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Le Songe d'une nuit d'été
Pièce de Shakespeare
Le Songe d'une nuit d'été (Midsummer night's dream) est une comédie de W. Shakespeare (1593). Cette pièce est moins une comédie qu'un rêve féerique dans lequel la fantaisie du poète déploie librement ses ailes. Comme la Tempête, autre féerie du même genre, elle repose des émotions terribles et des couleurs sombres que Shakespeare a accumulées dans ses drames. On se promène en plein idéal, dans des pays imaginaires, au milieu de fictions vaporeuses, rattachées les unes aux autres par la trame la plus déliée. La scène se passe dans l'antiquité la plus fabuleuse, au temps où Thésée célébrait ses noces avec la fière amazone qui devait être la mère d'Hippolyte. Mais le peuple aérien des sylphes vient entraîner cette comédie, qu'on aurait crue classique, dans le monde fantastique. 

C'est d'amour qu'il s'agit; et, en effet, de tous les sentiments n'est-il pas le plus grand artisan de songes et de fictions? Lysander et Hermia conviennent de se rencontrer le soir " dans le bois où souvent ils se sont assis sur des lits de molles violettes, à l'heure où Phoebé contemple son front argenté dans le miroir des eaux tranquilles, parsemant de diamants liquides l'herbe touffue des prés. "

Ils s'égarent dans ce bois et s'y endorment sous les arbres. Un sylphe, Puck, touche d'une fleur magique les yeux du jeune homme endormi, et change ses sentiments; à son réveil, il se prendra d'amour pour la première femme qu'il apercevra. Cependant Démétrius, amant rebuté d'Hermia, erre avec Héléna dans le bois solitaire. La fleur magique dont Lysander a été touché le change à son tour; c'est à présent Héléna qu'il aime. Les amants se fuient et se poursuivent dans les bois ombreux mollement éclairés çà et là par "les rayons discrets de la lune."

"On sourit, dit  Taine, de leurs emportements, de leurs plaintes, de leurs extases, et pourtant on y prend part. Cette passion est un rêve et cependant elle touche. Elle ressemble à ces toiles aériennes qu'on trouve la matin sur la crête des sillons où la rosée les dépose, et dont les fils étincellent comme un écrin. Rien de plus fragile et de plus gracieux. Le poète joue avec les émotions, il les confond, il les entre-choque, il les redouble, il les emmêle. Il noue et dénoue ces amants comme des choeurs de danse, et l'on voit passer près des buissons verts, sous les yeux rayonnants des étoiles, ces nobles et tendres figures, tantôt humides de larmes, tantôt illuminées par le ravissement. Ils ont l'abandon de l'amour vrai, ils n'ont point la grossièreté de l'amour sensuel. Rien ne nous fait tomber du monde idéal où Shakespeare nous enlève. Eblouis par la beauté, ils l'adorent, et le spectacle de leur bonheur, de leur trouble et de leur tendresse est un enchantement. "
Au-dessus de ces deux couples voltige en bourdonnant l'essaim léger des sylphes et des fées. Ces vaporeuses diviniités connaissent aussi l'amour. Leur reine, Titania, a pour favori un adolescent, fils d'un roi de l'Inde, qu'Obéron, son époux, veut lui arracher. Ils se querellent à la façon des dieux d'Homère, et leurs sylphes vont d'effroi se cacher dans la coupe des glands de chêne ou dans la corolle humide des fleurs. Obéron, pour se venger, ordonne à Puck de toucher de la fleur magique les yeux de Titania endormie. Aussitôt réveillée, la plus aérienne des fées se trouve éprise d'un gros lourdaud à tête d'âne. Elle s'agenouille devant lui et pose sur son front velu une fraîche couronne de fleurs. Elle appelle alors les génies qui la suivent et leur ordonne surtout d'arrêter la langue de son bien-aimé qui brait horriblement. Elle lui fait offrir ensuite du miel, mais il répond en demandant du foin. Quoi de plus amer que cette raillerie de Shakespeare sur le proverbial aveuglement de l'amour? Le sentiment est divin, bien que l'objet en soit indigne. Au retour du matin, l'enchantement cesse. Titania s'éveille auprès du monstre, qu'elle chasse avec horreur; ses souvenirs de la nuit s'effacent " et les fées vont chercher dans la rosée nouvelle des rubis qu'elles poseront sur le sein des roses et des perles qu'elles pendront à l'oreille des fleurs". (PL).
Tel est le fantastique récit de Shakespeare, « tissu léger d'inventions téméraires, dit encore Taine, de passions ardentes, de raillerie mélancolique, de poésie éblouissante, tel qu'un des sylphes de Titania l'eût fait. Rien de plus semblable à l'esprit du poète que ces agiles génies, fils de l'air et de la flamme, qui glissent sur l'écume des vagues et bondissent parmi les atomes des vents. Shakespeare effleure les objets d'une aile aussi prompte, par des bonds aussi brusques, avec un toucher aussi délicat.".
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Dictionnaire Le monde des textes
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