaut mieux croire, avec Gaston Paris, qu'Alberich d'une part, et Auberon de l'autre, appartiennent à une source légendaire qui est commune aux Allemands et aux Français, et que cette légende a été, avec beaucoup d'autres, apportée en Gaule par les Francs: Si cette dernière hypothèse était admise, on pourrait considérer le poème d'Ortnit comme étant indépendant de Huon de Bordeaux; les deux oeuvres seraient tout naturellement sorties, en deux pays différents et voisins, de cette ancienne et unique tradition qui leur serait commune. Mais, comme on le voit, il reste encore, en tout ceci, beaucoup d'obscurités, beaucoup de « peut-être ».

9° Ce qui paraît le mieux prouvé, c'est la ressemblance profonde qui existe entre Auberon, d'une part, et, de l'autre, les Elfes, tels qu'ils sont décrits dans les monuments les plus autorisés de la mythologie germanique et scandinave. A. Graf a mis cette ressemblance en une bonne lumière.

 10° Les Elfes sont doués d'une beauté surnaturelle, et l'Alberich du poème d'Ortnit est très beau. Il en est de même d'Auberon, qui est beau comme solaus en esté

Les Elfes sont en relation constante avec les Fées : il en est de même d'Auberon, qui a pour mère une fée. 

Certains Elfes ont une vie excessivement longue, et le nain Laurin, dans la Dietrichsage, nous est offert comme ayant quatre cents ans : il en est de même d'Auberon, dont la vie se compte par siècles.

Dans Ortnil, Alberich a l'aspect d'un enfant, et les Nokkes des Danois se laissent également voir sous l'aspect d'enfants à chevelure d'or : telle est la physionomie de l'Auberon ds chansons de geste françaises.

L'ami de Huon de Bordeaux n'a que trois pieds; il en est de même des Elfes. C'est exactement leur taille, et Alberich, dans Ortnit, est représenté comme un enfant de quatre ans. 

Les Elfes, comme Auberon, ont la connaissance de l'avenir. 
Certains Elfes (ce sont les gnomes) habitent les lieux les plus profonds et savent les choses les plus secrètes : ce dernier caractère appartient aussi à Auberon. Etc.

Tels sont les caractères qui sont communs aux Elfes et à Auberon, et nous venons de les résumer d'après A. Graf. 

11° Il faut conclure de tout ce qui précède qu'Auberon est une figure d'origine principalement germanique.

12° Seulement, et sous l'influence des romans de la Table ronde, l'auteur d'Auberon et celui de Huon de Bordeaux ont donné au « petit roi sauvage » certains traits qui sont d'origine celtique. Sans parler de la fée Morgue (Morgane), la coupe du protecteur de Huon, cette coupe où l'on ne peut boire si l'on est en état de péché mortel, ressemble singulièrement au saint Graal, etc.

13° Enfin, il ne faut pas oublier que l'Auberon des chansons de geste fait ouvertement profession à la foi chrétienne. Il va jusqu'à affirmer que tout son pouvoir lui vient de Jésus (Huon, vers 3349) et à enseigner les vertus chrétiennes (ibid., v. 3699).

14° Bref, si l'on voulait bien admettre un instant que la légende d'Auberon se compose de dix éléments, nous dirions volontiers qu'il faudrait les décomposer ainsi : huit éléments germaniques, un celtique, un chrétien.

15° Graf ajoute avec raison que le Roman d'Auberon est comme le point de rencontre des trois grands courants de l'épopée française au Moyen âge. Le sujet est carolingien : c'est « la matière de France ». Les Fées y circulent : c'est « la matière de Bretagne ». Jules César et Judas Machabée y figurent : c'est « la matière de Rome la grant » et de l'Antiquité chrétienne et païenne.


Variantes et modifications de la légende.
Dans Huon de Bordeaux (vers 3492-3562), le petit Auberon raconte lui-même son
histoire en ces termes : 
« Je suis né à quatre cents lieues d'ici, à Monmur. 
Jules César est mon père, et c'est lui qui m'a élevé; 
La fée Morgue est ma mère. Je fus leur seul enfant. 
Les Fées vinrent à ma naissance, 
Et l'une d'elles, qui n'ot mie son gré, me donna tel don 
Que vous veés et me dit que jou seroie petits nains bocerés.
Je n'ai pas grandi, en effet, depuis l'âge de trois ans. 
Mais la fée ajouta, pour corriger sa première parole, 
Que je serais le plus beau de la terre : 
Autant sui biaus con solaus en esté
Une seconde fée m'accorda de savoir
De l'omme le cuer et le pensé
Grâce à une troisième, je puis me transporter en tous pays, 
Se je m'i veul souhaidier en non Dé, 
Et à tant de gent con je veul demander
Et quand je veux un palais masoner, je l'ai sur-le-champ 
Avec tel mangier et tel boire que je désiré.
Enfin, la quatrième fée m'a fait un don non moins merveilleux : 
Il n'est oisiaz ne beste ne sengler, 
Tant soit hautains ne de grant cruauté. 
Çà moi ne vienne volontiers et de gré. 
Et j'entends chanter les Anges là sus u ciel, 
Et je sais tous les secrets du Paradis. 
Puis, je ne vieillirai pas et, ens en la fin, quant je vaurai finer,
Aveuques Deu est mes sieges posés. » 
L'Ortnit est un poëme allemand sur la date duquel les érudits sont loin d'être d'accord. Les uns, avec Lindner, le considèrent comme un simple rifacimento de Huon de Bordeaux; les autres seraient tentés de le regarder comme un poème indépendant du poème français, mais composé d'après les mêmes traditions. L'Alberich de l'Ortnit diffère surtout d'Auberon au point de vue du caractère et des moeurs. C'est un débauché violent et ignoble (ibid., p. XXII), et il n'y a rien de tel dans le petit roi sauvage.

Dans les Huon de Bordeaux en prose, Auberon est représenté (?) comme le fils de la dame dell' Isola Nascosta ou de Céphalonie. Cette dame était fée et avait reçu César dans son île, dans le temps où celui-ci allait en Thessalie pour y combattre Pompée (A. Graf, I. L, p. XII).

Dans les Ogier en prose, Auberon est frère de Morgue. Celle-ci parvient, grâce à son art magique, à conduire Ogier dans le château enchanté d'Avallon, « là où estoit le roy Artus, et Auberonn, et Malabron, ung luiton de mer ». (L. G.).

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