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Cyaxare
II est une figure de l'histoire de l'Iran
ancien, dont l'existence même fait débat parmi les historiens. Contrairement
Ă Cyaxare Ier,
bien attesté par plusieurs traditions, Cyaxare II n'apparaît que dans
une source principale, la Cyropédie
de Xénophon, œuvre à mi-chemin entre le traité
philosophique et le récit historique, rédigée au IVe
siècle av. JC. Cette singularité documentaire explique les incertitudes
qui entourent sa biographie. Dans la tradition xénophontique, il représente
un modèle de roi légitime mais prudent, capable de reconnaître le mérite
d'un subordonné exceptionnel et de lui céder progressivement le pouvoir.
Dans la perspective historiographique moderne, il est plutôt perçu comme
un personnage narratif servant à rendre la montée de Cyrus plus progressive
et politiquement acceptable, en évitant l'image d'une usurpation violente
du pouvoir mède.
Selon Xénophon,
Cyaxare II serait le fils d'Astyage et donc le
petit-fils de Cyaxare Ier. Il hériterait
du trône des Mèdes à la mort de son père, à une époque où le royaume
mède est encore une puissance majeure du Proche-Orient. Toutefois,
dans ce récit, il est présenté comme un souverain moins énergique et
moins compétent que son célèbre neveu, Cyrus II, fils de Cambyse
Ier et de Mandane, elle-mĂŞme fille
d'Astyage.
Dans la Cyropédie,
Cyaxare II règne formellement sur les Mèdes, mais il confie le commandement
militaire Ă Cyrus, reconnaissant implicitement
ses qualités stratégiques et son charisme. Cette relation entre les deux
hommes est centrale : Cyaxare II apparaît comme un roi légitime mais
effacé, tandis que Cyrus incarne l'énergie conquérante et la capacité
d'unifier les peuples iraniens. Ensemble, ils mènent des campagnes contre
les puissances voisines, notamment l'Empire néo-babylonien.
Xénophon décrit
en détail la collaboration entre les Mèdes et les Perses
dans la guerre contre Babylone. Cyrus agit
en chef de guerre, tandis que Cyaxare II conserve la dignité royale. Après
la prise de Babylone, événement majeur traditionnellement daté de 539
av. JC, Cyrus continue d'honorer son oncle, lui laissant le titre de roi
des Mèdes. Pour renforcer leur alliance, Cyrus épouse la fille de Cyaxare
II, dont le nom n'est pas toujours précisé dans les sources, consolidant
ainsi l'union dynastique entre Mèdes et Perses.
Dans ce récit, Cyaxare
II meurt sans héritier masculin, ce qui permet à Cyrus d'hériter pacifiquement
de l'ensemble du royaume mède, unifiant ainsi les deux peuples sous une
seule autorité et posant les bases de l'Empire
achéménide. Cette transition apparaît comme harmonieuse et légitime,
sans renversement brutal.
Cependant, cette
version des faits entre en contradiction avec d'autres sources antiques,
notamment celles d'Hérodote et les documents
cunéiformes babyloniens, qui ne mentionnent pas l'existence de Cyaxare
II. Dans ces traditions, Astyage est le dernier roi des Mèdes, directement
renversé par Cyrus, sans intermédiaire. Cette divergence a conduit la
majorité des historiens modernes à considérer Cyaxare II comme un personnage
fictif ou une construction littéraire de Xénophon, destinée à illustrer
des idées politiques sur la royauté idéale et la transmission du pouvoir.
Certains chercheurs
ont néanmoins tenté d'identifier Cyaxare II à des figures historiques
obscures ou à des souverains mentionnés sous d'autres noms dans des sources
orientales, mais aucune identification n'a été unanimement acceptée.
L'absence de preuves archéologiques ou épigraphiques solides renforce
le scepticisme Ă son sujet. |
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