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Le Critias, de Platon

Critias ou L'Atlantide est un dialogue de Platon, ouvrage inachevé qui date des dernières années de l'auteur, et qui a reçu l'épithète de métaphysique, bien qu'il ne renferme guère qu'une cosmogonie des moins métaphysiques.  Nous n'avons pas probablement conservé en entier même le commencement, puisqu'on ne retrouve plus dans notre texte quelques mots cités par le rhéteur Ménandre, formait, comme nous l'avons déjà vu, la huitième pièce de la première trilogie d'Aristophane, et la quatrième de la huitième tétralogie de Thrasylle, qui le classait parmi les oeuvres morales.

Cet ouvrage se lie intimement au Timée ou Dialogue sur la nature,  qu'il continue pour ainsi dire, et dont il reprend, pour le développer, un des sujets d'entretien par lesquels on veut payer de retour Socrate.  C'est une ingénieuse fiction, qui présente comme réalisés les rêves de la République. Les interlocuteurs sont Timée, Socrate, Hermocrate et Critias. Ce dernier, qui garde presque constamment la parole, fait la description et l'histoire inventées de cette fameuse Atlantide, située au delà des colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar) et dans laquelle quelques commentateurs - entêtés à ne pas comprendre qu'il s'agit ici simplement d'une oeuvre littéraire et philosophique, et non d'un récit historique - ont prétendu voir le Nouveau monde ou quelque souvenir de telle éruption volcanique qui a dévasté l'île Santorin (qui elle n'est pas au-delà des colonnes d'Hercule, d'ailleurs). 

L'Atlantide, dit Platon tire son nom d'Atlas, fils de Poseidon, à qui elle échut lorsque les dieux se partagèrent le monde. Elle était riche en métaux, en fruits et en animaux inconnus du reste du monde. Ses habitants, pleins de désintéressement, accroissaient leurs biens par la concorde et la vertu : mais ils les perdirent, et avec eux la liberté, lorsque l'élément humain domina en eux sur l'élément divin, lorsque le luxe et la cupidité vinrent altérer les mâles vertus de cet âge d'or, et quand l'esprit de conquête eut agrandi leur territoire.

« Ceux qui ne peuvent apprécier ce qui fait la vrai bonheur les crurent parvenus au comble de la gloire et de la félicité, tandis qu'ils se laissaient dominer par l'injuste passion d'accroître leur puissance et leurs richesses, premier symptôme de décadence chez les peuples. »
Telle est, dit Cousin,  la moralité que voulait faire ressortir Platon dans ce dialogue, qui, à nos yeux, n'est qu'une fiction représentant comme réalisés les rêves de sa République.

Le Critiasse distingue par la majesté et l'ampleur de la forme littéraire, par la pureté de la diction et l'élévation des idées philosophiques. On l'a souvent proposé comme un modèle d'atticisme et considéré comme une satire indirecte et ingénieuse des moeurs de la turbulente Athènes. C'est lui qui a donné à George Sand, l'idée de son roman philosophique, Evenor et Leucippe, dans lequel les doctrines du Critias et celles que Jean Reynaud a développées dans son livre intitulé Terre et Ciel font d'inutiles efforts pour contracter une union morganatique. (NLI / PL).

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Dictionnaire Le monde des textes
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