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Paulette
Libermann
est une mathĂ©maticienne nĂ©e Ă
Paris le 14 novembre 1919 et morte Ă Montrouge le 10 juillet 2007. Elle
a laissé une oeuvre dense, fidèle à ses principes de clarté, de cohérence
et d'exactitude, et a défendu l'idée que la géométrie n'est pas seulement
un langage de la forme, mais une logique du monde.
Elle est issue d'une
famille juive d'origine polonaise et ukrainienne. Très tôt, elle manifeste
des dons remarquables pour les mathématiques, qu'elle cultive au lycée
Lamartine. En 1938, elle intègre l'École normale supérieure de jeunes
filles de Sèvres,
une institution encore marquée par la ségrégation genrée, mais profondément
transformée par l'influence réformatrice d'Eugénie
Cotton. Elle y reçoit une formation d'exception, nourrie par des figures
majeures telles qu'Élie Cartan, André
Lichnerowicz ou encore Jacqueline Ferrand.
Cette immersion dans la géométrie différentielle et l'algèbre tensorielle
façonne une pensĂ©e mathĂ©matique d'une extrĂŞme rigueur, attentive Ă
la structure profonde des objets géométriques.
Mais en 1940, la
guerre interrompt brutalement son parcours. Sous le régime de Vichy, elle
est exclue de la fonction publique en raison de sa judéité. Elle trouve
refuge Ă Lyon, puis Ă Toulouse,
vivant sous une fausse identité, fuyant la Gestapo. C'est dans ce contexte
dramatique qu'elle entame paradoxalement sa carrière de chercheuse. Élie
Cartan, refusant de voir ce talent sacrifié, lui propose de commencer
une thèse.
Elle reprend officiellement
ses études à Paris en 1944 après la Libération, obtient son certificat
d'aptitude Ă l'enseignement, puis commence Ă enseigner Ă Strasbourg.
Sur les conseils de Cartan, elle entre en contact avec Charles Ehresmann,
dont elle devient la doctorante. Leur collaboration donne lieu Ă plusieurs
articles fondateurs dans les années 1948–1952, sur les structures infinitésimales,
les formes différentielles et les variétés presque complexes. En 1953,
elle soutient sa thèse Sur le problème d'équivalence de certaines
structures infinitésimales, dans laquelle elle étudie la classification
locale des structures géométriques, reprenant et approfondissant les
méthodes d'Élie Cartan. Elle écrit alors :
« Comprendre
une structure, c'est pouvoir la comparer à une autre, dans la proximité
de l'invisible. »
Elle est nommée professeure
à l'université de Rennes, puis, en 1966,
rejoint la faculté des sciences de Paris. Après la scission de l'université
en 1968, elle choisit Paris VII (Denis-Diderot), fidèle à ses convictions
progressistes. Elle y enseigne la géométrie différentielle, y dirige
un séminaire influent avec Yvette Kosmann-Schwarzbach, et y encadre plusieurs
générations de jeunes chercheuses et chercheurs, dont Michèle Audin,
Daniel Bennequin et Marc Chaperon. Son séminaire devient un foyer vivant
de géométrie moderne, fidèle à l'esprit de Cartan et Ehresmann.
Sa contribution la
plus célèbre reste l'ouvrage monumental Symplectic Geometry and Analytical
Mechanics, coécrit avec Charles-Michel Marle, publié en 1987. Ce
livre, salué par les plus grands spécialistes (Izu Vaisman, N.M.J. Woodhouse,
W.M. Boothby), synthétise les fondements géométriques de la mécanique
hamiltonienne : structures symplectiques, formes de Liouville, actions
de groupes de Lie, structures de Poisson. Libermann y affirme :
« La mécanique
analytique, en tant que forme mathématique du réel, exige une géométrie
qui épouse le mouvement. »
Au-delĂ de ses publications,
Paulette Libermann marque son époque par sa bienveillance rigoureuse,
sa générosité intellectuelle, et une mémoire vivante des mathématiques
du XXe siècle. Elle voyage intensément
— Oxford, Berkeley, Rio de Janeiro —, donnant des confĂ©rences jusqu'Ă
un âge avancé. Elle reste active dans le séminaire de géométrie et
mécanique jusqu'en 2006. Après une chute, sa santé décline, et elle
meurt Ă Montrouge en 2007. |
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