 |
Le
vénitien
est une langue romane issue du latin
vulgaire, parlée historiquement dans la région de la Vénétie,
au nord-est de l'Italie ,
ainsi que dans certaines zones voisines comme le Frioul,
le Trentin, et autrefois dans les territoires maritimes de l'ancienne République
de Venise, notamment en Dalmatie, en
Istrie
et dans certaines îles grecques. Elle appartient au groupe italo-roman,
mais se distingue nettement de l'italien
standard par sa phonétique, sa morphologie et son lexique. Le vénitien
n'est donc pas un simple dialecte de l'italien, mais une langue romane
autonome, avec une longue tradition littéraire et culturelle.
Le vénitien s'est
formé à partir du latin parlé dans la région du nord-est de la péninsule
italienne, mais son évolution a été influencée par des contacts continus
avec d'autres langues : le grec, le dalmate,
les langues slaves, le français
et, plus tard, l'espagnol et le turc
ottoman, en raison de la puissance maritime et commerciale de Venise.
La République de Venise, qui domina la Méditerranée
pendant plusieurs siècles, a favorisé la diffusion du vénitien comme
langue de commerce et d'administration dans une grande partie de l'Adriatique
et de la Méditerranée orientale.
Le vénitien présente
une grammaire proche des autres langues romanes, mais avec des caractéristiques
distinctives. L'ordre des mots suit généralement le schéma sujet-verbe-objet
(SVO), et la langue utilise des articles définis et indéfinis comme l'italien,
mais sous des formes différentes, par exemple el ou ła
pour « le, la ». Le système verbal conserve les trois conjugaisons latines
mais simplifiées, avec des formes particulières du présent et du passé.
Les pronoms personnels, souvent enclitiques, se combinent fréquemment
avec le verbe : te ghe xe ( = tu es lĂ ), mi go visto
( = j'ai vu). Le vénitien utilise aussi des particules et des mots-outils
typiques comme ghe (équivalent de l'italien ci), très fréquents
dans la syntaxe quotidienne.
La langue se distingue
par un rythme doux et mélodique, avec une prononciation claire des voyelles
et une tendance à affaiblir les consonnes finales. La lettre « s » peut
se prononcer de manière chuintante dans certaines zones, et les sons «
z » et « x » notent souvent des affriquées ou des fricatives voisées.
Les voyelles nasalisées, caractéristiques de certaines régions de la
Vénétie, témoignent d'une évolution locale. Le vénitien est généralement
écrit en alphabet latin, avec quelques conventions graphiques propres,
bien qu'il n'existe pas de norme unifiée reconnue officiellement.
Le lexique du vénitien
dérive principalement du latin, mais il comporte de nombreux emprunts.
Le grec et le turc ont laissé des traces dans le vocabulaire maritime
et culinaire, tandis que le français et l'espagnol ont influencé la langue
à travers les échanges culturels et politiques. De nombreux mots vénitiens
ont, à l'inverse, pénétré d'autres langues : des termes comme arsenal,
ghetto,
lazaretto,
gazetta ou ciao proviennent du vénitien et ont été adoptés
internationalement.
Le vénitien reste
vivant dans la région de la Vénétie, où il coexiste avec l'italien.
Il est utilisé dans la vie quotidienne, en famille ou entre amis, et conserve
une forte valeur identitaire. Cependant, il n'a pas le statut de langue
officielle, bien qu'il soit reconnu comme patrimoine linguistique par certaines
autorités régionales. Le bilinguisme entre vénitien et italien est quasi
universel, et l'italien tend à dominer dans les domaines de l'éducation,
des médias et de l'administration. Néanmoins, le vénitien conserve un
rôle important dans la culture populaire, le théâtre, la chanson, le
cinéma et l'humour.
La littérature vénitienne
remonte au Moyen Âge et à la Renaissance, avec des auteurs comme Ruzante
(Angelo Beolco), qui utilisa le dialecte padouan pour ses comédies rurales.
La Guerra de Nicolotti e de Castellani, qui date de 1521, raconte
les querelles des Nicolotti, gondoliers du parti démocratique, qu'on reconnaissait
au bonnet et à la ceinture noirs, et des Castellani, gondoliers de l'État
et des dignitaires, ayant le bonnet rouge. Au XVIIIe
siècle, on peut citer les chansons d'Ant. Lamberti, les fables de Franç.
Gritti, les comédies de Goldoni, qui ont immortalisé
la langue de Venise et la vie quotidienne de ses habitants. Un abbé Boaretti
traduisit l'Iliade en dialecte vénitien, sous le titre bizarre d'Omero
in Lombardia, et Mordini la Jérusalem délivrée sous celui de Tasso alla
barcarola. Un nouveau chansonnier, P. Buratti, parut au commencement du
XIXe siècle. Les écrits administratifs
et commerciaux de la République de Venise furent également rédigés
en vénitien, témoignant de son usage officiel et international à cette
époque.
Au-delĂ de l'Italie,
la langue a survécu dans certaines diasporas. Des populations d'origine
vénitienne en Amérique du Sud
et du Nord, notamment au Brésil
et au Mexique ,
ont conservé des variétés de vénitien, comme le talian au Rio Grande
do Sul, qui reste parlé aujourd'hui par plusieurs centaines de milliers
de personnes et bénéficie d'une reconnaissance régionale. |
|