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Le
Saint-Maurice
est une rivière du Canada ,
affluent du Saint-Laurent. Il prend
sa source au cœur du bouclier canadien, et se jette dans le Saint-Laurent
à la hauteur de la ville de Trois-Rivières, qui tire d'ailleurs son nom
du triple chenal formé par l'embouchure du cours d'eau. D'une longueur
de 563 kilomètres, elle draine un vaste bassin versant de plus de 43 000
kilomètres carrés, une superficie qui touche au nord celui du lac Saint-Jean
et au nord-ouest celui de la rivière Nottaway, un important tributaire
de la baie James. Son débit moyen est de 730 mètres cubes par seconde
et elle présente une dénivellation totale d'environ 405 mètres depuis
sa source jusqu'à son embouchure, située à seulement trois mètres au-dessus
du niveau de la mer.
Le lit de la rivière
a été façonné par le retrait des glaciers il y a près de 10 000 ans
. Avant l'arrivée des Européens, elle constituait déjà une voie de
communication essentielle pour les peuples autochtones. Les Attikameks,
qui revendiquent l'ensemble de son bassin hydrographique comme leur territoire
ancestral, la nomment "Tapiskwan Sipi", signifiant "la rivière de l'aiguille
enfilée", tandis que les Algonquins l'appelaient "Métabéroutin", soit
"la décharge du vent". En 1535, l'explorateur Jacques Cartier la baptisa
"rivière de Fouez" en l'honneur de la maison de Foix, mais ce nom fut
progressivement abandonné. Son nom actuel lui fut donné au début du
XVIIIe siècle en référence au "fief
Saint-Maurice", une seigneurie concédée vers 1668 à Maurice Poulin de
La Fontaine, procureur du gouvernement des Trois-Rivières, et c'est ce
nom qui a définitivement supplanté les autres entre 1730 et 1740. La
rivière a par ailleurs donné son nom à la région administrative de
la Mauricie.
Première voie de
pénétration dans cette région, la rivière Saint-Maurice a joué un
rôle primordial dans le développement économique du Québec. Dès le
XVIIIe siècle, elle servait de route pour
le commerce des fourrures entre les explorateurs européens et les nations
des Premières Nations. Au cours de la seconde moitié du XIXe
siècle, l'exploitation forestière est devenue une industrie majeure,
faisant de la rivière une artère essentielle pour le transport du bois
par flottaison, une pratique qui a perduré jusqu'en 1996, faisant d'elle
la dernière rivière du Québec à cesser cette activité. Au fil de
son cours, la Saint-Maurice est parsemée de nombreux affluents, dont les
rivières Matawin, Manouane, Vermillon, Croche et Trenche, qui ont toutes
contribué à alimenter cette industrie.
Parallèlement Ã
l'industrie forestière, le potentiel hydroélectrique de la rivière a
été exploité dès le début du XXe siècle.
Ses chutes et rapides, notamment à La Tuque, Grand-Mère et Shawinigan,
ont permis l'installation de nombreuses centrales, appartenant aujourd'hui
toutes à Hydro-Québec, qui génèrent ensemble plus de 1.500.000
kilowatts. Cette énergie a attiré des industries de transformation, comme
des usines de pâtes et papiers, d'aluminium, de plastiques et de produits
chimiques, façonnant les villes riveraines. Les principales communautés
établies sur ses rives sont, de l'amont vers l'aval, La Tuque, Shawinigan
et Trois-Rivières, toutes reliées par la route 155 qui longe le cours
d'eau.
Aujourd'hui, bien
que son importance industrielle ait évolué, la rivière Saint-Maurice
demeure un élément central du paysage et de l'identité de la région.
Son histoire est jalonnée de nombreux ponts et barrages qui structurent
son parcours, témoignant de son rôle de vecteur de développement. Enfin,
sur le plan écologique, les 174 derniers kilomètres de la rivière, entre
La Tuque et Trois-Rivières, abritent 42 espèces de poissons, une diversité
qui, bien que typique des rivières du bouclier canadien, reste fragile
et nécessite une surveillance attentive de la qualité de l'eau et des
habitats. |
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