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Marguerite
Perey
est une physicienne et chimiste
née le 19 octobre 1909 à Villemomble, et morte en à Louveciennes le
13 mai 1975. On lui doit la découverte du francium, le dernier élément
chimique naturel découvert. Elle incarne une science à la fois
humble et audacieuse, enracinée dans la pratique de laboratoire et tournée
vers l'inconnu.
Elle grandit dans
un environnement modeste, mais animé d'une grande curiosité intellectuelle.
Dès l'enfance, elle montre une inclination forte pour les sciences, mais
la mort prématurée de son père et les contraintes économiques de la
famille freinent ses ambitions universitaires. Pourtant, en 1929, après
une formation technique en chimie, elle entre
comme préparatrice à l'Institut du Radium, dirigé par Marie
Curie. Cette rencontre transforme sa vie :
« J’avais
dix-neuf ans. Travailler auprès de Marie Curie, c'était entrer dans un
monde d'exigence, mais aussi de confiance absolue en la rigueur du savoir.
»
Sous la supervision
directe de la prix Nobel, elle apprend les méthodes rigoureuses de séparation
radioactive et devient rapidement une assistante
de confiance. En 1939, elle fait une découverte majeure : en analysant
les produits de désintégration de l'actinium ( Les
Actinides), elle identifie un nouvel élément radioactif, qu'elle
nomme francium — en hommage à son pays. Le francium,
élément 87 du tableau périodique,
est le dernier élément naturel découvert, une contribution scientifique
exceptionnelle. Dans ses notes, elle écrit :
« Le francium
n'est pas seulement une ligne dans un tableau, c'est un pas vers la compréhension
de l'invisible. »
Bien qu'elle n'ait pas
encore de diplôme universitaire complet au moment de sa découverte, elle
est progressivement reconnue par la communauté scientifique. Elle obtient
un doctorat ès sciences en 1946, puis devient la première femme à enseigner
la physique nucléaire à la Sorbonne,
rompant ainsi une barrière symbolique majeure. Elle écrit à cette époque
:
« Il faut
que les jeunes femmes sachent qu'elles ont leur place dans le laboratoire,
non par faveur, mais par droit. »
Marguerite Perey poursuit
sa carrière comme directrice de l'Institut de chimie nucléaire à Strasbourg,
tout en continuant ses recherches sur la radioactivité
et la structure nucléaire. Elle publie de nombreux articles et prend une
part active à la structuration de la chimie nucléaire française d'après-guerre.
Elle milite également pour une science éthique, profondément soucieuse
de ses conséquences sur le vivant. Diagnostiquée d'un cancer, elle attribue
ses problèmes de santé à l'exposition prolongée aux radiations, mais
elle ne renie jamais sa vocation.
« Nous
avons manipulé la matière instable pour tenter de stabiliser notre savoir.
Le prix, parfois, est dans la chair. »
En 1962, elle devient
la première femme élue à l'Académie des sciences — mais, ironie de
l'histoire, elle n'y est pas admise comme membre titulaire, une injustice
que la communauté scientifique reconnaît plus tard comme emblématique
des résistances faites aux femmes dans les sphères d'élite. |
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