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Bilbilis
est une ancienne cité celtibère puis romaine
située sur le Cerro de Bámbola, près de l'actuelle Calatayud,
dans la province de Saragosse, en Espagne .
Sa position stratégique, sur un promontoire escarpé dominant la vallée
du Jalón (anc. Salo), lui assurait un contrôle visuel et défensif exceptionnel
sur les voies de communication naturelles reliant l'intérieur de la péninsule
Ibérique à la vallée de l'Èbre .
Cette implantation répond à une logique typiquement celtibère de fortification
en hauteur, antérieure à la conquête romaine.
À l'origine, Bilbilis
était un oppidum des Celtibères, probablement rattaché au peuple des
Lusones. La ville entre progressivement dans l'orbite romaine au cours
du IIe siècle av. JC, à la suite des
guerres celtibères. Après la pacification définitive de la région,
elle connaît un processus d'intégration politique, administrative et
culturelle à Rome. Sous le règne d'Auguste,
elle reçoit le statut de municipium, devenant Municipium Augusta Bilbilis,
ce qui confère à ses élites locales la citoyenneté romaine et une autonomie
administrative encadrée par le droit latin puis romain.
L'urbanisme de Bilbilis
illustre une adaptation ingénieuse aux contraintes topographiques. Contrairement
aux villes romaines fondées sur des plans orthogonaux en terrain plat,
son tissu urbain épouse les pentes abruptes du relief. Les terrasses artificielles
soutenues par de puissants murs de soutènement permettent l'implantation
des principaux bâtiments publics. Le forum constitue le coeur politique
et religieux de la cité; il s'organise autour d'une vaste place bordée
de portiques, d'édifices administratifs et probablement d'un temple principal
dédié au culte impérial. Les vestiges montrent un souci architectural
manifeste, avec l'emploi de matériaux locaux et d'éléments décoratifs
importés, témoignant de la prospérité municipale.
Le théâtre, construit
à flanc de colline, exploite la déclivité naturelle pour installer les
gradins (cavea). Il pouvait accueillir plusieurs milliers de spectateurs
et servait non seulement aux représentations dramatiques mais aussi aux
cérémonies civiques liées au culte impérial. À proximité se trouvaient
des thermes publics, élément central de la sociabilité romaine, comprenant
les salles traditionnelles (frigidarium, tepidarium, caldarium)
et des systèmes de chauffage par hypocauste. L'existence de ces infrastructures
atteste d'un niveau élevé de romanisation et d'investissement public.
L'approvisionnement
en eau était assuré par un réseau sophistiqué combinant captages, citernes
et canalisations. Les pentes naturelles facilitaient l'écoulement gravitaire,
mais nécessitaient également une maîtrise technique pour éviter l'érosion
et garantir la stabilité des constructions. Les habitations privées,
souvent organisées en terrasses, comprenaient des domus ornées de mosaïques
et d'enduits peints, indiquant la présence d'une élite locale aisée.
Bilbilis est également
connue comme la ville natale du poète latin Martial
(Marcus Valerius Martialis), né au Ier
siècle apr. JC. Ses épigrammes évoquent
à plusieurs reprises sa cité d'origine, qu'il décrit avec un mélange
de fierté provinciale et de regard critique. Grâce à lui, Bilbilis occupe
une place singulière dans la mémoire littéraire de l'Empire
romain.
À partir du IIIe
siècle, la ville amorce un déclin progressif, lié aux transformations
économiques et administratives de l'Empire ainsi qu'à une possible contraction
démographique. L'abandon progressif du site au profit des zones plus basses
et plus accessibles marque la fin de son rôle urbain majeur. Les matériaux
sont réemployés dans des constructions ultérieures, phénomène courant
dans l'Antiquité tardive.
Les fouilles archéologiques
entreprises depuis le XXe siècle ont permis
de mettre au jour une partie significative des structures publiques et
domestiques, offrant un témoignage précieux sur l'urbanisme municipal
romain en milieu montagneux. |
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