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Huon de Bordeaux

Huon de Bordeaux est une chanson de geste. Ella a été composée par un trouvère dont on ne connaît ni le nom ni le pays, vers la fin du XIIe siècle ou, plus certainement dans le premier tiers du XIIIe, à une époque où la veine héroïque commençait à s'épuiser, où les romans bretons (Le cycle de la Table ronde) s'emparaient de la faveur jusque-là réservée aux oeuvres françaises, et où les poèmes d'aventures allaient remplacer les poèmes dits historiques ou chansons de geste. 

Ce roman est écrit, comme les chansons de geste primitives, en laisses assonancées; comme certaines d'entre elles, il se rattache à l'histoire légendaire de Charlemagne ; comme la plupart, c'est une oeuvre de jongleur, et l'auteur y fait à plusieurs reprises appel à la générosité d'un auditoire qui était celui des places publiques. Mais, par le fond, Huon de Bordeaux n'a rien de commun avec les anciennes légendes héroïques. C'est un éblouissement d'aventures merveilleuses comme on en trouve plutôt dans certains romans courtois; et ceux-ci, le poète les connaissait bien : il y a puisé abondamment les traits qui font la couleur particulière de son récit nains et lutins, anneaux magiques, pays étranges, palais enchantés. Pour avoir ainsi dévié de la tradition épique, il n'en a pas moins réussi une œuvre en elle-même pleine de charme. Prenant ses matériaux un peu partout, il les a ajustés avec infiniment de goût, et il entraîne ses auditeurs par les chemins de la plus ravissante féerie il a su, de plus, utiliser comme un des ressorts de l'action le caractère de son héros, cet « enfant » Huon, si joliment inventé, avec sa témérité ingénue, ses brusques caprices, son insouciance, et cette étourderie amusante qui lui fait oublier constamment les ordres de son bienfaiteur Auberon (Obéron). 

Certains spécialistes considèrent le personnage d'Obéron comme un emprunt fait par le trouvère français à la Germanie; il ne serait autre que l'Alberich des Niebelungen, du Heldenbuch, du poème d'Otnit, etc. H. de La Villemarqué lui attribuait, au contraire, une origine celtique, et l'identifiait avec un personnage de la féerie bretonne, Gwyn-Araun. Dans tous les cas, l'auteur de Huon de Bordeaux a beaucoup ajouté de son fonds à l'invention allemande ou celtique. 
On doit à la fantaisie de ce poète une des fictions les mieux contées du Moyen âge. En voici le sujet :
La trahison. - Huon et Gérard, fils de Séguin, duc de Bordeaux, sont accusés auprès de Charlemagne par Amaury de la Tour de Rivier, qui convoite leurs domaines, de vouloir se soustraire à l'hommage. 

L'embuscade. - Mandés à la cour, ils sont traîtreusement assaillis en chemin par Amaury, qui s'est fait un complice de Charlot, fils de l'empereur-: Charlot blesse grièvement Gérard, mais est tué par Huon. 

Le Jugement de Dieu. - Huon n'échappe à la mort, dont Charlemagne le menace, que sur les prières de son oncle le duc Naimes : mais il doit accepter comme châtiment l'Empereur lui impose une mission lointaine et périlleuse (et aussi quelque peu extravagante). Il doit se rendre auprès de l'émir de Babylone, entrer tout armé dans sa salle, tuer le premier chevalier qu'il y trouvera, prendre devant tous un baiser à la fille du païen, et rapporter à la cour de France la barbe de l'émir et quatre de ses dents...

Pélerinages de Huon à Rome et à Jérusalem. - Huon se rend d'abord à Rome auprès du pape, puis embarque pour le Levant. Alors se déroule une série d'aventures dont le héros ne serait pas sorti par sa seule valeur, et où il doit ses succès à l'appui du nain' Oberon, roi de Féerie. 

Le petit roi sauvage, Oberon. - Oberon prend Huon sous sa protection et lui fait présent d'une coupe d'or et d'un cor d'ivoire : pour quiconque aura le coeur pur, la coupe s'emplira du meilleur vin; et chaque fois qu'il entendra retentir le cor, le petit roi de Féerie viendra, à la tête d'une armée magique, au secours d'Huon.

Aventures de Huon avant d'arriver à Babylone. - Sur la route de Babylone, Huon vit la vie d'un chevalier errant, il affronte et vainc son oncle Eudes, qui est un traître, puis, l'Orgueilleux, un géant terrible.

Huon à Babylone. - Enfin, à Babylone,  Huon réussit à pénétrer dans le palais de l'émir Gaudisse et fait voler la tête d'un des barons assis à sa table; puis, ayant apaisé l'émir en lui présentant un anneau qu'il avait  enlevé à Orgueilleux, il embrasse trois fois sa fille, Esclarmonde. On finit par le mettre en prison; il en sort, tue Gaudisse et lui prend sa barbe et quatre dents.

Retour à Bordeaux. - Huon se met sur la voie du retour avec Esclarmonde qui s'est éprise de lui. Il la perd, la retrouve, l'épouse, et rentre à Bordeaux.
Huon trouve son fief envahi par des traîtres, à la têtes desquels se trouve son propre frère, Gérard; il en triomphe.  Réconcilié enfin avec l'empereur grâce à Oberon, il recouvre son fief. Oberon lui promet le royaume de Féerie. Fin du roman.

L'auteur de Huon de Bordeaux a donc pris un sujet ou tout au moins un cadre carolingien; il a donné à son poème la forme consacrée de la chanson de geste, c.-à-d. le mètre de 10 syllabes et les couplets monorimes, mais a fait de son héros un chercheur d'aventures, et introduit dans son oeuvre le merveilleux féerique. Un auteur allemand, Ferdinand Wolf, a pensé qu'il avait existé un poème plus ancien, dont celui-ci ne serait qu'un remaniement; mais aucun argument sans réplique n'appuie sa conjecture. Huon de Bordeaux est un des meilleurs romans de chevalerie que nous possédions, et on peut le préférer au poème allemand que Wieland en tira au XVIIIe siècle. 
Valeur littéraire du Huon, selon Léon Gautier. -  « Huon de Bordeaux est un roman d'aventures où n'ont pas seulement pénétré les péripéties et, l'esprit anecdotique de la Table ronde, mais aussi les fictions celtiques dans ce qu'elles ont de plus merveilleux. Il n'est peut-être pas une seule oeuvre de Chrétien de Troyes, de ses devanciers ou de ses élèves, où il y ait autant de féeries, et de féeries aussi pou déguisées. Que penser de ce château de Dunostre « à l'entrée duquel sont deux hommes de cuivre, armés chacun d'un fléau de fer, qui ne cessent de battre hiver comme été, de telle sorte qu'une alouette légère ne saurait pénétrer dans le palais sans tomber sous leurs coups? » Et le haubert qui rend invulnérable ? Et la belle princesse qui est prisonnière? Non, il n'est rien de plus fort dans Perceval le Gallois. Si Huon de Bordeaux était en vers de huit syllabes, on n'oserait certes pas le placer au nombre des romans de France  », malgré le nom de Charlemagne, malgré la révolte, de Huon contre le grand Empereur. A tout prendre, il faut considérer ce roman comme le plus parfait modèle des poèmes qui ont servi de transition entre la vieille école des chansons de geste et l'école nouvelle des romanciers de la Table ronde. Oeuvre de juste-milieu ou de fusion, qui a joui sans doute, d'un certain succès; mais qui n'a eu aucun résultat durable. Et c'est le caractère essentiel de toutes les oeuvres de cette nature. » (L. G.).


Analyse détaillée de Huon de Bordeaux.
La cour plénière et le traître Amaury.
Charlemagne est vieux, il a « le poil cangié ». Il est chevalier depuis soixante ans; le corps « lui tremble sous L'hermine », il ne peut plus monter à cheval. Dégoûté de la royauté et de la vie, il supplie ses barons chevaliers » d'élire un roi de France à sa place. Protestation du bon duc Naimes : « Mettez-vous à l'aise », dit-il à l'Empereur. « Quand bien même vous resteriez couché durant quarante années, ne craignez rien : nous garderons vos pays et vos marches. » - Non », répond le vieux roi,  « je ne mettrai plus cette couronne d'or sur ma tête. » On demande alors à l'Empereur de désigner lui-même son successeur. Il nomme son fils Charlot.; mais il avoue, que c'est un malvais iretier. « S'il ne vaut; pas un denier »,  dit ce père trop faible, « il ne faut pas s'en étonner. Quand je l'engendrai, j'avais plus de cent ans. » Qu'importe! Il sait son fils mauvais, il l'accuse publiquement, et néanmoins le juge digne de la couronne. Puis, comme les années n'ont pas ôté à Charles l'amour des longs discours, il profite de cette occasion pour raconter à ses barons la longue histoire d'Ogiér le Danois. Sur ce, entre Charlot lui-même, l'épervier au poing; il est jeune, il est tout éclatant de beauté. « Voici l'hoir de France », dit l'Empereur, en montrant cet étourdi de vingt-cinq ans. « Sire», dit alors le duc Naimes qui représente la sagesse à la cour du vieil Empereur, « si Charlot veut être roi,  au moins faites-lui la morale, araisniez le. » Charles élève alors la voix au milieu de tous ses chevaliers, et fait à son fils ces belles recommandations qu'on trouve en tant d'autres chansons de geste, qui offrent tant de ressemblances avec les Enseignements de saint Louis et qui nous font bien connaître le caractère de la Royauté d'après les idées féodales : 

« Fils, viens en avant, viens sans retard;
Prends et garde ta terre et ton héritage. 
S'il plaît à Dieu, tu tiendras ton franc fief, 
Comme le Seigneur Dieu, le justicier souverain,
Tient paradis, ce royaume de la justice. 
Il n'est pas d'homme sous la chape du ciel, 
S'il t'enlève seulement pour un denier de ta terre, 
Que tu ne puisses abattre et ruiner. 
Il n'est point de pays, pas de marche, pas de royaume, 
Si Dieu n'y est servi et exalté, 
Où tu ne sois craint et redouté.
Mon fils, ne te soucie pas des traîtres et des lâches; 
Mais fais tes compagnons des plus braves :
Car c'est des bons que tout bien peut venir. 
Aux clercs porte amour et honneur, 
Sache payer la sainte Église de retour. 
Enfin, donne du tien aux pauvres de bon coeur. »
Charlot fait toutes les promesses qu'on lui demande, et se voit déjà le diadème au chef.

Cette exposition est plutôt belle, et le spectacle de ce vieillard ôtant sa couronne de sa tête pour la placer sur le front de son fils qu'il aime malgré mille défauts, ce spectacle est noble et touchant. Cependant, nous n'avons pas encore vu le traître faire son apparition dans le roman; mais le voici. Il a un vrai nom de traître, il s'appelle Amaury.

« C'est grand péché », dit-il à Charlemagne, « de donner à votre fils votre royaume, quand vous n'y êtes ni aimé ni respecté. Je sais telle terre, non loin d'ici, où celui qui se réclamerait de votre nom serait coupé en pièces.» Charles jette un cri d'étonnement. - Cette terre », reprend Amaury, « c'est Bordeaux. Le vieux duc Seguin est mort depuis sept ans. Il a laissé deux fils, Huon et Gerard. Ce sont des lâches, des rebelles qui se refusent à vous servir. Si vous voulez me confier quelques chevaliers, j'irai les saisir dans Bordeaux, et vous les ferez pendre à Paris. »
Amaury n'ajoute pas que, s'il donne au roi ce conseil sanguinaire, c'est uniquement parce qu'il est animé contre les fils du duc Seguin d'une haine toute personnelle. Seguin lui a jadis enlevé un château de grand prix voilà pourquoi Amaury veut la mort des deux innocents. Mais c'est en vain qu'il s'agite, c'est en vain qu'il essaye de soulever l'indignation contre les prétendus rebelles. Le vieux Naimes défend la mémoire de Seguin, son vieux compagnon d'armes : il excuse les Bordelais; il est écouté. Bref, il est décidé qu'on enverra seulement un message à Bordeaux pour sommer les fils de Seguin de se présenter à la cour. Les messagers, tout aussitôt, se mettent en route avec cette belle rapidité qu'ont tous les ambassadeurs des chansons de geste. Ils arrivent; ils remplissent leur mission. Mais, au lieu de trouver des révoltés, ils sont accueillis par des barons fidèles et soumis :
 « Nous irons fort volontiers en France, nous servirons le Roi, nous lui baiserons le pied. »
Et en effet Huon et Gérard se jettent dans les bras de leur mère et lui font leurs adieux. La duchesse leur donne ses derniers conseils, et ils font joyeusement leurs préparatifs de départ. 
« Hugues s'en va a demandé son congé,
Lui et Gérard et leur riche barnage. 
Leur franche mère vint à leur rencontre
Et moult doucement se prit à les embrasser.
Au départ commença de pleurer :
Dieu! elle ne sait point les grands malheurs
Qui doivent arriver aux jeunes bacheliers.
Plus ne revit Huon en toute sa vie. » 
Les voilà sur le chemin de Paris....

L'embuscade. 
Aux environs de Paris « l'amirable cité », au midi, il est un « vert bos foillié », ou plutôt une petite forêt que traverse un chemin ferré allant de la grande ville à Orléans. C'est par ce bois, c'est par ce chemin que doivent passer les deux orphelins Huon et Gérard. Mais le bois est aujourd'hui plein de singuliers bruits et de clartés étranges : à travers le bruellet, on voit briller des heaumes, des lances, des, écus; on entend des voix; on aperçoit des écuyers qui font le guet. Tout cela ressemble à une embuscade, et, en effet, c'en est une. A la tête de ces hommes d'armes qui se cachent et attendent sans doute le passage de quelque voyageur, se trouve le traître Amaury. Furieux de cette paix entre le vieil Empereur et les fils du duc Seguin, il ne veut pas que Huon et Gérard puissent arriver jusqu'aux pieds de Charles : et c'est là qu'il les attend pour les attaquer, pour les perdre. A côté de lui se tient un jeune homme à la riche armure, impatient, plein d'ardeur c'est le principal complice d'Amaury, c'est le fils de Charlemagne, c'est ce Charlot qui n'est guère connu dans notre légende que par ses étourderies et ses trahisons. Mais voici que, sur le chemin, on entend le bruit d'une troupe qui, s'avance : voici Huon de Bordeaux, voici Gérard, son frère. Ils ont fait en route la rencontre du bon abbé de Cluny et de quatre-vingts moines qui se rendent aussi à la cour de Charlemagne Huon est tout joyeux, mais Gérard est triste : il a des pressentiments lugubres, et a fait un songe qui l'effraye... Ils entrent sous le bois. 

Tout à coup Charlot se précipite au-devant des Bordelais : « Beau neveu », dit l'abbé de Cluny à Huon, si vous avez fait tort à quelqu'un, c'est le moment de vous amender. - Je n'ai jamais fait tort d'un parisis à qui que ce soit », répond le fils aîné de Seguin, et il envoie son frère Gérard à la rencontre de Charlot. Le fils de Charles, en vrai félon, se jette tout armé sur cet enfant sans armes; il le renverse à terre demi-mort. Personne, d'ailleurs, ne reconnaît l'hoir de France, et il sait abuser de cette circonstance. Mais l'heure du châtiment a sonné. Huon a senti tout sonsang frémir dans ses veines à la vue du pauvre Gérard si injustement frappé. Il s'élance sur Charlot et, d'un de ces terribles coups dont seuls les personnages de Games of thrones ont encore le secret, le fend en deux. Amaury, le traître Amaury, qui a exposé à dessein la vie de son complice, est plus joyeux de cette mort que les Bordelais eux-mêmes : 

« La France est à moi, dit-il. Charlot est mort, et, avant la fin de l'année, j'aurai
tué son père. »
Et alors, on voit deux troupes d'hommes armés sortir de ce bois où vient de mourir le fils du grand Empereur. Amaury, d'une part, se dirige vers Paris, avec le corps inanimé de Charlot suspendu à l'arçon de sa selle. Dans l'autre groupe on aperçoit Huon, non loin de son frère Gérard, qui a grand-peine à se tenir sur son « cheval Arrabi », et dont les plaies ont été bandées avec soin. Les quatre-vingts moines de Cluny, avec l'abbé, suivent les deux orphelins. Et ou vont-ils ainsi? Les uns et les autres se rendent au palais de Charles, et vont y demander justice. Charlemagne, hélas! ne s'attend guère au grand coup qui va le frapper.

Le jugement de Dieu. 
Sur les degrés de marbre du palais s'avancent Huon, Gérard et les Bordelais, rouges de colère : « Que Dieu confonde Charles, roi de Saint-Denis, comme un traitre qui  nous a mandés à son service, et qui a voulu nous faire assassiner en route. - Fournis tes preuves, dit le vieil empereur à Huon. - Mes preuves, les voici », reprend le fils de Seguin. Et, d'un geste irrité et rapide, il défait les appareils qui recouvrent les blessures de son frère. Gérard se pâme de douleur, et Charles se rend à cet argument plutôt léger. La scène est belle, d'ailleurs, et bien menée : elle arrive à point pour donner un peu de relief au grand Empereur qui s'était trop effacé. 

« Sainte Marie! s'écrie Charles, que vais-je devenir? 
On va dire dans les pays étrangers
Qu'en ma vieillesse, lorsque je suis près de mourir,
J'ai ourdi, hélas! telle trahison
Et que j'ai fait mourir cet enfant.
Mais, par Celui qui est Dieu tout-puissant,
Je n'en sus mot, et j'en aile coeur tout marri. » 
Quant au coupable, le Roi jure qu'il périra. Il ignore toujours que le coupable, c'est son fils.

Mais des cris se font entendre, des pleurs, des sanglots. Bourgeois, dames, écuyers et sergents s'arrachent les cheveux et se tordent les mains. Un mot retentit qui couvre tous les autres : 

« Charlot, Charlot. » L'Empereur l'entend; il frémit : « J'ai entendu nommer mon fils», dit-il à Naimes. « Je vous dis qu'on a nommé mon enfant », répète le vieillard. « C'est lui, c'est lui qui aura été tué par Huon. » 
Au même instant, on lui présente sur un écu le corps inanimé de son fils, et le malheureux père se pâme cinq ou six fois. 
« Sire », dit Naimes, « conduisez-vous en gentilhomme, et demandez plutôt à Amaury le nom du meurtrier. Le meurtrier? » répond Amaury en fixant son doigt sur Huon, « le voilà!-» 
Colère de Charles; réponse de l'accusé, fière et noble; calomnies nouvelles et mensonges d'Amaury. Le tout devait se terminer et se termine en effet par un défi, par un jugement de Dieu, par un duel. Amaury s'arme, son adversaire aussi; ils fournissent leurs otages, qu'on charge de lourdes, chaînes durant le combat. La Messe du jugement commence. Huon met Dieu de son côté en faisant aux pauvres de belles largesses, et, par un premier miracle, Dieu révèle en effet l'innocence du fils de Seguin. L'Empereur cependant s'est mis en place, et le duc Naimes donne le signal du combat. Le duel est long, trop long peut-être; les trouvères se complaisaient en ces descriptions savantes de beaux coups d'épée. De telles pages sont tout un cours d'escrime. Le dénouement, du reste, n'est douteux pour personne. D'un dernier coup, plus terrible que tous les autres, le jeune Bordelais fait voler la tête d'Amaury sur le champ du combat. Le voilà tout joyeux de son triomphe; mais, hélas! il s'est trop hâté : les lois du duel exigent que le vaincu fasse avant sa mort l'aveu de son crime. Or, les lèvres froides d'Amaury ne peuvent plus faire cet aveu, et la victoire de Huon est inutile. Charlemagne le déclare au jeune vainqueur : 
« Votre duché de Bordeaux est à moi. - J'en appelle à mes pairs », s'écrie Huon.
Les onze Pairs se jettent alors aux pieds de l'Empereur irrité et lui demandent la grâce du vainqueur. Mais Charles n'a que la mort de son fils en mémoire; il ne peut supporter la vue de l'innocent meurtrier, et résiste à toutes ses prières :
« Laissez-moi, laissez-moi, dit-il. Quand tous les. hommes me supplieraient pour Huon, je ne les écouterais point. » 
Et il s'obstine dans sa fureur. Jusque-là le grand Empereur a joué passablement son rôle. Le Charlemagne de Huon de Bordeaux ne s'est pas montré trop distinct du Charlemagne de la Chanson de Roland. Mais ici va commencer la débâcle. Le duc Naimes, plein de cette insolence féodale qu'il sait parfois concilier avec sa sagesse, déclare au Roi de Saint-Denis que, puisqu'il ne veut pas accorder son pardon au vainqueur d'Amaury, les Pairs ne veulent plus demeurer davantage à sa cour. Et, en effet, les onze Pairs s'éloignent du pauvre Empereur, qui, les voyant partir, se met à fondre en larmes. Il les rappelle, il leur promet d'en passer par toutes leurs volontés; la royauté s'humilie, elle s'abaisse aux pieds de ces vassaux rebelles. Ils consentent à rester. près de cette vieillesse suppliante. Huon, du moins, comprend mieux son devoir-: il s'agenouille devant le Roi, et va même trop loin dans ses protestations de dévouement : 
« Il n'est pas de travail, il n'est pas de peine que je n'endurerais pour faire votre volonté, même en enfer, si j'y pouvais aller. »
Puis, il, lève les yeux vers Charlemagne, qui lui va dicter ses conditions de paix. Ces conditions, quelles sont-elles? Si nous voulions répondre à cette question d'après le commencement de notre chanson, d'après, cette première partie que nous venons d'analyser, nous supposerions volontiers que les épreuves imposées à Huon par la volonté de Charlemagne vont avoir un caractère héroïque. Sans doute, dirions-nous, il s'agit de quelque cité païenne il emporter d'assaut, de quelque beau royaume à conquérir. Eh bien! nous nous tromperions étrangement. L'auteur de Huon de Bordeaux a jusqu'ici suivi résolument le grand chemin de l'épopée; mais tout à coup il va gauchir, et prendre le sentier des romans d'aventures. Voyant devant lui deux écoles poétiques, celle des chansons de geste, celle des poèmes bretons, il n'a voulu appartenir ni à l'un ni à l'autre de ces partis extrêmes : il a voulu être du juste milieu. Et c'est précisément ici, c'est à cet endroit de son poème qu'il va changer de route.

Au lieu de ces conditions épiques que les deux mille, premiers vers de Huon de Bordeaux nous permettaient d'espérer, Charlemagne impose au vainqueur des épreuves dignes des contes de fées. Il faudra que le jeune Bordelais, pour obtenir le pardon de l'Empereur; aille à Babylone porter un message à l'amiral Gaudisse; il faudra qu'il coupe la tête au premier païen qu'il rencontrera dans le palais, et qu'il donne trois baisers à la belle Esclarmonde, fille de Gaudisse; il faudra enfin qu'il fasse à l'Amiral une sommation insolente, et que le roi sarrasin envoie à Charles sa barbe blanche et quatre de ses grosses dents! Huon sera chargé de rapporter ces gages de la soumission de Gaudisse. Et, s'il ne remplit pas heureusement cette mission plus que délicate, notre héros sera pendu. Nous sommes bien en plein roman d'aventures, et que tout cela a un parfum de Table ronde. Selon L. Gautier, on tombe même ici du drame aux tréteaux de la foire...

Pélerinages de Huon à Rome et à Jérusalem.
Huon s'apprête à partir.  Il ne prend pas même le temps d'aller à Bordeaux embrasser sa mère, qu'il ne doit plus revoir. Il laisse le gouvernement de son fief à son frère Gérard, qui bientôt va le trahir. Il quitte tout, famille, fortune : il semble ne plus voir ici-bas que la figure irritée de l'Empereur, et veut tout faire pour apaiser le vieux Charlemagne. Toutefois, il ne veut pas se lancer dans ses aventures avant d'avoir demandé la bénédiction de l'Apostole : il court à Rome avec les onze compagnons qu'il a voulu choisir lui-même. Le Pape le reçoit à bras ouverts; mais celui dont les ambassadeurs au Moyen âge portaient le nom de paciaires ne veut donner l'absolution au fils du duc Seguin que s'il consent à faire intérieurement sa paix avec Charlemagne, et à dépouiller toute haine et tout sentiment de vengeance. Huon pardonne, et la bénédiction pontificale descend sur sa tête. Puis, il se met en route, et c'est alors que pour la première fois il se sent loin de son pays. C'est alors qu'il « regrette douce France et sa mère la belle ».

« Lors s'en va Huon qui moult se lamenta;
Du fond du coeur moult souvent soupira,
De ses beaux yeux moult tendrement pleura,
Si bien que de sa face les larmes ruisselaient. 
Souventes fois sa mère regretta, 
Et son frère Gérard qu'il aima tant, 
Et ses amis dont il eut souvenance.
Souventes fois réclama Jésus-Christ
Et la pucelle ou Jésus devint homme.
Et quand ses compagnons l'ont vu pleurer, 
Sachez qu'en vérité ce leur fut une grande peine;
Chacun pour lui mena grand deuil. » 
Mais Dieu prend soin d'essuyer les larmes du fils de Seguin. Il lui envoie un ami : c'est Garin de Saint-Omer, qui exerce a Brindes (Brindisi) la profession de marinier, et qui est la fois le parent du Pape et celui de notre Bordelais Garin n'a pas un de ces dévouements pusillanimes qui reculent devant un grand sacrifice. Pour s'attacher à la fortune de son neveu, il quitte comme lui femme, enfants, tout. Et les voilà qui, tout d'abord, vont faire ensemble un pèlerinage à Jérusalem et poser leurs lèvres sur la pierre du Saint Sépulcre. Ils veulent attirer sur leur entreprise les bénédictions de Celui qui fut « navré de la lance. » 

Et maintenant, tous les préliminaires du grand voyage sont achevés; Huon s'apprête à remplir les rudes conditions que lui a imposées la colère de Charlemagne, et se dirige vers la mer Rouge, vers la cour du roi Gaudisse. Nous allons entrer en plein merveilleux-: Oberon, le petit Oberon, va paraître.

Le petit roi sauvage, Oberon.
 ...Il a trois pieds de haut, il est plus beau que le soleil, il est vêtu d'un manteau de sois où l'or se joue aux rayons de la lumière. Il est le fils de la fée Morgue, et, qui le croirait? de Jules César. Sans doute il est petit, et c'est un désavantage dont il est redevable à une mauvaise fée qui l'a mal doué au moment de sa naissance. Mais cette fée, qu'on retrouve dans les contes de presque tous les peuples, s'est bientôt repentie de sa méchante action et, ne pouvant lui donner une taille plus avantageuse, lui a fait présent d'une beauté sans égale. Jamais il n'a paru ici-bas rien d'aussi beau qu'Oberon. Toutes les fées, d'ailleurs, n'ont pas été aussi rudes au fils de Jules César : il en est plusieurs qui lui ont fait des dons magnifiques. Ce nain est très puissant : il lit dans le coeur des humains (ce n'est pas le don qu'il faut peut-être lui envier le plus); il se transporte, en une seconde, d'une extrémité de la Terre à l'autre; peu s'en faut que notre trouvère ne lui accorde le don d'ubiquité. Les enchanteurs de l'Orient ne sont ni aussi puissants, ni aussi aimables, et les Mille et une Nuits n'ont pas de personnage plus mystérieux ni plus ravissant. Architecte incomparable, il maçonne en une minute les plus grands, les plus magnifiques palais. Ses amis, ses protégés ont-ils faim; ont-ils soif : vite, dans la plus belle chambre de ces palais merveilleux, se dresse une table chargée de mets, et il ne faut pas songer à décrire les banquets que l'enchanteur daigne offrir à ses sujets obéissants. Pour lui, il vit fort austèrement, et ses goûts sont très éthérés. Il connaît les secrets du Paradis et entend sans cesse le chant des Anges dans le ciel. La vieillesse enfin ne le touchera pas, et il ne connaîtra pas la mort. Ces derniers mots rattachent Oberon au cycle chrétien, mais il faut avouer que le lien est faible. Toute cette légende respire l'Orient : elle est toute païenne.

Le gracieux petit roi a pour palais un bois, et on l'y voit marcher dans la rosée. Un homme franchit-il la limite de ce domaine, a-t-il l'imprudence d'adresser la parole au nain du bocage, il est perdu. Pendant toute sa vie, il restera sous la puissance d'Oberon : s'il veut résister à cette puissance, la magie épuisera ses artifices contre le téméraire. Les enchantements succéderont aux enchantements. Oberon peut à sa volonté lâcher et retenir la tempête, courber les arbres, mettre devant son ennemi l'obstacle terrible d'un fleuve chargé de vaisseaux; et ce ne sont là que des illusions et des fantômes. A son cou est suspendu un arc dont la corde est de soie : car Oberon est grand, chasseur. Mais la merveille des merveilles, c'est le cor du petit roi sauvage. Ce cor est d'ivoire et d'or, et là matière n'est pas ce qu'il offre de plus précieux : il est fée. Oui, ce sont des fées qui l'ont fabriqué jadis « en une ille de mer ». Puis, elles l'ont doué de puissances et d'énergies singulières dont tout le Moyen âge a parlé avec ravissement. 

Le Nain va maintenant faire la rencontre de Huon de Bordeaux, et réellement il était temps : car notre roman compte déjà plus de trois mille vers.
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Première rencontre 
de Huon de Bordeaux et du Nain Oberon

Le petit homme vint par le bois ramé, 
Et fut tel que je m'en vais vous le décrire : 
Fut aussi beau que le soleil en été;
Portait un manteau gironné 
A trente bandes d'or fin et pur.
Ses côtés étaient lacés avec des fils de soie.
Dans sa main était un arc avec lequel il savait bien chasser;
La corde était de soie brute 
Et la flèche en était d'un grand prix.
Dieu n'a pas fait de bête si puissante;
Si Oberon la tire, et si c'est son bon plaisir,
Qui ne tombe en son pouvoir.
A son écu pend un cor de bel ivoire,
Orné de bandes d'or.
Les Fées ont fait ce cor dans une île de la mer.
L'une d'elles lui fit un don : 
« Celui qui entend retentir et sonner ce cor,
S'il est malade, revient soudain à la santé, 
Et jamais plus ne sera si malade. »
 Mais la seconde fée lui fit un plus beau don :
« Qui entend ce cor (rien n'est plus véritable),
 S'il a faim, est tout rassasié; 
S'il a soif, est tout désaltéré. » 
La troisième lui fit un don encore meilleur : 
« Il n'est pas d'homme si misérable au monde
 Qui, entendant sonner et retentir ce cor,
Ne se mette à chanter au premier son. »
La quatrième fée le dota plus richement encore,
 Et lui fit le don que je m'en vais vous dire :
« Quels que soient le royaume, le pays et la marche,
Jusqu'à l'Arbre-sec et par delà de la mer, 
Où l'on fasse retentir et sonner ce cor,
Oberon l'entend toujours dans son palais de Monmur. »
Le petit homme se mit alors à corner, 
Et voici les quatorze français Huon de Bordeaux et ses compagnons qui se mettent à chanter.
« Grand Dieu! dit Huon, qui nous vient visiter?
Je ne me sens plus ni faim ni pauvreté. »
« C'est le Nain, dit Gériaume, c'est le Nain du bois. 
Au nom de Dieu, ne lui parlez pas, je vous prie,
Si vous ne voulez pas rester toute votre vie avec lui. »
« Non, non, avec l'aide de Dieu », répond Huon.
Alors voilà le petit homme sauvage
Qui commence à s'écrier à haute voix :
« Mes quatorze hommes, qui allez par mon bois, 
Je vous salue au nom du Roi du monde. 
Par ce Dieu de majesté, je vous conjure,
Par l'huile et le chrême, par l'eau et le sel du baptême,
Par tout ce que le Créateur a fait et formé, 
Je vous supplie de me rendre mon salut. »
Tout aussitôt les quatorze s'enfuient.
Et le petit homme de sa mettre en grand courroux! 
D'un de ses doigts donne un coup sur son cor :
Une tempête commence, un véritable orage. 
A voir ainsi pleuvoir et venter, 
A voir les arbres se briser et se fendre,
S'enfuir les bêtes qui ne savent où aller, 
Et les oiseaux voler parmi les bois,
Il n'est pas d'homme créé par Dieu qui ne se fût épouvanté.
Ils n'ont pas seulement marché une demi-lieue, 
Qu'ils ont, devant eux, admiré une grande merveille. 
Ils rencontrent une rivière si grande 
Qu'on y eût pu mener de gros vaisseaux.
«  Ma foi! dit Huon, nous sommes attrapés.
Sainte Marie! je fus bien triple fou
D'entrer ainsi dans cette grande forêt ramée;
Je vois bien que je ne puis échapper. »
« Il n'y a pas de quoi vous étonner, répond Gériaume, 
C'est le méchant Nain du bois, c'est lui qui a tout l'ait... »
« Sire, dit lluon à Oberon, dites-moi vérité : 
Je m'étonne que vous me poursuiviez ainsi. »
« Tu le sauras, par Dieu, répond le Nain.
C'est que je t'aime à cause de ta grande loyauté,
Je t'aime plus qu'aucun homme né de mère.
Mais sais-tu bien quel est celui qui te parle?
Tu vas bientôt le connaître. 
Mon père fut Jules César;
Morgue la fée, qui fut si belle,
Fut ma mère, que Dieu me sauve! 
Ils me conçurent et m'engendrèrent, 
Et de toute leur vie n'eurent pas d'autre hé ritier.
A ma naissance eurent grande joie,
Mandèrent tous les barons de leur royaume,
Et les Fées accoururent pour voir ma mère. 
L'une d'elles, qui n'était point contente,
Me fit le don que vous voyez;
Elle voulut que je fusse noué et restasse toujours petit nain,
Et je le suis, dont j'enrage. 
Dès que j'eus trois ans, je ne grandis plus. 
Quand elle vit qu'elle m'avait ainsi tourné,
Elle me voulut mieux traiter,
Et me fit le don que je vais vous dire :
C'est que je serais l'homme le plus beau du monde,
Qui ait jamais été après le Seigneur Dieu. 
Et je suis tel que vous me voyez,
Aussi beau que le soleil en été. 
La seconde fée me fit un meilleur don. 
Je sais le coeur et les pensées des hommes,
Et je puis dire comment ils ont agi,
Après chacun de leurs péchés ou de leurs crimes. 
Plus beau fut encore le don de la troisième fée.
Pour m'être plus agréable et me mieux traiter, 
Voici le don qu'elle me fit : 
Il n'est pas de pays, pas de marche, pas de royaume,
Jusqu'à l'Arbre-sec, aussi loin qu'on peut aller,
Si je m'y veux souhaiter au nom de Dieu, 
Où je ne sois transporté selon mon bon plaisir, 
Tout aussitôt que j'en exprime le voeu, 
Avec autant de gens que j'en veux demander.
Et quand je veux maçonner un palais,
A grands piliers, à plusieurs chambres voûtées, 
Je l'ai en un instant, c'est la vérité pure, 
Et j'y trouve à manger tout ce que je désire, 
Et à boire tout ce que je veux demander...
La quatrième fée fut très bonne, 
Et voici le don qu'elle me fit :
Il n'y a pas de bête, pas de sanglier, pas d'oiseau,
Quelque méchant, quelque cruel qu'il soit, 
Si je lui fais un signe de la main,
Qui ne vienne à moi volontiers et de bon gré. 
Elle me fit encore un autre don :
Je sais tous les secrets du Paradis, 
Et j'entends les Anges chanter au Ciel là-haut.
Je ne vieillirai jamais de ma vie, 
Et, à la fin, quand je voudrai mourir,
Ma place est préparée près de Dieu. »
« C'est admirable, sire, s'écria Huon, 
Qui possède tel don doit y tenir. » 
« Huelin, mon frère, dit Oberon, 
Quand tu m'adressas la parole, tu fis prudemment
Et cette action témoigne de ta sagesse.
Par le Dieu qui fut peiné sur la croix, 
Jamais meilleur jour n'a lui pour toi.
Mais tu n'as pas mangé, et il y a trois grands jours
Que tu n'as dîné tout ton content. 
Eh bien! tu vas avoir, en grande abondance
Tout ce que tu désires manger. »
« Hélas! dit Huon, où trouverons-nous du pain? »
« Tu en auras assez , dit Oberon, 
Mais dis-le-moi en toute franchise,
Te plaît-il de manger sous un bois ou dans un pré? 
« Que Dieu me sauve, dit Huon,
Je n'en ai cure; mais que je dîne! » 

(Huon de Bordeaux, vers 3217-3571).

Dans le Songe d'une nuit d'été, Shakespeare a conservé à son Oberon le caractère qu'il avait déjà dans la chanson du XIIe siècle, et le « petit roi salvaige » est bienfaisant dans l'oeuvre du dramaturge anglais comme dans celle de notre trouvère. A peine l'enchanteur a-t-il vu le Bordelais, qu'il se prend d'affection pour lui et veut devenir son protecteur. C'est en vain que « l'enfes Hues » veut échapper à cette protection dont il a peur : Oberon, par mille enchantements terribles, le retient de force dans le bois merveilleux. Il suscite un orage épouvantable contre son protégé involontaire. Huon s'enfuit, Huon refuse de parler au magicien : car il sait qu'une parole, une seule parole le perdrait pour toujours et le placerait malgré lui sous le joug d'Oberon. Mais le roi de trois pieds touche son cor, et quatre cents cavaliers-fées jaillissent du sol et se disposent à poursuivre énergiquement le fils de Seguin et ses compagnons, dont la résistance sera inutile. C'est par excès d'amour qu'Oberon veut leur faire tant de mal. Enfin, Huon est vaincu par tant de bonté... et par tant de puissance : il se décide à capituler et se jette de lui-même sous la suzeraineté de l'enchanteur. Oberon le va récompenser dignement de cet hommage forcé : il se fait dès lors son conseiller, son ami, son soutien. Les pauvres Bordelais meurent de faim : tout aussitôt un « grant palais plenier » se dresse devant eux et, chose plus désirable, dans ce palais s'épanouit une table abondamment servie. On croit lire Aladin ou la Lampe merveilleuse.

Huon n'est pas retenu par tant de merveilles; il ne veut pas s'endormir dans ces délices de Capoue : 

« Je voudrais bien m'en aller », dit-il fort naïvement au petit roi fée. «  Attends au moins que je t'aie fait mes présents, dit Oberon. Tu en auras peut-être besoin pendant que tu
accompliras près du roi Gaudisse la terrible mission dont Charlemagne t'a chargé. Mais tout d'abord, dis-moi, es-tu en état de grâce? - Je viens de me confesser au Pape. - C'est fort bien », reprend l'enchanteur, qui se change en casuiste. « Voici un hanap qui ne se vide jamais, ou plutôt qui se remplit toujours entre les  mains et sous les lèvres d'un homme en état de grâce. »
Huon, qui se croit la conscience très pure, fait l'expérience du hanap, et fort heureusement elle réussit.
« Vous plairait-il maintenant de me laisser partir? » - Non », répond le Nain, « je t'aime tant, que je veux encore te donner mon cor d'ivoire. Toutes les fois que tu seras en péril, sonne de ce cor, et je viendrai à ton secours avec une armée de cent mille hommes. Mais n'en sonne pas inutilement. Et maintenant, adieu, tu peul t'en aller. » 
Oberon embrasse le jeune Bordelais, et pleure à chaudes larmes en le voyant partir.
Huon, plus joyeux, court à ses aventures.

Aventures de Huon avant d'arriver à Babylone.
Le voilà sur le chemin, libre et sans souci des grands dangers qui l'attendent. Il entend le petit cor d'ivoire d'Oberon qui bat dans son aumônière : c'est pour lui une grande tentation. Huon est jeune, presque enfant donc, il est curieux. Est-il vrai que, s'il se sert de cet olifant merveilleux, Oberon lui apparaîtra soudain, entouré d'une armée-fée? S'il sonnait? « Bah! se dit-il, Oberon est si bon, qu'il me pardonnera ». Et il embouche le cor magique avec cette âpre curiosité d'Eve mordant au fruit défendu. Tout aussitôt, là, devant lui, il aperçoit Oberon entouré de cent mille hommes d'armes.

« Pardon, pardon », s'écrie-t-il, « de vous avoir invoqué sans besoin. » -« Je te pardonne », dit le petit roi sauvage; « mais je pleure à la pensée des malheurs qui vont t'arriver par ta faute. Adieu : tu emportes mon coeur avec toi. »
Huon aime Oberon, mais il en est bien plus aimé. C'est d'ailleurs une âme bien faible que celle de notre héros : il est ondoyant, léger, curieux, fragile, jeune enfin, et beaucoup trop jeune. Il court au-devant de dangers qu'il est tout à fait inutile de braver. Par exemple, il apprend qu'un de ses oncles, un traître, un renégat du nom d'Eudes, habite à Tormond, et que Tormond n'est pas loin : tout aussitôt il y veut aller, il veut affronter la puissance de ce misérable qui tous les jours persécute, emprisonne et tue les chrétiens. Il est, au reste, plein d'une confiance aveugle dans le hanap et dans le cor de son protecteur Oberon; mais il perd le cor merveilleux, et avec lui sa meilleure défense. Le voilà en présence du duc Eudes, son oncle, et il a l'imprudence de vanter devant lui les vertus de son hanap. Eudes se sent d'autant plus vivement blessé par les forfanteries de son neveu, que, n'étant pas en état de grâce, il n'a pu tremper ses lèvres dans le vin de la coupe magique. Bref, il veut assassiner son neveu : procédé à l'usage de tous les traîtres des romans médiévaux. Le malheureux Huon est saisi, est emprisonné, va mourir. Mais, ô bonheur! il retrouve son cor et, nouveau Roland, le sonne avec une telle force, qu'il se rompt les veines et que le sang jaillit, rouge, de sa bouche. Un grand bruit se fait et maintenant on croirait une scène de Star Wars : ce sont les cent mille hommes d'Oberon qui se précipitent dans Tormond, s'abattent sur les païens et les taillent en pièces. Oberon est à leur tête : il commande le massacre et sauve une fois de plus son cher protégé. Eudes a la tête tranchée, et c'est Huon lui-même qui délivre le monde de ce « félon prouvé »!

Il semble, vraiment, que le jeune vainqueur ait le ferme propos de désobéir toujours aux sages recommandations de son protecteur. C'est contrairement à l'avis d'Oberon qu'il a affronté la colère de son oncle le renégat; c'est encore malgré le « petit roi sauvage » qu'il veut aller se mesurer dans le château de Dunostre avec le terrible géant l'Orgueilleux. Il oublie le but de son voyage; il oublie Charlemagne, Gaudisse, Esclarmonde, et se transforme de plus en plus à nos yeux étonnés en un véritable chevalier de la Table ronde, aimant les aventures pour elles-mêmes et les cherchant avec volupté. Il n'hésite pas à faire cet aveu à son ami Oberon : 

« Car por çou vin de France le rené, 
Por aventures et enquerre et trouver »

« - Fais donc ce qu'il te plaira ,répond le petit roi sauvage; Mais » ne compte plus sur l'aide d'Oberon. » 

Hélas! Oberon aime Huon de Bordeaux comme une mère aime son enfant, et soyez sûrs qu'il le secourra quand même... Voilà Huon parti.

C'est ici que nous sommes décidément en plein roman d'aventures; c'est ici que l'on croirait lire un fragment de Perceval, n'étaient ces couplets monorimes et ces vers décasyllabiques si caractéristiques de la chanson de geste. Le château de Dunostre ressemble étrangement aux châteaux magiques tant de fois décrits par Chrétien de Troyes et ses prédécesseurs. A la porte se voient deux hommes de cuivre qui ont chacun un fléau de fer à la main et ne cessent de battre hiver comme été. Le géant a dix-sept pieds de haut. Il possède un haubert merveilleux plus blanc que les fleurs du pré : ce haubert appartint jadis à Oberon, et rend invulnérable celui qui le porte. C'est cette armure qui a séduit Huon : il la veut conquérir à tout prix, il la conquerra.

Pour achever de rendre la ressemblance de notre chanson plus frappante encore avec les Romans de la Table ronde, il nous manquait une damoiselle persécutée,« une
victime du géant », une de ces prisonnières qui se font les les auxiliaires utiles et gracieux des chevaliers errants.

L'auteur n'a pas voulu déroger à cet usage littéraire. Aux fenêtres du château de Dunostre apparaît un clair visage: c'est celui de la « pucelle Sebile ». Elle ouvre à Huon les portes terribles de ce palais de l'Orgueilleux, et bientôt il la reconnaît. C'est la propre nièce du duc Sequin de Bordeaux, et sa cousine : elle est deux fois intéressée à son salut. Huon s'aperçoit alors que le géant est paisiblement endormi; mais le jeune Bordelais est trop peu félon pour le tuer durant son sommeil : il l'éveille et le défie. Faut-il raconter le reste? Un duel inévitable, un duel terrible aura lieu entre le géant de dix-sept pieds et le pauvre petit Huon qui n'a plus rien à espérer de son ami Oberon. Notre héros, par bonheur, ne perd pas la tête et se tire spirituellement d'affaire. Jamais on n'a mieux vu que dans cette circonstance se réaliser la parole du poète : « D'affreux géants très bêtes vaincus par des nains pleins d'esprit. » 

L'Orgueilleux manque évidemment de clairvoyance; il permet à son jeune adversaire de revêtir un moment le fameux haubert. Or, nul ne peut endosser cette armure, s'il n'est prud'homme et sans péché mortel, « et nés et purs com s'il fust noviax nés ». Huon remplit toutes les conditions de ce difficile programme il revêt le haubert et, malgré les prières du géant, ne veut plus s'en dessaisir. Puis, assuré du triomphe, il bondit, et coupe la tête de l'Orgueilleux. Il jette alors un cri de victoire, appelle ses compagnons qui étaient restés sous les murs du château, et, sans prendre le temps de se reposer dans sa gloire, part pour le royaume de Gaudisse et confie sa cousine Sebile à ses Bordelais. Ces amis dévoués l'attendront toute une année, s'il le faut. Il était temps, d'ailleurs, que Huon pensât enfin à ses affaires et n'eût plus tant de distractions en route.

Comme il est sur le bord de la mer, tout en pleurs et ne sachant comment la traverser, un lutin s'offre à ses yeux, sous la forme du plus bel homme qu'on puisse voir. 

« Comment t'appelles-tu? dit Huon. - Ma labron est mon nom. -D'oie viens-tu? - C'est Oberon qui m'envoie. - Que peux-tu faire pour moi? -  Monte sur ma croupe, et je te transporterai en un instant jusqu'aux portes de la cité de Gaudisse. »
 Malabron prend alors la forme d'une bête marine et reçoit l'ami d'Oberon sur sa croupe docile. Une minute après, Huon était en effet aux portes de la cité de Gaudisse, et le lutin avait disparu.

Huon à Babylone.
Huon est bien armé. Il a sur ses épaules le haubert qui rend invulnérable; il a le hanap qui se remplit sans  fin, avec le cor d'ivoire qu'Oberon lui a confié, et dont le son est toujours entendu du petit roi sauvage; il possède, enfin certain anneau merveilleux qu'il a con quis sur le géant, qui doit lui faciliter l'entrée du palais de Gaudisse et lui en faire matériellement ouvrir toutes les portes. Mais avec tant de richesses Huon est pauvre, et, réussira malaisément. Son caractère frivole se révèle une fois de plus : chargé de talismans, il a une âme sans consistance qui rendra tous ses talismans inutiles. Il provoque la colère d'Oberon en l'appelant inutilement à son secours, et surtout en se rendant coupable, comme un Gascon qu'il est, d'un de ces mensonges que déteste le petit enchanteur. Puis, fougueux, impatient, brutal, il entre dans le palais de Gaudisse, tranche d'un coup d'épée la tête d'un Sarrasin qui allait épouser la belle Esclarmonde, se jette sur la fille de l'Amiral et lui donne brusquement les trois baisers exigés par le Roi de Saint-Denis. A tant de brutalités il ajoute les forfanteries et les insolences qui sont le propre des ambassadeurs de Charlemagne : il somme Gaudisse d'avoir à lui remettre le tribut que lui réclame le fils de Pépin le Bref; il n'oublie pas les tresses de barbe blanche et les quatre dents maselers que Gaudisse doit s'arracher pour en faire à l'empereur des Francs le plus ridicule de tous les présents. La colère des Sarrasins s'allume; ils sentent leur nombre, se jettent sur l'imprudent messager, lui arrachent son haubert, son cor et son hanap, et le précipitent en prison, vaincu, désespéré, sans ressources.

Sans ressources? Non. Notre trouvère saura bien trouver, pour le délivrer, une de ces princesses sarrasines qui sont si commodes pour amener le dénouement datant de chansons de geste. Eh! ce sera la belle Esclarmonde. Avec une singulière absence d'inhibition, elle court se jeter dans les bras du jeune Français. Mais Huon est plus fier et la repousse : 

« Je ne vous aimerai point, dit-il, tant que vous serez païenne. - N'est-ce que
cela, dit Esclarmonde. Pour l'amour de vous, je croirai en Dieu. » 
Elle dit très rapidement son Credo, et se préoccupe beaucoup plus vivement de la délivrance de son ami. Elle fait passer Huon pour mort, attend avec anxiété l'heure ou elle pourra s'enfuir librement avec lui, et, pour hâter cet heureux moment, va jusqu'à lui faire une de ces propositions qui sont si communes chez les nouvelles converties des anciens romans : 
« Si vous le voulez, nous couperons le cou à mon père. » 
Huon refuse. Il se réjouit d'ailleurs d'être réuni, à la suite d'aventures quelque peu compliquées, avec ses treize compagnons, et il espère en l'avenir Bientôt il va trouver une excellente occasion de se réconcilier avec Gaudisse lui-même, qui le croit mort depuis longtemps. Un horrible géant, frère de l'Orgueilleux (il porte un nom redoutable, Agrappart), vient, jusque dans Babylone, insulter le père d'Esclarmonde et le défier. Qui oserait relever un tel défi? Ah! si Huon n'était pas mort! 
« Il vit », s'écrie Esclarmonde, et, si vous le voulez bien, mon père, il sera votre champion contre Agrappart. » 
Le Bordelais reparaît alors, et dicte ses conditions à Gaudisse. Il exige qu'on lui rende le cor d'Oberon, le hanap merveilleux et le haubert magique. Puis, fier et sûr de sa victoire, il attaque soudain le géant, qui est rapidement vaincu. Mais Gaudisse, une fois ce grand péril heureusement dissipé, témoigne au jeune vainqueur moins de reconnaissance. C'est en vain que le représentant de Charlemagne le somme de se convertir à sa religion : Gaudisse déclare qu'il n'est pas suffisamment convaincu; il va, jusqu'à mettre en doute les vertus du cor d'Oberon. Mais Huon lui ménage une démonstration formidable : il fait un appel au roi-fée, et soudain les cent mille chevaliers d'Oberon tombent sur Babylone et, de leurs épées terribles, tranchent la tête à tous les païens qui ne veulent pas se convertir. Deux mille Sarrasins tombent aux genoux de cette armée miraculeuse : « Nous croyons en Dieu », s'écrient-ils.

On les épargne, on les baptise. « Et toi, Gaudisse, ne te convertiras-tu point? - Mahomet est mon Dieu; je mourrai avant de le renier », répond l'Amiral avec fierté. Huon n'hésite plus, il tue Gaudisse; puis, d'une main fiévreuse, lui coupe la barbe et lui arrache les quatre, dents mâchelières Voilà donc enfin toutes les exigences de Charlemagne  satisfaites : Huon peut maintenant rentrer en France; il est sûr d'y recevoir un bon accueil et d'y trouver le grand Empereur tout a fait apaisé.

Et voilà aussi où le roman aurait dû finir. Avec un tel dénouement, cette histoire aurait du moins offert une apparence d'unité qui lui fait défaut. Mais, hélas le lecteur a encore à lire trois mille huit cents vers! Décidément, il faut résumer le résumé.

Retour à Bordeaux.
Les plus ardents admirateurs de des chansons de geste conviennent volontiers que cette seconde partie de Huon de Bordeaux est très inférieure à la première. Il y a dans le début de ce poème une certaine grandeur épique que nous avons essayé de faire revivre; il y a dans les aventures de Huon en Orient une certaine fantaisie gracieuse qui plaît à l'imagination et qui a bien inspiré Shakespeare, Weber et Wieland. Mais qui pourrait s'attacher aux dernières péripéties de cette légende? Qu'avec une brutalité bestiale, notre héros, à peine embarqué, se jette sur Esclarmonde, en dépit des avertissements d'Oberon; qu'une épouvantable tempête vienne, tout aussitôt, le châtier de son emportement et l'arracher de force à ces embrassements qu'il soit séparé d'Esclarmonde par les Sarrasins et abandonné par eux dans une île déserte, pieds et poings liés, yeux bandés, misérable enfin et « tout aussi nu comme au jor que fit nés »; que la malheureuse Esclarmonde soit épousée par le roi païen Galafre, qui d'ailleurs consent à la respecter pendant l'espace de deux années; qu'elle attende en pleurs la délivrance et le retour de son ami; que Galafre refuse de la rendre à Yvorin; frère de Gaudisse, et qu'une guerre éclate à ce sujet entre les deux princes mécréants; que notre héros, merveilleusement délivré par le lutin Malabron et recueilli d'abord par un pauvre ménestrel, se mette ensuite au service d'Yvorin, se rende célèbre par ses beaux coups de lance, et tue Sorbrin, neveu de Galafre; que, peu de temps après, les treize compagnons de notre Bordelais offrent de leur côté leurs épées au roi Galafre contre son ennemi Yvorin; qu'un combat singulier ait lieu entre Huon et Geriaume, le plus dévoué de ses compagnons, entre ces deux amis qui enfin se reconnaissent et tombent dans les bras l'un de l'autre; que les Français se rendent maîtres d'Aufalerne et que Huon retrouve enfin sa chère Esclarmonde; qu'il passe tour à tour par ces aventures enchevêtrées et inutiles : c'est ce que le lecteur n'a vraiment pas besoin de savoir en détail; ce sont autant de récits qui le jetteraient en un ennui profond et presque irrémédiable. Il vaut mieux en venir bien vite au dénouement d'un aussi long poème.

Pendant que l'ami d'Oberon rend son nom illustre dans tout l'Orient; pendant qu'il sait donner à tant de hauts faits leur digne couronnement. en conduisant Esclarmonde aux pieds de l'Apostole; pendant qu'on baptise la païenne qui se confesse de tous ses «-peciés creminés » et que le Pape célèbre le mariage de Huon avec la fille de Gaudisse, un traître commande à Bordeaux; un traître s'est emparé de l'héritage légitime du jeune duc, et a usurpé tous ses droits. Et ce misérable n'est autre que Gérard, le propre frère de notre héros. Gérard n'attendait plus Huon : il avait épousé la fille du traître Gibouard, et voulait garder à tout prix un si beau fief si injustement usurpé. C'est donc en vain que le fils aîné du duc Seguin a couru tant de dangers, traversé tant de mers, vaincu tant d'ennemis; c'est donc en vain qu'il montre à sa jeune femme les belles murailles de Bordeaux : il ne pourra même plus entrer dans sa ville, ni commander dans son fief; il sera un étranger sur sa propre terre. Tout d'abord, son frère Gérard lui montre un visage charmant, « et chil le baise en autel loiauté - Que fist Judas qui traï Damedé ».

Et, en effet, une embuscade est dressée contre Huon, qui ne sait pas se défier de son frère : les compagnons du légitime seigneur sont mis à mort et leurs corps sont jetés à l'eau; Huon lui-même est brutalement emprisonné. L'innocence, comme on le voit, est bien loin de triompher et le crime est insolemment victorieux. 

Mais qu'on se rassure : le roman ne peut ainsi finir. L'innocence triomphera. Le fils de Seguin a deux défenseurs : l'un dans le monde merveilleux, c'est le petit roi Oberon; l'autre dans le monde réel, c'est le vieux duc Naimes. Surtout, il a pour lui la justice. Charlemagne, qui de plus en plus perd la tête et devient « rassoté », commence par entrer en une de ses colères d'enfant contre Huon qui, au dire du traître Gérard, n'a pas rempli sa mission auprès du roi Gaudisse : « Sire », lui dit Naimes, « allez à Bordeaux, et jugez par vous-même. » L'Empereur s'y laisse conduire, mais c'est pour ordonner la mort du malheureux Huon, qui décidément est déclaré coupable et ne peut fournir les preuves de l'heureux succès de son voyage à Babylone. Gérard, en effet, s'est emparé des dépouilles du roi Gaudisse, et Naimes essaye fort inutilement de défendre un accusé qui n'a pour lui que le sincère accent de sa parole. Ce prétendu coupable sera pendu. Esclarmonde, dont la conversion fut trop légère, n'hésite pas alors à blasphémer le Dieu qu'elle a confessé dans un accès de sensibilité amoureuse :

« Si vous mourez, je renierai la chrétienté », dit-elle. 
Mais qui s'intéresse à Esclarmonde? Comme toutes les princesses sarrasines des romans médiévaux, comme presque toutes les femmes épiques, elle n'a pas d'âme vivante, elle n'a même pas de passion vraie, elle ne sait pas ce que c'est que la lutte morale, et la plus injustement traitée des héroïnes de roman moderne a plus d'épaisseur que toutes ces poupées mécaniques et sensuelles imaginées par les trouvères. L'auteur s'attache davantage à Huon :
« Trestuit proioient pour le caitif Huon
 Et l'enfes plore des biax iex de son front. » 
Un héros qui pleure est un héros qui vit. Naimes, hélas! ne peut rien pour lui, et il a en vain recours à un dernier argument qui ne touche guère Charlemagne : « Sire », lui dit-il, « vous ne pouvez juger les Pairs qu'à Saint-Omer, Orléans ou Paris. » 

Le vieux duc espère par là gagner du temps. Mais l'Empereur a soif du supplice de Huon. Il est temps qu'Oberon paraisse Le merveilleux petit nain est le Deus ex machina qui va mettre fin à ce trop long roman, et ce ne sera pas le moindre de ses prodiges.

Aux portes de la ville, autour du palais, un bruit effrayant se fait entendre, comme le bruit d'une armée immense : cliquetis de fer, hennissements de chevaux, tempête de voix. C'est Oberon avec ses cent mille hommes qui accourt enfin à la délivrance de son malheureux protégé. Le petit roi de Monmur entre, fier et presque insolent, dans le palais du Roi de Saint-Denis. A sa voix, les fers de notre héros tombent à terre, et cet innocent se relève, Oberon devant lui, sur une table plus haute de deux pieds que celle de Charlemagne, a placé son fameux hanap, son haubert et son cor d'ivoire. Il paraît que les barons français n'avaient pas alors leurs consciences très nettes : car aucun d'eux ne peut boire dans la coupe magique, qui ne se remplit que sous les lèvres d'un chrétien en état de grâce. Charlemagne, par-dessus tout, est accusé par Oberon d'un péché monstrueux (peut-être un inceste, selon Léon Gautier), que le Nain, en sa bonté, ne veut pas révéler aux barons. Après avoir ainsi convaincu tous les Français de sa puissance et du misérable état de leurs âmes, il en arrive à proclamer la parfaite innocence du frère de Gérard. Il raconte les voyages de Huon, et tout ce qu'a fait son jeune ami à la cour de Gaudisse, pour obtenir enfin sa réconciliation avec l'empereur Charles. Puis, le petit roi-fée se tourne, terrible, vers les traîtres Gérard et Gibouard : «-Faites l'aveu de votre crime », leur crie-t-il. Ils le font, tout tremblants, et, sur-le-champ, malgré les supplications de Huon en faveur de son frère, ils sont pendus. L'innocence triomphe et le crime est puni.

Et au milieu de tous ces prodiges, des éclats de cette joie et des baisers de cette réconciliation, au moment même où Charles vient de rendre enfin tous ses fiefs au protégé d'Oberon, quand le vieux Naimes est plus joyeux que tous les autres de ce dénouement inespéré, Oberon s'apprête à quitter ce palais où il a fait triompher la justice : 

« Huon, dans trois ans, vous viendrez à ma cité de Monmur, et je vous donnerai mon royaume.  Vous porterez au front couronne d'or. Quant à moi, je ne veux plus demeurer dans le siècle; je vais aller  là-haut, là-haut, en paradis. Notre-Seigneur m'appelle, et mon siège est préparé à sa droite. Adieu. » 
Oberon disparaît, et le roman finit enfin. (L. G.).

Le cycle de Huon de Bordeaux.
Ce poème a été continué, refondu, rajeuni plusieurs fois dans les siècles suivants : au XIVe siècle déjà, il s'était accru d'une suite, qui le portait de 10 000 vers à près de 30.000, et d'une espèce de prologue intitulé le Roman d'Auberon. Dans les manuscrits du XVe siècle, on lui trouve une suite différente, ou bien la forme du roman entier est remaniée, l'alexandrin ayant remplacé le vers de 10 syllabes. En 1454, on en fit une version en prose, imprimée pour la première fois en 1516, puis fréquemment reproduite. Avec le Roman d'Auberon et les suites de Huon, c'est tout un cycle qui s'est formé.

• Auberon
On trouve dans cette oeuvre assez médiocre une sorte d'amplification de Huon de Bordeaux, et plus spécialement des passages où le personnage principal du cycle raconte sa propre histoire. Pas un seul bon vers, pas une idée élevée, écrit Léon Gautier. C'est un conte de fées. Quatre Fées dotent un entant; l'une d'elles, semblable a la fée Carabosse, jette sur le nouveau-né un méchant souhait et est, pour ce fait, condamnée à prendre la forme d'un cerf jusqu'à ce qu'elle soit un jour désenchantée. Voilà un des épisodes d'Auberon. On jugera par là de tous les autres. L'auteur de ce roman nous introduit dans le beau royaume de Féerie, dont il nous fait une description détaillée. Ce ne sont que souhaits merveilleux, armées invisibles, enchantements de toute espère. Les héros de cette rapsodie n'en croient pas moins à Jésus et à l'Eglise. D'ailleurs la Vierge, saint Joseph et saint Georges eux-mêmes y vivent d'improbables aventures.

• Huon, roi de Féerie. 
A la suite de la version de Huon de Bordeaux en décasyllabes, un manuscrit de la Bibliothèque nationale nous offre une petite chanson dont voici un extrait :

« Oiez, seigneur,. [oiez] que Diex vous soit amis, 
Li glorieus Jhesu qui en la crois fut mis
Oiit avés de l'anffan Huelin, 
Comment il fu fors de France banis;
Comment alloit à l'miralz Gaudisse (sic)
Et comment fuit de son frère traiit. »
 Esclarmonde accouche d'une fille, nommée Judic : 
« Plus belle rien ne vit nulz hons vivant. » 
Cependant, le temps est proche où Huon doit monter au royaume de Féerie, près d'Auberon. Il réunit sa gent et laisse sa terre à Geriame. Regrets universels. Adieux de Huon à Esclarmonde et à sa fille. Son voyage à Rome, où il se confesse à l'Apostole (248 v°). De Rome il va à Brandis (Brindisi), et s'y embarque. Il recommande une dernière fois son royaume, sa femme et sa fillette à Geriame qui l'a « convoié » jusque-là. Puis, il part et se dirige vers la Terre-sainte, où il va adorer le saint sépulchre (249 r°). De là il va vers la mer Rouge, puis traverse le Famenie (C'est une terre où moult ait povertel), et le pays des Commans (Se sont teil gent qui ne goustent de bleif : maix la chair crue). Après un long voyage, il arrive enfin au bocage d'Auberon. Le petit roi de Monmur est sur-le-champ instruit de l'arrivée de son cher Huon à qui il veut donner « toute sa royauté »: Il lui envoie Malabron (249 v°). Grand repas : dix mille Fées, sont présentes. Couronnement de Huon qui prend possession du royaume de Féerie, où il règne encore, dit l'auteur. Le lutin Malabron a été chargé de lui amener sa fille Judic et Esclarmonde, qui est couronnée reine (250 r° et v°). Ici le poète laisse Huon et nous entretient d' « Agrappart le malvaix » . C'est un géant « qui tant parestoit lais ». Guerre de Huon, le roi de Féerie, avec les géants. Il a coupé l'oreille d'Agrappart, en un combat singulier, et celui-ci ne rêve que de se venger. Il y est excité par sa mère, un véritable monstre qui a douze pieds de haut; tous les fils de cette géante sont des géants dont le moins grand a douze pieds. Guerre terrible dont le lutin Malabron est le héros; il sauve Huon et tue Agrappart. Pour le remercier, Huon lui donne sa fille Judic en mariage. Noces (250 v°). Une nouvelle guerre s'élève, où Geriame joue un rôle important ; mais elle ne doit pas être de longue durée : car le roman n'a plus qu'un feuillet, plus qu'à moitié déchiré et difficilement intelligible (251 r° et v°).

• Esclarmonde. 
Huon est assiégé dans Bordeaux par l'Empereur : il sort de la ville où il laisse Esclarmonde en pleurs, et va chercher ailleurs des secours contre son trop puissant ennemi. Une épouvantable tempête le balance longtemps sur la mer, où il rencontre l'âme de Judas dans une toile qu'aucun orage ne pouvait déchirer. Il arrive au port de l'Aimant, il est vainqueur des Sarrasins, il triomphe d'un serpent monstrueux. Cependant, sa ville est prise par les Français, et la pauvre Esclarmonde est faite prisonnière. On l'entraîne brutalement à Mayence : par bonheur sa fille Clairette échappe à ce grand péril, et l'abbé de Cluny, son oncle, la met à l'abri dans son monastère. Huon ne sait rien de tous ces malheurs : il est fort occupé, au château de l'Aimant, à tuer six terribles griffons et à conquérir les pommes de jeunesse. Un ange lui donne des nouvelles d'Esclarmonde : il se remet en mer et arrive... à Tauris (Tabriz) en Perse; rend la jeunesse à l'Emir de ce royaume, grâce à ses pommes merveilleuses ; convertit et baptise tous les Persans, et s'empare de la cité d'Angorie, qui a été prise bien des fois déjà. Dans le désert d'Alilent que traverse notre héros, nouvelle aventure : 

« Si choisi ung tonnel de fin cueur de chesne, lequel estoit lyé et bendés de fortes bendes de chesnes et alloit rondelant par le marchaiz (ung grant marchaiz lequel duroit bien trois getz d'arc de long)... Moult  se donna grandes merveilles quelle chose se povoit estre que ainsi veoit ce tonnel courre et racourre par le desert, bruyant comme une tempeste. Et ainsi que assez près de lui alloit passant, il ouyt une voix moult piteuse qui dedans le tonnel se pletgnoit. Et quand il l'eut ouy par deux ou trois fois, il s'aprocha et dist : « Chose qui dedans ce tonnel es, parle à moi, et me dis qui tu  es ne quelle chose il te fault, ne pourquoi tu es là mis ». Et quant celui qui là dedans estoit se vuyt ainsi conjurer, il respondist : « Sachez pour verité que, j'ay à nom Caïen, et fuz fiz d'Adam et de Eve, et fuz celui qui occis Abel, mon frère. » 
Après cet épisode étrange et qui nous fait penser à Dante, Huon rentre dans la vie active en s'emparant de Coulandres; accomplit dévotement son pèlerinage au Saint-Sépulcre et fait voile vers la France. Il était temps qu'il y arrivât. L'Empereur, dont le neveu avait été victime d'une embuscade de l'abbé de Cluny, avait ordonné qu'Esclarmonde fut brûlée vive; mais Auberon, que le romancier s'est bien gardé de faire disparaître trop tôt, est venu au secours de la femme de Huon, par ses deux messagers, Gloriant et Malabron. Huon arrivé à Cluny rend, avec une autre de ses pommes, une jeunesse florissante à l'abbé de cet illustre monastère qui méritait bien ce présent, et il se réconcilie avec l'Empereur. Puis, il quitte de nouveau sa femme Esclarmonde et sa fille Clairette, et va rendre visite à Auberon. Un lutin qui a pris la forme d'un moine, l'emporté en l'air jusqu'au pays d'Auberon, qui donne son royaume à Huon et Esclarmonde.

• Clairette et Florent.
Clairette (qui dans le roman en vers s'appelle Clarisse) est devenue à Bordeaux une belle jeune fille, que demandent en mariage les rois d'Angleterre et de Hongrie, et Florent, fils du roi d'Aragen. Mais Clairette est enlevée par le traître Brohart, et rien ne peut consoler les Bordelais de cette perte. Brohart est rapidement puni : des brigands le tuent; puis, se tuent entre eux. La fille d'Esclarmonde reste seule sur le bord, de la mer, au milieu des cadavres de ces brigands et de Brohart. Le roi sarrasin de Grenade vient à passer près de ce rivage, par hasard, et emmène la pauvre Clairette captive sur sa grande nef. Pierre d'Aragon la délivre et la conduit près de son roi. Or, c'était précisément ce roi dont le fils, Florent, était depuis longtemps amoureux de Clairette; nouvelles amours. Mais le père fait la sourde oreille. « Je ne te donnerai Clairette que si tu es vainqueur de mon ennemi le roi de Navarre ». Vous pensez bien que Florent fut aisément vainqueur. Son père alors, loin de tenir sa promesse, veut faire périr Clairette, qui est encore une fois délivrée par Pierre d'Aragon et qui, enfermée dans une grosse tour, trouve enfin le moyen d'en sortir avec son ami Florent. Les deux amants s'embarquent pour mettre la mer entre leur amour et la colère du roi : ils tombent au pouvoir des Sarrasins et sont enfermés au château d'Aufalerne. Par bonheur, le châtelain Sorbarré devient leur ami et s'enfuit avec eux. Ils parviennent à rejoindre Huon de Bordeaux, qui les marie.

•  Ide et Olive
Clairette meurt en donnant le jour à une fille nommée Ide. Florent l'incestueux devient éperdument amoureux de la pauvre enfant qui, grâce aux bons soins de Sorbarré, échappe à cet incomparable péril et « s'en va, dit le romancier, à l'aventure de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Elle se déguise en homme et devient l'écuyer de l'empereur d'Allemagne. Olive, la fille de l'Empereur, se prend du plus ardent amour pour le prétendu écuyer qui se couvre de gloire aux yeux de toute la chrétienté, délivre Rome et chasse les Sarrasins de l'Empire. Ide est faite connétable; l'amour de la belle Olive ne connaît plus de frein, et l'Empereur consent au mariage de sa fille avec le connétable. Le lecteur se demande peut-être comment l'auteur pourra sortir de cette péripétie scabreuse. Rien de plus aisé : Dieu change le sexe d'Ide, et il a un fils qui s'appelle Croissant. 

• Godin
Ce Godin est un fils de Huon de Bordeaux qui est surtout célèbre par ses malheurs. Il est enlevé par l'aumachour de Roches; puis, trahi par une partie de ses vassaux qui ont tour à tour à leur tête Seguin, Herchenbaut, Rohart, Regnier et surtout Gibuin, il lutte courageusement et est soutenu par le roi Bondifer. Cet appui ne lui suffit pas : il faut que Huon son père se dérange une seconde fois, quitte son château de Monmur et vienne triompher en personne de tous les traîtres qui menacent le trône de son fils. Ainsi se termine notre roman dans le manuscrit de Turin. Le poète, en terminant, affirme qu'il  a épuisé toute la matière, et que « il n'est nuls homs, qui plus en puist chanter ». Cependant il n'a fait que prononcer en passant le nom du fils d'Olive et d'lde auquel est consacrée la dernière des suites. 

• Croissant
Ide est devenu empereur et s'est réconcilié avec son père Florent. Pendant l'absence que cette réconciliation rend nécessaire, le gouvernement de l'Empire est laissé à Croissant. Il n'était pas digne d'un tel honneur car, à force de générosités mal entendues, il dissipe toutes ses richesses et se voit forcé de s'enfuir avec un seul valet. Guimart de Pouille est élu pour gouverner Rome à sa place. Cependant Croissant va offrir ses services au comte Raimond de Provence que les Sarrasins assiégeaient dans Nice. Mais il tue le fils de Raimond, et prend de nouveau la fuite. Après vingt autres aventures, il revient à Rome, où l'empereur Guimart le trouve un jour mourant de faim. Il a le bonheur de découvrir un trésor caché dont il livre le secret à son bienfaiteur-: Guimart reconnaissant lui donne sa fille en mariage.

La descendance du texte médiéval.
Une requête adressée au parlement, en 1557, montre que Huon de Bordeaux fut aussi transformé en une pièce de théâtre; elle n'est point parvenue jusqu'à nous. Le poème eut également deux versions néerlandaises en vers; l'une, dont il ne reste que des fragments, est de la fin du XIVe siècle ou du commencement du XVe; l'autre a été imprimée à Anvers dans la première moitié du XVIe. Vers le même temps, parut aussi en Angleterre une traduction en prose de notre chanson de geste, par sir John Bourchier, lord Berners. 

Oberon figure dans le drame de Jacques IV par Robert Greene; Spenser, dans sa Reine des fées, lui fait une généalogie; Shakespeare lui a donné un rôle dans le Songe d'une nuit d'été, à l'époque où l'on jouait encore en Angleterre un drame de Huon de Bordeaux; enfin Ben Johnson, et, au XIXe siècle, Sotheby, l'ont mis en scène dans ces pièces de fantaisie que les Anglais nomment masque. En Allemagne, on l'a dit, Wieland prit le sujet de son poème d'Oberon dans l'analyse que Tressan avait faite de Huon de Bordeaux pour la Bibliothèque des romans; il inspira à son tour l'opéra d'Oberon par Weber, oeuvre qui date de 1826, et qu'on n'a jouée à Paris qu'en 1857. (B. / L. Gautier).



En bibliothèque - Les manuscrits du poème français de Huon de Bordeaux sont au nombre de quatre : il y en a deux à la Bibliothèque nationale de Paris, tous deux du XVe siècle, et dont l'un, aux armes de Richelieu, est en vers de 10 syllabes, et l'autre en alexandrins; le troisième, à la bibliothèque de l'université de Turin, est du XIVe siècle; le quatrième, provenant de l'abbaye de Marmoutier et conservé à la bibliothèque de Tours, date du XIIIe siècle, et est en dialecte artésien. Ils ont servi à la publication de l'édition donnée dans la collection des Anciens poètes de la France par Guessard et Grandmaison, Paris, 1860, in-16.

En librairie - Huon de Bordeaux, chanson de geste, (bilingue, prés. W. Kibler et F. Suard), Honoré Champion, 2003. - Collectif, Histoire de Huon de Bordeaux et Aubéron, Stock, 2001. 

Pour les plus jeunes : Jean-Charles Herbin, Les aventures du chevalier Huon de Bordeaux, Père Castor, 2000.

 
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