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Les
langues
mixe-zoquéanes (ou mixe-zoque) sont des langues
amérindiennes parlées principalement au Mexique ,
en particulier dans les États de Oaxaca,
Veracruz,
et Chiapas.
Les langues mixe-zoque
ont un inventaire consonantique relativement riche, avec des consonnes
occlusives, fricatives, et nasales. Certaines langues montrent une variété
de consonnes glottalisées et éjectives. Les voyelles sont généralement
courtes et longues, avec des distinctions de qualité (comme les voyelles
orales et nasales) et parfois de quantité. Ces langues sont souvent écrites
avec des alphabets latins adaptés, bien que certaines aient des systèmes
d'écriture spécifiques ou historiques.
Elles sont généralement
analytiques, avec une forte utilisation de mots composés et de suffixes
pour exprimer des notions grammaticales. Certaines langues montrent des
traces de flexion, mais la plupart sont agglutinantes, ce qui signifie
qu'elles attachent des affixes (préfixes, suffixes, infixes) aux racines
pour exprimer des catégories grammaticales. Les noms
peuvent avoir des suffixes pour indiquer le pluriel, le genre, et d'autres
catégories grammaticales. Les verbes sont généralement
complexes, avec des affixes pour exprimer le temps,
le mode, le sujet, l'objet, et d'autres aspects
grammaticaux. Certaines langues ont des systèmes de temps verbaux élaborés.
L'ordre des mots est généralement SOV (sujet-objet-verbe), mais il peut
varier selon les contextes et les langues spécifiques. Les langues mixe-zoque
utilisent des postpositions plutôt que des prépositions pour marquer
les relations spatiales et autres. Les pronoms
personnels sont utilisés pour souligner ou éviter la répétition, et
ils peuvent varier en fonction du contexte syntaxique.
Le vocabulaire est
principalement autochtone, avec des emprunts occasionnels aux langues mayas
et aux langues européennes après la conquête espagnole. Les noms propres
peuvent inclure des éléments indiquant le lieu de naissance, le clan,
ou d'autres aspects culturels. Les différentes variétés de mixe et de
zoque et peuvent se classer comme suit :
-
| Mixe |
Mixe
du Nord (parlé à Totontepec et à Oaxaca) |
Zempaltepetlan
(parlé à Tlahuitoltepec, Ayutla et Tamazulapan) |
| Mixe
du Sud |
Autres
(variétés parlées à Tepuxtepec, Tepantlali et Mixistlan) |
| Zoque |
Zoquéan
du Golfe |
Zoque
de Texixtepec (en danger d'extinction)
Zoque
de Ayapa
Zoque
de Soteapan ou Populuca de la Sierra |
| Zoquéan
de Chimalpa (langues parlées dans l'Oaxaca) |
Zoque
de Santa Maria Chimalpa
Zoque
de san Miguel Chimalpa |
| Zoquéan
du Chiapas |
Zoque
du Nord (parlé à Magdalena et Francisco Leon)
Zoque
du Nord-Est : variété A (parlée à Tapalapa, Ocotepec, Pantepec
et Rayon); variété B (parlée à Chapultenango et Oxolotan)
Zoque
central (parlé à Copainala, Tecpatan et Ostuacan)
Zoque
du Sud (parlé à Tuxtla-Gutierrez et Ocozocuautla) |
(Source
: Universidad Mesoamericana / Campbell, 1997).
Les origines de cette
famille linguistique remontent à une profonde antiquité. Les linguistes,
sur la base de la diversification interne et des preuves archéologiques,
estiment que le proto-mixe-zoque, l'ancĂŞtre commun Ă toutes ces langues,
était déjà parlé il y a au moins 4000 ans, probablement par les habitants
des premières sociétés agricoles complexes de la région.
Ces locuteurs proto-mixe-zoques
sont considérés par de nombreux chercheurs comme les héritiers directs
de la civilisation olmèque. Cette hypothèse
s'appuie sur des preuves linguistiques solides : les plus anciens mots
empruntés du mixe-zoque dans d'autres langues mésoaméricaines (comme
le nahuatl, le maya
ou le zapotèque) désignent des concepts culturels olmèques fondamentaux.
Les mots pour cacao, tortilla, sel, métate ( = meule à grains),
et surtout pour les divinités centrales comme le serpent à plumes (Kukulkan
en maya, Quetzalcoatl en nahuatl) semblent
tous provenir du mixe-zoque ancien. Cela suggère fortement que les Olmèques,
bâtisseurs de San Lorenzo et de La Venta, parlaient une langue appartenant
Ă cette famille.
Au fil des siècles, cette famille s'est
scindée en deux branches principales : la branche mixe, qui a migré vers
les hautes terres accidentées du nord de l'Oaxaca et du sud de Veracruz,
et la branche zoque, qui s'est principalement répandue dans les plaines
du Chiapas et de l'isthme. Cette divergence géographique a entraîné
une diversification linguistique marquée, donnant naissance à des dizaines
de variantes. Les peuples mixe (ou ayuujk) se sont établis dans des régions
montagneuses très isolées, ce qui a favorisé le développement de langues
distinctes et une forte conservation des traits anciens. Les Zoques, quant
à eux, ont établi des royaumes importants dans les basses terres, comme
ceux de Quechula et de Zoque, et étaient en contact intense avec les Mayas,
comme en témoignent les nombreux emprunts réciproques entre le zoque
et les langues mayas, notamment dans le domaine religieux et agricole.
La conquĂŞte espagnole au XVIe
siècle a marqué un tournant brutal. Les populations zoques, plus accessibles,
ont été soumises rapidement, évangélisées et regroupées en reducciones.
Leurs langues ont commencé à subir la pression constante de l'espagnol.
Les Mixes, grâce à leur isolement géographique, ont résisté farouchement
et longtemps, préservant ainsi leur autonomie et leur intégrité linguistique
de manière plus marquée. La période coloniale a vu l'introduction de
l'écriture latine et la production de
quelques textes doctrinaux en zoque, mais c'est surtout une longue histoire
de marginalisation qui commence.
Après l'indépendance du Mexique, les
politiques d'intégration nationale, bien intentionnées mais souvent assimilationnistes,
ont continué à défavoriser les langues indigènes. L'espagnol était
la clé de l'éducation et de la mobilité sociale. Tout au long du XXe
siècle, l'exode rural, la croissance des villes, et les médias de masse
ont accéléré le déclin, particulièrement pour les variantes zoques,
dont beaucoup sont aujourd'hui menacées de disparition. Les langues mixe,
bien que plus vigoureuses, font face aux mêmes défis.
Cependant, les dernières décennies ont
vu émerger un mouvement dynamique de revitalisation. Des intellectuels
et communautés mixe et zoque se sont mobilisés. Des grammaires, dictionaires
et matériels pédagogiques ont été développés. Certaines langues,
comme le mixe de Ayutla ou le zoque de Copainalá, sont maintenant enseignées
dans les écoles. Des radios communautaires diffusent des programmes dans
ces langues. Cette renaissance culturelle s'accompagne d'une réappropriation
de l'histoire, affirmant avec fierté le rôle central des ancêtres locuteurs
du mixe-zoque dans la formation de l'identité mésoaméricaine, enracinant
leur présent et leur futur dans la longue mémoire de la civilisation
olmèque.. |
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