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La famille Malatesta
émerge dans l'histoire italienne, profondément
enracinée dans la région de la Romagne, avec Rimini
comme épicentre de leur pouvoir. D'origines qui semblent modestes, peut-être
liées au travail de la terre ou des moulins, leur nom même, qui pourrait
signifier mauvaise tête ou têtu, semble annoncer le caractère de ceux
qui vont marquer la vie politique et militaire de l'Italie pendant plusieurs
siècles. Rapidement, ils cessent d'être de simples notables locaux et
plongent au coeur des luttes féroces entre Guelfes
et Gibelins qui déchirent les communes et les seigneuries.
C'est Malatesta da Verucchio, surnommé
le Mastin Vecchio, le Vieux Mâtin, en raison de sa longévité exceptionnelle
et de sa ténacité politique, qui parvient à transformer leur influence
croissante en une véritable signoria. Vers la fin du XIIIe
siècle, il prend le contrôle de Rimini, expulsant la faction adverse
et établissant son autorité. Il pose ainsi les fondations solides sur
lesquelles la fortune familiale va s'édifier, survivant aux complots et
aux révoltes.
Parmi ses fils, l'un entre dans l'histoire
non pour ses faits d'armes, mais pour un drame passionnel immortalisé
par la littérature. Gianciotto Malatesta, époux de la belle Francesca
da Polenta, la découvre en compagnie de son jeune frère, le séduisant
Paolo. Le double meurtre qui s'ensuit est rendu éternel par Dante
Alighieri qui, dans l'Enfer de sa Divine
Comédie, place les amants maudits parmi les damnés, donnant Ã
ce crime de famille une dimension universelle et marquant les Malatesta
d'une aura sulfureuse.
Sous les descendants du Mastin Vecchio,
les Malatesta étendent leur domination. Ils ne se contentent pas de Rimini
mais conquièrent et contrôlent d'autres cités importantes comme Cesena,
Fano, Pesaro, et possèdent de nombreuses forteresses stratégiques dans
les Marches et en Romagne. Ils deviennent de redoutables condottieri,
ces chefs de troupes mercenaires qui jouent un rôle capital dans les guerres
de l'époque. Leur compétence militaire leur vaut des contrats lucratifs
avec les États voisins, le Pape, Florence
ou Venise, leur apportant richesses et renommée,
même si leur loyauté est souvent dictée par l'opportunité.
Le personnage le plus emblématique, et
sans doute le plus controversé, de la dynastie est Sigismondo Pandolfo
Malatesta, qui domine le milieu du XVe
siècle. C'est un condottiere de grand talent, mais aussi un homme d'une
rare cruauté, réputé impie et débauché par ses ennemis, au premier
rang desquels le Pape Pie II Piccolomini, qui va
jusqu'à le condamner pour hérésie et le brûler en effigie. Pourtant,
Sigismondo est aussi un homme de la Renaissance, un humaniste passionné
d'art et de lettres. À Rimini, il commande la transformation de l'église
Saint-François en un monument magnifique, le Tempio Malatestiano, confiant
les travaux à des artistes majeurs comme Leon Battista
Alberti et Piero della Francesca. Ce temple
est à la fois un mausolée familial, un hommage à sa maîtresse puis
épouse Isotta degli Atti, et un manifeste de sa propre gloire et de sa
culture. La vie de Sigismondo est une suite ininterrompue de campagnes
militaires, d'intrigues, de mécénat, et de scandales.
Pendant ce temps, son frère, Domenico
Malatesta Novello, qui règne sur Cesena, offre un autre visage de la famille.
Moins militaire et plus érudit que Sigismondo, il reste dans l'histoire
pour avoir fondé une institution d'une valeur inestimable : la Biblioteca
Malatestiana. Conçue comme une bibliothèque publique, organisée selon
des principes novateurs, elle est l'une des rares bibliothèques humanistes
à avoir survécu intacte jusqu'à nos jours, témoignant de l'importance
que certains Malatesta accordent au savoir et à la culture.
Mais malgré le génie militaire de Sigismondo
et le mécénat de ses frères, le pouvoir des Malatesta commence à s'éroder.
Les conflits incessants, les rivalités internes, la pression constante
de l'État Pontifical qui veut reprendre
le contrôle de ses territoires, et l'ascension d'autres familles puissantes
comme les Montefeltro d'Urbino (leurs grands rivaux) affaiblissent la dynastie.
Les Malatesta perdent progressivement leurs possessions.
Au début du XVIe
siècle, leur signoria sur Rimini touche à sa fin. La ville retombe
sous l'autorité directe du Pape. Bien que des branches de la famille continuent
d'exister et de jouer un rôle local ou dans d'autres États italiens,
leur ère en tant que souverains indépendants est terminée. |
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