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La langue himyarite
La langue himyarite était une langue sudarabique ancienne parlée dans le royaume d'Himyar, au sud-ouest de la péninsule Arabique, principalement dans la région correspondant à l'actuel Yémen. Elle est connue à travers des mentions littéraires et quelques indices épigraphiques, mais sa nature exacte demeure controversée parmi les linguistes. Les sources arabes médiévales la considèrent comme distincte de l'arabe classique et souvent incompréhensible pour les Arabes du nord, ce qui témoigne d'une différenciation linguistique importante à la fin de l'Antiquité. Certains chercheurs y voient la dernière phase du sabéen tardif, d'autres une langue indépendante, peut-être un maillon de transition entre le sabéen et les dialectes arabiques méridionaux modernes. Dans tous les cas, il constitue un témoignage essentiel de la diversité linguistique de l'Arabie préislamique et de la complexité des interactions entre les différentes branches du monde sémitique méridional.

Les royaumes sudarabiques (Saba, Qataban, Ma‘in, Himyar et Hadramaut) possédaient chacun leur propre variété linguistique, apparentée au groupe des langues sudarabiques anciennes, distinct des dialectes arabiques du nord. Le himyarite s'inscrit dans ce continuum, mais il apparaît comme une forme tardive, développée dans une période où l'arabe commençait déjà à s'étendre dans la région. Les inscriptions sudarabiques, rédigées en alphabet musnad, témoignent d'une langue sémitique du Sud aux structures grammaticales proches de celles de l'éthiopien ancien (guèze) et des langues sabéennes. Le musnad fut probablement encore utilisé sous les Himyarites, mais la documentation proprement himyarite est rare et fragmentaire.

Le himyarite est classé dans la famille des langues sémitiques, au sein du rameau sudarabique ancien. Ce groupe se distingue par des traits morphologiques particuliers : un système verbal dérivé complexe, l'emploi de formes internes pour exprimer les aspects et les voix, et la présence d'un article défini suffixé (similaire à celui du sabéen). Le lexique connu, très limité, montre des correspondances avec le sabéen et le qatabanien, mais certaines sources arabes anciennes signalent que la prononciation et la grammaire différaient sensiblement. L'emploi d'un article en -n ou -m, attesté dans quelques inscriptions tardives, pourrait avoir été un marqueur dialectal proprement himyarite.

Hypothèses. - La morphologie nominale suivait probablement le modèle sémitique commun, avec des racines trilitères et des dérivations régulières pour le féminin et les pluriels. Les verbes devaient comporter les deux aspects fondamentaux (accompli et inaccompli) exprimés par des préfixes et suffixes différents. Certaines particularités du himyarite ont été supposées d'après les témoignages arabes médiévaux : l'usage de formes verbales non arabiques, de particules de négation différentes, et de mots de liaison étrangers à l'arabe standard. Cependant, faute de corpus épigraphique conséquent, ces éléments demeurent hypothétiques.
Historiquement, le himyarite s'est développé au moment où le royaume d'Himyar dominait la majeure partie du Yémen antique, entre environ le IIe siècle avant notre ère et le VIe siècle de notre ère. Durant cette période, les influences culturelles étaient multiples : sabéenne, éthiopienne, puis arabe. Après la chute du royaume, l'arabe s'est imposé progressivement comme langue de prestige et de communication, notamment après la conquête islamique du VIIᵉ siècle. Le himyarite a alors disparu, probablement absorbé par les dialectes arabes du Sud qui ont conservé certains traits phonétiques et lexicaux hérités de lui.

Sur le plan phonologique, les langues sudarabiques anciennes, dont le himyarite, étaient caractérisées par la présence de consonnes emphatiques et l'opposition entre sons pharyngalisés et non pharyngalisés, typique des langues sémitiques méridionales. Des changements dans la réalisation de certaines sifflantes et gutturales semblent avoir eu lieu, d'après les comparaisons avec les inscriptions sabéennes et les langues modernes du Sud arabe (mehri, soqotri), qui pourraient en conserver des vestiges lointains.

Les témoignages arabes du Moyen Âge, notamment ceux d'auteurs comme Ibn Durayd et al-Hamdānī, décrivent le parler des Himyarites comme un idiome difficile à comprendre, avec des expressions particulières et des sons « étrangers ». Ces descriptions, bien que tardives et probablement exagérées, confirment l'existence d'une langue distincte de l'arabe avant sa généralisation. Certains philologues arabes médiévaux allaient jusqu'à la qualifier de « langue des anciens Yéménites », distincte des parlers arabes issus d'Ismaël, selon la tradition généalogique.

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