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Les
Champs
de Diomède (Campi Diomedei) sont une région de plaines et
de terres basses situées dans l'Italie
méridionale, principalement en Apulie orientale
(ou Daunie), entre le cours inférieur de
l'Ofanto (l'antique Aufidus), les environs de Canusium (Canosa
di Puglia) et la zone littorale proche de Sipontum et du Gargano. C'est
là que se livra en 216 av. JC la bataille dite de Cannes.
Il s'agit d'un espace
largement ouvert, formé de plaines alluviales et de terrains légèrement
ondulés, caractérisés par des sols fertiles mais parfois marécageux
dans l'Antiquité, en raison d'un drainage
imparfait et de la proximité de zones humides côtières. La géographie
de ces champs est dominée par l'opposition entre l'intérieur continental
apulien, sec et venté, et les zones plus humides proches de la mer Adriatique .
Le climat est méditerranéen à tendance continentale, avec des étés
chauds et arides et des hivers relativement doux, mais exposés aux vents.
Cette combinaison favorise depuis l'Antiquité une agriculture extensive,
centrée sur les céréales, l'élevage ovin et bovin, ainsi que sur l'exploitation
de vastes pâturages. Les plaines des Champs de Diomède constituent ainsi
l'un des grands espaces agraires traditionnels du sud de l'Italie.
Le nom des Champs
de Diomède renvoie directement au héros grec Diomède,
roi d'Argos et l'un des principaux chefs achéens de la guerre
de Troie. Selon la tradition mythologique, Diomède aurait abordé
les côtes de l'Adriatique après la chute de Troie et se serait installé
en Apulie, où il aurait fondé plusieurs cités ou sanctuaires. Les Champs
de Diomède sont associés à cette présence héroïque, perçue comme
fondatrice et civilisatrice, et intégrée très tôt aux traditions locales
des populations italiques.
Ces champs sont parfois
décrits comme le lieu où Diomède aurait disparu ou aurait été honoré
après sa mort, certaines versions évoquant même sa transformation ou
son immortalisation. Cette dimension héroïque se double d'un aspect religieux
concret : des sanctuaires dédiés à Diomède existaient dans la région,
notamment sur les îles Diomédées au large du Gargano, mais aussi dans
l'arrière-pays, où le héros était vénéré comme protecteur des terres
et des troupeaux.
Historiquement, les
Champs de Diomède se trouvent dans une zone occupée dès l'âge
du Bronze par des populations italiques, en particulier les Dauniens.
Ces communautés développèrent une culture originale, marquée par des
échanges avec le monde grec, perceptibles dans l'art, les pratiques funéraires
et les cultes. Le mythe de Diomède a probablement servi de cadre interprétatif
grec à des réalités religieuses et politiques plus anciennes, permettant
d'intégrer l'Apulie dans l'horizon mythique du monde hellénique.
À partir du IVe
siècle av. JC, la région est progressivement intégrée à la sphère
d'influence romaine. Les Champs de Diomède conservent alors leur vocation
agricole stratégique. Leur position entre la côte adriatique et l'intérieur
de la péninsule en fait un espace de passage et de ravitaillement important,
notamment lors des conflits entre Rome et les
peuples
samnites, puis durant les Guerres
puniques. La proximité de Canusium, ville fidèle à Rome après la
bataille de Cannes, renforce l'importance économique et logistique de
ces plaines.
Sous la République
et le Haut-Empire romain, les Champs
de Diomède sont pleinement intégrés au système agraire romain. Ils
sont organisés en domaines agricoles, parfois de grande taille, exploitant
les sols céréaliers et les pâturages. Les auteurs
latins évoquent la richesse agricole de l'Apulie, mais aussi les difficultés
liées à l'insalubrité de certaines zones humides, ce qui correspond
bien aux caractéristiques environnementales de ces champs.
À l'Antiquité
tardive, les transformations économiques et démographiques entraînent
un relatif déclin de l'exploitation intensive, tandis que les zones marécageuses
gagnent du terrain. Toutefois, la mémoire des Champs de Diomède demeure
vivace dans la littérature savante et mythographique, où ils continuent
d'être cités comme un lieu emblématique du lien entre mythe grec et
territoire italien. |
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