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Les
phyllites
sont des roches métamorphiques représentant
un stade de transformation intermédiaire entre l'ardoise, plus finement
cristallisée et à grain invisible, et le micaschiste, où les paillettes
de mica sont bien visibles à l'oeil nu. Le nom, forgé à partir du grec
ancien phyllon = feuille, décrit immédiatement sa
caractéristique macroscopique la plus frappante : une foliation très
prononcée, un débit en feuillets ondulés, soyeux et brillants. Cette
texture se distingue de la schistosité parfaite et plane de l'ardoise
par son aspect légèrement plissé, ondulant, et surtout par l'apparition
d'un éclat lustré, satiné, dû à la présence de minuscules cristaux
de mica et de chlorite qui parsèment les plans
de foliation et réfléchissent la lumière de manière synchrone. Cet
éclat caractéristique est le signe tangible d'une recristallisation métamorphique
plus poussée que dans l'ardoise, bien que la granulométrie reste encore
trop fine pour que les minéraux individuels soient distingués sans loupe
ou microscope.
La genèse de la
phyllite s'inscrit dans le gradient classique du métamorphisme
prograde des séries pélitiques, c'est-à -dire issues de l'ancienne accumulation
de sédiments argileux. Une argile ou une marne,
enfouie puis soumise à des forces tectoniques compressives et à une élévation
de température, voit ses minéraux argileux
primaires, instables, se réorganiser. Au premier stade, avec une pression
orientée et des températures autour de 200 à 300°C, se forme l'ardoise,
où les minéraux argileux se réorientent mais sans recristallisation
notable. En franchissant un seuil thermique approximativement compris entre
300 et 450°C, on entre dans le faciès des schistes verts, et la roche
devient une phyllite. À ces conditions, des minéraux argileux comme l'illite
ou la smectite se transforment et de nouveaux silicates
lamellaires se mettent à croître abondamment, principalement la muscovite
(le mica blanc) en très fines paillettes, et la chlorite, de couleur verte.
C'est l'entrelacement de ces deux phases minérales en feuillets parallèles
et continus qui donne à la phyllite son lustre soyeux si particulier et
son clivage ardoisier ondulé. La poursuite du métamorphisme, au-dessus
de 450 à 500°C, verra ces micas grandir jusqu'à devenir visibles Ã
l'œil nu, et l'apparition de la biotite (mica noir) et parfois de
grenats
marquera le passage au micaschiste.
Minéralogiquement,
la phyllite est donc constituée d'un assemblage typique du faciès schistes
verts. La muscovite et la chlorite y sont les minéraux index dominants.
Le quartz est presque toujours présent en abondance sous forme de micro-grains
allongés, pris dans la foliation. Selon la composition chimique de la
roche mère, d'autres phases peuvent apparaître : l'albite
(un plagioclase sodique), l'épidote,
des minéraux opaques comme la magnétite ou le graphite si le sédiment
originel était riche en matière organique, donnant alors à la roche
une couleur gris-noir intense. Les minéraux accessoires comme la tourmaline
ou le sphène peuvent aussi être présents. La texture est lépidoblastique,
c'est-à -dire définie par l'enchevêtrement orienté de minéraux en feuillets.
Cette fabrique planaire extrêmement développée est à la fois un plan
de faiblesse mécanique majeur et le témoin direct de la direction de
la contrainte principale lors de la déformation.
Visuellement, la
phyllite se décline dans une palette de gris argentés, de verts bleutés,
de teintes brun-rouille par altération, jusqu'à des noirs graphitiques.
Elle se distingue d'une ardoise au toucher et à l'examen : au lieu d'une
cassure franche et mate, la phyllite offre une surface de fracture soyeuse,
chatoyante, où la lumière semble glisser sur un nombre infini de minuscules
facettes. Cette propriété dite de réflectance orientée est un critère
de terrain diagnostique. Contrairement à un micaschiste, on ne peut pas
y détacher à la main de paillettes flexibles et élastiques, car les
grains sont trop petits.
La roche se débite
typiquement en dalles minces et en plaquettes, mais ces feuillets, contrairement
à l'ardoise parfaite, sont souvent microplissés, crénulés. Ces microplis,
nommés crénulations, témoignent de phases de déformation superposées.
Une première schistosité a pu être plissée par une contrainte ultérieure,
créant ces ondulations sur le plan de foliation. Cette structure rend
la phyllite moins apte à la production de feuilles de couverture parfaitement
planes que l'ardoise, car elle a tendance à se fendre selon des surfaces
gauchies. Cependant, cette même texture en feuillets lustrés en fait
une roche ornementale appréciée, utilisée comme pierre de parement,
en dallage ou pour la décoration intérieure, sous des noms commerciaux
qui peuvent être trompeurs comme ardoise argentée ou pierre du pays.
Dans le paysage,
les affleurements de phyllites trahissent une ancienne racine de chaîne
de montagnes. On les rencontre typiquement dans
les zones externes des ceintures orogéniques, là où le métamorphisme
n'a pas atteint les hautes températures nécessaires à la fusion. Les
reliefs constitués de phyllites sont souvent doux, moutonnés, car la
roche, feuilletée et altérable, se désagrège facilement en plaquettes
sous l'effet du gel et de la pénétration des racines. Les sols qui en
dérivent sont argileux, souvent gorgés d'eau en raison de l'imperméabilité
liée à l'orientation horizontale des feuillets en profondeur, ce qui
favorise les zones humides et les glissements de terrain superficiels. |
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