|
|
| . |
|
||||||
| Rio de Janeiro |
| Rio
de Janeiro (anc. São Sebastiao do Rio) est une grande ville
du Brésil Le relief est l'élément
le plus marquant, caractérisé par des massifs montagneux abrupts de granit
et de gneiss qui s'élèvent directement de la mer et des plaines côtières,
souvent couverts par la dense forêt atlantique (Mata Atlântica). Parmi
ces reliefs emblématiques se trouvent le Pain de Sucre (Pão de Açúcar),
qui garde l'entrée de la baie de Guanabara, et le Corcovado, célèbre
pour accueillir la statue du Christ Rédempteur. Ces montagnes font partie
de massifs plus larges, tels que le massif de la Tijuca, qui abrite le
Parque Nacional da Tijuca, une vaste forêt urbaine unique au monde.
Rio de Janeiro et le Pain de Sucre, depuis le Corcovado, vers 1900. La côte alterne entre des baies abritées comme la baie de Guanabara, des lagunes intérieures et de longues étendues de plages mondialement connues. Les quartiers sud, comme Copacabana, Ipanema et Leblon, sont situés sur une plaine côtière relativement étroite, coincée entre les montagnes et l'océan. Plus à l'ouest, le paysage s'ouvre sur une vaste plaine côtière, celle de Barra da Tijuca et Recreio dos Bandeirantes, caractérisée par un système complexe de lagunes (dont Marapendi, Jacarepaguá, Tijuca) séparées de l'océan par des cordons littoraux (restingas). La baie de Guanabara, une grande baie estuarienne, est parsemée de nombreuses îles, la plus grande étant l'île de Governador, où se trouve l'aéroport international. L'hydrographie de la ville, outre l'océan Atlantique et la baie de Guanabara, comprend également plusieurs lagunes notables comme la Lagoa Rodrigo de Freitas dans la zone sud, reliée à la mer par un canal, et le vaste complexe lagunaire de la zone ouest. Bien que de nombreux petits cours d'eau descendent des massifs, leur rôle est souvent plus discret dans le tissu urbain central par rapport aux montagnes et à la côte. La topographie accidentée influence profondément l'urbanisme de Rio. Les zones densément bâties se concentrent dans les plaines et les vallées, tandis que de nombreuses favelas se sont développées sur les pentes plus raides des collines et des montagnes. La construction d'infrastructures comme des tunnels et des viaducs est essentielle pour relier les différentes parties de la ville séparées par le relief. Le climat de Rio est tropical de savane (Aw). Il est caractérisé par des températures élevées tout au long de l'année et deux saisons principales : une saison chaude et humide de l'été (décembre à mars) et une saison plus douce et sèche en hiver (juin à août). L'humidité est généralement élevée, surtout pendant la saison des pluies estivales. Température moyenne de 23°C (en février 26°C, en juilllet 21°C).
Rio,
patrimoine de l'Humanité.
Le patrimoine naturel est omniprésent. Les pics de granit emblématiques, le Pain de Sucre (Pão de Açúcar) s'élevant majestueusement au-dessus de la baie de Guanabara et le Corcovado, couronné par la statue du Christ Rédempteur, sont des symboles universels. La Floresta da Tijuca, l'une des plus grandes forêts urbaines du monde, est un poumon vert offrant une biodiversité remarquable et des vues spectaculaires sur la ville. La Lagoa Rodrigo de Freitas, miroir d'eau au cœur de la zone sud, et les plages mondialement célèbres de Copacabana, Ipanema et Leblon, ne sont pas seulement des lieux de loisirs mais des éléments constitutifs du paysage culturel et social carioca. La Baie de Guanabara elle-même, avec ses îles et sa côte découpée, forme un cadre naturel historique essentiel. Au-delà de la splendeur naturelle, le patrimoine historique et architectural de Rio témoigne de son rôle central dans l'histoire du Brésil, d'abord comme capitale coloniale, puis impériale et républicaine. Le Centro, le coeur historique, abrite de nombreux trésors architecturaux allant de l'époque coloniale aux influences Art déco et modernes. On y trouve des églises baroques magnifiques comme l'église de la Candelária ou le Mosteiro de São Bento, un chef-d'oeuvre de l'art baroque brésilien avec ses intérieurs richement ornés d'or. Le Paço Imperial, ancienne résidence des gouverneurs coloniaux et des empereurs, le Theatro Municipal inspiré de l'Opéra de Paris, la Bibliothèque Nationale, ou encore les Arcos da Lapa, vestige d'un aqueduc colonial transformé en viaduc pour le tramway de Santa Teresa, racontent les différentes époques de la ville. Des quartiers comme Santa Teresa, perché sur une colline, avec ses rues pavées sinueuses, ses manoirs colorés du XIXe siècle et son tramway emblématique, offrent un aperçu charmant du passé bohème de Rio. Le patrimoine culturel,
quant à lui s'incarne dans le rythme de la samba, née dans les quartiers
afro-brésiliens, et qui explose chaque année lors du Carnaval. La bossa
nova, musique plus douce et sophistiquée, a vu le jour sur les plages
d'Ipanema et résonne encore dans les bars de la zone sud. Le football
est une passion nationale qui se vit intensément à Rio, notamment au
mythique stade Maracanã, temple de ce sport. La gastronomie, la musique,
la danse, l'art de vivre décontracté mais plein de joie, le fameux jeitinho
carioca (l'art de se débrouiller avec ingéniosité et bonne humeur),
tout cela fait partie intégrante du patrimoine immatériel de la ville.
Le parc du Flamengo, immense espace vert le long de la baie créé sur
un remblai dans les années 1960 par l'architecte paysagiste Roberto Burle
Marx, est un exemple remarquable de fusion entre art paysager, architecture
moderne et espace public, lui aussi inclus dans la zone Unesco.
Plan de Rio de Janeiro. Source : OpenStreetMap. Histoire
de Rio de Janeiro.
Pendant des décennies, la baie de Guanabara resta relativement ignorée par les Portugais, plus concentrés sur le nord du Brésil et la production de sucre. Cependant, sa position stratégique et sa beauté attirèrent l'attention d'autres puissances européennes. En 1555, une expédition française menée par le Huguenot Nicolas Durand de Villegagnon s'installa sur une île de la baie (aujourd'hui Île Villegagnon) dans le but d'établir une colonie appelée France Antarctique; il érigea sur l'île un fort qu'il baptisa fort Coligny. Cette présence étrangère dans une zone revendiquée par le Portugal força Lisbonne à réagir. Le gouverneur général du Brésil, Mem de Sá, fut chargé d'expulser les Français. Il lança une première attaque en 1560 qui détruisit le fort français mais ne parvint pas à les déloger définitivement, car ils se dispersèrent sur le continent avec l'aide des Tupinambás. La véritable fondation de la ville eut lieu quelques années plus tard. Le 1er mars 1565, Estácio de Sá, neveu de Mem de Sá, débarqua près du Pain de Sucre (Morro Cara de Cão) et fonda la ville de São Sebastião do Rio de Janeiro, nommée en l'honneur de Saint Sébastien, le saint patron du roi du Portugal, et en référence au nom donné à la baie. La fondation de la ville fut un acte militaire visant à établir une base permanente pour lutter contre les Français et leurs alliés indigènes. Les combats furent acharnés, et Estácio de Sá fut mortellement blessé en 1567. La victoire finale sur les Français fut consolidée par Mem de Sá lui-même, qui décida de déplacer la ville vers un site plus défendable, le Morro do Castelo (aujourd'hui disparu). Les Jésuites s'impliquèrent dans l'apaisement des relations avec certaines tribus indigènes et dans l'organisation de la nouvelle colonie. Rio de Janeiro se développa lentement pendant le début de l'époque coloniale. Son économie reposait initialement sur la culture de la canne à sucre et les activités portuaires. Cependant, la découverte de l'or et des diamants dans le Minas Gerais à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle changea radicalement son destin. Rio devint le principal port d'exportation de cette richesse minérale vers le Portugal, ainsi que le point d'entrée des marchandises et des esclaves africains destinés aux mines. Cette nouvelle importance économique et stratégique conduisit à son élévation au rang de capitale de la Capitainerie de Rio de Janeiro, puis, en 1763, à la place de Salvador, au rang de capitale de l'État du Brésil, la colonie portugaise en Amérique. L'événement le plus transformateur pour Rio de Janeiro à l'époque coloniale fut l'arrivée de la Couronne portugaise en 1808. Fuyant l'invasion napoléonienne du Portugal, le Prince Régent Dom João (futur Dom João VI) et toute la cour, soit environ 10 000 à 15 000 personnes, débarquèrent à Rio. La ville, jusqu'alors une capitale coloniale administrative, devint soudain le centre de l'Empire portugais. Cette arrivée massive eut un impact immédiat et profond. Les ports furent ouverts au commerce avec les nations amies (principalement l'Angleterre), mettant fin au monopole commercial portugais. De nombreuses institutions fondamentales furent créées à la hâte pour faire fonctionner l'administration de l'empire : le Banco do Brasil, la Imprensa Régia (presse royale), la Bibliothèque Royale, l'École Royale des Sciences, des Arts et Métiers (qui donnera naissance à l'École des Beaux-Arts), l'Académie Militaire, le Jardin Botanique. La ville fut modernisée, bien que de manière rudimentaire au début, pour accueillir la cour. Elle fut élevée au rang de capitale du Royaume-Uni de Portugal, du Brésil et des Algarves en 1815. Lorsque le Brésil déclara son indépendance en 1822, Rio de Janeiro resta logiquement la capitale du nouvel Empire du Brésil, d'abord sous Dom Pedro I, puis sous Dom Pedro II. Pendant la période impériale (1822-1889), Rio continua de croître, s'étendant au-delà de ses limites coloniales. Le port resta vital pour l'économie du pays, et la ville fut un important centre d'importation d'esclaves africains jusqu'à l'abolition progressive de l'esclavage, culminant avec la Lei Áurea en 1888. La vie culturelle et politique de l'Empire était concentrée à Rio. De nouvelles infrastructures furent construites, comme le chemin de fer. Avec la proclamation de la République en 1889, Rio de Janeiro conserva son statut de capitale fédérale. Le début du XXe siècle fut marqué par de grandes transformations urbaines. Sous la direction du maire Pereira Passos (1902-1906) et avec le soutien du président Rodrigues Alves, la ville entreprit un vaste programme de modernisation inspiré des travaux du Baron Haussmann à Paris. Des avenues larges furent percées (comme l'Avenida Central, aujourd'hui Avenida Rio Branco), d'anciens quartiers insalubres furent démolis (notamment la majeure partie du Morro do Castelo), des bâtiments publics grandioses furent construits (comme le Theatro Municipal, la Bibliothèque Nationale, le Musée National des Beaux-Arts), et des travaux sanitaires importants furent menés. Cette politique de bota abaixo (littéralement "mettre à bas") améliora l'aspect et l'hygiène du centre-ville mais eut aussi des conséquences sociales majeures, déplaçant les populations pauvres et afro-brésiliennes vers les collines environnantes, contribuant à la formation et à la croissance des premières favelas. C'est aussi à cette époque que la vaccination obligatoire contre la variole, imposée par le docteur Oswaldo Cruz, déclencha la Révolte de la Vaccine en 1904. Tout au long du XXe siècle, Rio de Janeiro fut le théâtre de nombreux événements politiques majeurs de l'histoire brésilienne, des révoltes militaires aux manifestations populaires, en passant par les périodes dictatoriales comme l'Estado Novo de Getúlio Vargas. La ville continuait de s'étendre, absorbant les zones suburbaines. C'est aussi à Rio que la vie culturelle brésilienne s'épanouissait, notamment avec l'essor de la samba dans les quartiers populaires et l'institutionnalisation du Carnaval, devenant la grande fête populaire et touristique que l'on connaît. Plus tard, dans les années 1950 et 1960, Rio fut le berceau de la bossa nova. Cependant, son statut de capitale fédérale prit fin en 1960 avec l'inauguration de Brasília, la nouvelle capitale construite ex nihilo dans le Centre-Ouest du pays. Cette décision, bien que planifiée depuis longtemps, fut un choc pour l'identité et l'économie de Rio. La ville devint alors l'État de Guanabara, un État fédéral unique correspondant à l'ancien District Fédéral. En 1975, dans le cadre d'une réforme administrative de la dictature militaire, l'État de Guanabara fusionna avec l'ancien État de Rio de Janeiro (dont la capitale était Niterói), et la ville de Rio de Janeiro devint la capitale de ce nouvel et plus grand État. Depuis la fin du
XXe siècle et au début du XXIe
siècle, Rio de Janeiro a cherché à se repositionner sur la scène nationale
et internationale. Elle a accueilli des événements majeurs tels que la
Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement
(CNUED, Eco92), les Jeux Panaméricains de 2007, des matchs de la Coupe
du Monde de Football de 2014 et, surtout, les Jeux
Olympiques d'été de 2016, les premiers jamais organisés en Amérique
du Sud. Ces événements ont apporté des investissements en infrastructure
mais ont aussi mis en lumière les profondes inégalités sociales, les
défis liés à la sécurité publique et les problèmes environnementaux
persistants de la ville.
Aujourd'hui, Rio de Janeiro demeure un centre culturel majeur, un important pôle touristique et un symbole emblématique du Brésil, connu pour ses paysages spectaculaires (Pain de Sucre, Corcovado avec le Christ Rédempteur), ses plages célèbres (Copacabana, Ipanema), sa musique, sa danse et l'énergie de ses habitants, les Cariocas. Le
Carnaval de Rio.
Au XIXe siècle, sous l'influence des carnavals européens, notamment celui de Venise, le Carnaval de Rio commença à se "civiliser", du moins pour les classes supérieures. Des bals masqués privés et publics furent organisés, devenant le lieu de rendez-vous de la haute société. Parallèlement, des défilés plus structurés apparurent, menés par des "grandes sociétés" qui préparaient chars allégoriques et costumes somptueux, défilant dans les rues du centre-ville avec des thèmes souvent inspirés de l'histoire ou de la mythologie. Cette période marqua un clivage croissant entre le carnaval officiel et ordonné de l'élite et les manifestations plus populaires et spontanées. C'est à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle que les racines les plus profondes du Carnaval de Rio moderne commencèrent à germer dans les quartiers populaires et afro-brésiliens, en particulier dans la zone connue sous le nom de Pequena África (Petite Afrique), près du port. Des groupes informels appelés cordões ou blocos se formaient, réunissant des musiciens et des danseurs qui parcouraient les rues en suivant des rythmes afro-brésiliens, généralement accompagnés d'instruments de percussion. Ces groupes étaient plus improvisés que les grandes sociétés, mais portaient en eux une énergie et une expressivité nouvelles. Parallèlement, des ranchos émergèrent, qui étaient des groupes plus organisés que les cordões, avec un défilé structuré, un thème (l'enredo), des costumes et une musique, le plus souvent une marche ou une polka. Ils préfigurent l'organisation des futures écoles de samba. Mais la véritable révolution musicale vint de la samba elle-même, née du métissage de rythmes africains (comme le lundu) et de musiques européennes (comme la polka et le maxixe). Elle s'épanouit dans les maisons des musiciennes et compositeurs de la Cidade Nova et d'Estácio, quartiers où résidait une grande partie de la population noire et métisse venue de Bahia et d'autres régions du Brésil. Ce n'est que dans les années 1920 que l'idée d'appliquer l'organisation des ranchos à la samba prit forme. En 1928, à Estácio, fut fondée la première entité considérée comme une école de samba : Deixa Falar. Ses fondateurs, parmi lesquels Ismael Silva, voulaient créer un groupe de samba qui défilerait de manière organisée. Le terme école de samba viendrait du fait que les répétitions se tenaient près d'une école normale. Bien que Deixa Falar n'ait pas perduré sous ce nom, ses idées et ses membres furent fondamentaux pour la création des autres écoles qui allaient bientôt dominer le carnaval de rue. Dans les années 1930, les écoles de samba commencèrent à gagner en reconnaissance officielle. En 1932 eut lieu le premier concours formel d'écoles de samba, organisé par un journal. Ce concours marqua le début de la rivalité et de la compétition qui animent encore aujourd'hui les écoles. Le défilé des écoles de samba devint l'événement central du carnaval, se déplaçant au fil du temps vers l'Avenida Presidente Vargas, puis finalement vers un lieu dédié. Avec le temps, les écoles de samba sont devenues de gigantesques organisations culturelles, sociales et communautaires, qui rassemblent des milliers de participants de tous âges et horizons sociaux, issus principalement des favelas et des quartiers périphériques d'où proviennent beaucoup des fondateurs et des membres historiques. Chaque année, elles choisissent un thème (l'enredo) qu'elles développent à travers la musique (le samba-enredo), les chars allégoriques (les carros alegóricos), les costumes (les fantasias) et la performance de leurs différentes sections (les alas), de la puissante section de percussions (bateria) au couple maître de danseurs (mestre-sala et porta-bandeira) portant le drapeau de l'école, en passant par les passistas célèbres pour leur danse virtuose. Face à la croissance exponentielle de l'événement et à la nécessité d'un lieu plus adapté pour les défilés, le Sambadrome (Passarela Professor Darcy Ribeiro) fut construit en 1984, conçu par l'architecte Oscar Niemeyer. Cette avenue flanquée de tribunes permit de structurer le défilé, d'augmenter considérablement sa capacité d'accueil et de le transformer en un spectacle payant et télévisé, accessible à un public mondial. Le Sambadrome symbolise la professionnalisation et la commercialisation croissante du Carnaval, tout en restant le coeur battant de la compétition entre les écoles de samba du groupe spécial, le point culminant de la fête. Aujourd'hui, le Carnaval de Rio est un événement d'une ampleur inégalée, qui attire des millions de touristes du monde entier et représente un moteur économique majeur pour la ville. Il ne se limite pas aux défilés du Sambadrome; les blocos de rua (blocos de rue) ont connu un renouveau spectaculaire au XXIe siècle, et rassemblent des foules immenses dans tous les quartiers de la ville, offrant une expérience plus populaire, spontanée et accessible, reconnectant le carnaval à ses racines de fête de rue. |
| . |
|
|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||
|