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| Saint-Laurent-du-Maroni
est la seconde ville de Guyane française Le relief de la commune est caractéristique de l'ouest guyanais. Proche du fleuve, il est relativement bas et plat, parfois parsemé de zones marécageuses ou inondables le long des cours d'eau. En s'éloignant vers le sud et l'est, le terrain s'élève progressivement, et présente un paysage plus vallonné voire de basses montagnes dans sa partie la plus méridionale, typique du plateau des Guyanes, une ancienne formation géologique du Bouclier guyanais constitué de roches précambriennes dures. Les sols y sont souvent latéritiques, marqués par un lessivage intense sous un climat équatorial. L'hydrographie est dominée par le majestueux fleuve Maroni, une voie d'eau essentielle pour le transport et la vie locale, navigable sur une partie de son cours. De nombreux affluents et criques irriguent également le territoire communal, et contribuent à un réseau hydrographique dense qui façonne les paysages et les possibilités d'accès. Le climat est de type équatorial humide (classification Af), caractérisé par des températures élevées et stables tout au long de l'année (il avoisine les 26-27°C en moyenne), ainsi que par des précipitations abondantes, souvent supérieures à 2500 mm par an, réparties en saisons des pluies et des saisons plus sèches, bien que ces dernières ne soient jamais complètement arides. Cette forte humidité et chaleur favorisent une végétation exubérante. La quasi-totalité du territoire de Saint-Laurent-du-Maroni est recouverte par la dense forêt tropicale humide amazonienne, un écosystème d'une biodiversité exceptionnelle et largement préservé dans sa partie la plus intérieure. Cette immensité forestière contraste fortement avec la bande urbanisée. La population est très majoritairement concentrée dans le bourg principal, situé sur la rive du Maroni, dans la partie nord de la commune. C'est là que se trouvent les infrastructures principales, le port fluvial qui est un lien vital avec le Suriname et les communes de l'intérieur, les services administratifs et l'accès routier principal (la N1) qui relie Saint-Laurent au reste du littoral guyanais jusqu'à Cayenne. L'accès à l'intérieur de la commune est très limité : il se fait principalement par voie fluviale le long du Maroni et de ses affluents ou par avion vers quelques pistes isolées. La densité de population est quasi nulle dans les vastes étendues forestières du sud. L'utilisation des sols est donc fortement polarisée entre une petite zone urbanisée et anthropisée le long du fleuve et une immense zone naturelle, souvent difficile d'accès. Histoire
de Saint-Laurent-du-Maroni.
Cependant, le véritable acte de naissance de Saint-Laurent-du-Maroni, en tant que ville coloniale, remonte à la décision du Second Empire d'établir une colonie pénitentiaire en Guyane pour désengorger les prisons métropolitaines et tenter de valoriser ce territoire lointain et peu développé. Après des tentatives infructueuses d'installation de bagnes dans d'autres sites guyanais, souvent décimés par les maladies tropicales, l'administration pénitentiaire cherche un lieu plus sain et central. Le gouverneur Famin, en 1858, choisit le site de Saint-Laurent, initialement appelé Saint-Laurent-les-Bagnes, en raison de sa situation géographique perçue comme plus favorable du point de vue sanitaire que les zones côtières marécageuses. L'année 1860 est généralement considérée comme la date de fondation officielle, avec les débuts de l'aménagement. Saint-Laurent-du-Maroni est alors conçue pour devenir le centre névralgique du système pénitentiaire guyanais, le "Camp de la Transportation". C'est là que les convois de forçats arrivant de France par bateau débarquaient. Les détenus y étaient enregistrés, triés, et passaient par une période d'acclimatation (souvent synonyme de maladie et de mortalité) avant d'être affectés à différents camps de travail répartis sur le territoire, dont les célèbres Îles du Salut ou les camps forestiers le long du Maroni et de ses affluents (Saint-Jean, Charvein, Godebert, etc.). Le Camp de la Transportation à Saint-Laurent abritait l'administration pénitentiaire, des cellules, des dortoirs, des ateliers (menuiserie, forge, cordonnerie...), une infirmerie, et les quartiers des gardiens et du personnel libre. L'urbanisme de la ville est, de ce fait, profondément marqué par cette fonction pénitentiaire, avec des bâtiments construits en bois puis en dur, suivant des plans fonctionnels et souvent austères. La vie à Saint-Laurent durant cette période était une cohabitation forcée et complexe entre le monde du bagne (les forçats, les gardiens, l'administration) et une petite "ville libre" qui se développait parallèlement. Cette ville libre était peuplée par les familles des surveillants et fonctionnaires, mais aussi par des commerçants, des artisans, des logisticiens qui vivaient de l'activité générée par le pénitencier. Les relations entre les deux mondes étaient limitées et strictement réglementées, bien que des interactions existaient, notamment le travail des forçats au service de la ville libre ou les permissions accordées à certains détenus méritants. Les conditions de vie pour les forçats étaient extrêmement dures : travail forcé, maladies tropicales, sous-alimentation, violence, punitions sévères. Le taux de mortalité était très élevé. À cela s'ajoutait la "double peine" : une fois leur peine purgée, les condamnés devaient résider en Guyane pour une durée égale à leur peine (si elle était inférieure à 8 ans) ou à vie (si elle était supérieure à 8 ans ou en cas de relégation pour les récidivistes). Ces "libérés" ou "relégués", souvent sans ressources ni possibilité de rentrer en France, formaient une population misérable, survivant tant bien que mal aux marges de la société coloniale, souvent en se livrant à des travaux précaires ou à des activités illégales. Saint-Laurent comptait ainsi une importante population de ces anciens bagnards. Au début du XXe siècle, le bagne de Guyane, et Saint-Laurent comme son centre, acquièrent une triste renommée internationale en raison de la dureté de son régime et des récits qui en filtrent. Des personnalités, des journalistes, des écrivains (comme Albert Londres) dénoncent les conditions inhumaines. La pression de l'opinion publique en France et à l'étranger conduit à une remise en question progressive du système. En 1938, un décret supprime le bagne en tant que destination pour les nouvelles condamnations, mais la fermeture et le rapatriement des détenus déjà présents sont longs et complexes, notamment en raison de la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est qu'en 1946 que les derniers détenus sont rapatriés, et les bâtiments pénitentiaires sont définitivement abandonnés ou réaffectés. La fin du bagne marque une période de transition difficile pour Saint-Laurent-du-Maroni. La principale activité économique et sociale disparaît, laissant derrière elle une infrastructure en ruine et une population composée des anciens pénitentiaires restés sur place, des descendants du personnel du bagne, et des populations locales. La ville doit se réinventer. Progressivement, Saint-Laurent reprend vie, se développant autour de fonctions administratives (elle devient sous-préfecture en 1969), militaires, et économiques liées à l'exploitation forestière, à l'agriculture et au commerce transfrontalier avec le Suriname voisin, dont les populations (Noirs Marrons, Amérindiens, créoles) entretiennent des liens anciens avec la Guyane. À partir des années 1970-1980, Saint-Laurent connaît un essor démographique important, lié à la forte natalité locale et à l'arrivée de nouvelles populations, notamment des Surinamais fuyant la guerre civile dans leur pays (fin des années 1980) puis la crise économique, mais aussi des ressortissants d'autres pays de la Caraïbe, du Brésil, d'Haïti, et d'ailleurs. Cette immigration massive et diversifiée transforme Saint-Laurent en un véritable creuset multiculturel. La ville se développe rapidement, souvent de manière anarchique, s'étendant le long du fleuve et vers l'intérieur des terres. Aujourd'hui, Saint-Laurent-du-Maroni est la deuxième ville de Guyane par sa population et son importance. Elle est un pôle administratif, un carrefour économique (notamment commercial), et un port fluvial essentiel pour l'accès à l'intérieur de l'ouest guyanais. Elle a conservé les vestiges imposants de son passé pénitentiaire, notamment le Camp de la Transportation, qui a été restauré et est aujourd'hui un lieu de mémoire et un site touristique majeur, classé Monument Historique et proposé au patrimoine mondial de l'Unesco. La ville s'efforce de gérer les défis liés à sa croissance rapide, sa diversité culturelle, le chômage, la délinquance, et sa position de ville frontière, tout en valorisant son histoire unique et son patrimoine fluvial et culturel. |
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