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Josiane
Serre
est une chimiste et ingénieure née Ã
Lyon
le 17 décembre 1922 et morte à Paris le 11 octobre 2004. Elle a été
une pionnière dans le domaine du génie chimique et de l'enseignement
supérieur. Elle est particulièrement reconnue pour avoir été la première
femme nommée directrice d'une grande école d'ingénieurs en France, dirigeant
l'École Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles de la Ville
de Paris (ESPCI Paris) de 1978 à 1988. Sous sa direction, l'école a connu
d'importantes modernisations et a renforcé son rayonnement scientifique
et académique. Elle a laissé l'image d'une femme de science complète
: chercheuse de pointe, responsable institutionnelle, formatrice, et penseuse
lucide des enjeux technoscientifiques.
Formée à l'École
normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, elle s'impose par sa rigueur
et son appétit de compréhension du monde matériel. Elle entre rapidement
dans le champ de la physique nucléaire,
un domaine alors en plein essor, et où la France joue un rôle majeur
dans la recherche post-seconde guerre mondiale.
Elle consacre l'essentiel
de sa carrière au Commissariat à l'énergie atomique (CEA), où elle
mène des travaux sur la chimie des actinides,
des éléments lourds comme le plutonium et l'uranium,
caractérisés par leurs propriétés radioactives
et leur complexité électronique, et au coeur des recherches nucléaires
civiles et militaires. Elle écrit dans une note interne au CEA :
« L'actinide
n'est pas seulement une entité physique : c'est un noeud entre énergie,
géopolitique et responsabilité. »
Josiane Serre contribue
activement à la mise au point de méthodes de séparation chimique des
actinides à partir de combustibles irradiés. Ces procédés, basés sur
des techniques de précipitation, d'extraction liquide-liquide et de chromatographie
sur résine échangeuse d'ions, sont essentiels pour le recyclage des combustibles
nucléaires et pour la sûreté des installations. Elle travaille notamment
à l'amélioration de la sélectivité des agents extractants dans des
milieux acides et organiques, permettant de mieux distinguer entre actinides
et lanthanides, ce qui est crucial pour le
retraitement.
Une autre dimension
importante de son travail concerne la thermodynamique
des complexes actinides-ligands en solution, c'est-à -dire la manière
dont ces éléments interagissent avec leur environnement chimique. Ces
études permettent de prédire leur comportement dans des conditions variées
(pression, température, acidité), notamment en stockage géologique.
Elle développe aussi des modèles de complexation adaptés à des environnements
radioactifs, apportant une contribution fondamentale à la gestion des
déchets.
Elle participe par
ailleurs à des projets européens et internationaux sur la sûreté des
cycles du combustible nucléaire. Elle est sollicitée dans des comités
d'expertise du CEA et d'organisations comme l'AIEA, pour ses compétences
en physico-chimie des radioéléments. Elle déclare dans un entretien
technique :
« Les actinides
nous forcent à inventer une chimie de l'extrême, où les propriétés
deviennent fonctions du contexte et non plus seulement de la structure.
»
Josiane Serre s'impose
également dans les instances de direction scientifique. En 1965, elle
devient directrice du Laboratoire de chimie physique du CEA Ã Saclay.
À une époque où les femmes sont peu nombreuses à occuper de tels postes,
elle incarne une figure d'autorité scientifique, respectée pour sa compétence
et sa vision stratégique. Elle milite pour une recherche ouverte sur les
applications civiles du nucléaire, notamment dans les domaines de la médecine,
de l'énergie et de l'environnement.
Elle assume aussi
un rôle pédagogique important : enseignante à l'université, encadrante
de thèses, elle contribue à former une génération de chimistes nucléaires.
Elle défend une conception de la science fondée sur la clarté conceptuelle
et l'indépendance d'esprit :
« On ne
transmet pas seulement des méthodes, on transmet une manière d'interroger
la matière et ses lois. »
Dans ses dernières
années, elle participe aux réflexions sur l'éthique de la recherche
nucléaire et sur les limites des savoirs technologiques. Elle insiste
sur la nécessité de combiner l'innovation technique avec une conscience
politique aiguë des implications sociétales de la science. Dans un colloque,
elle déclare :
« Le nucléaire
est un miroir de notre rapport à la puissance : il peut éclairer ou brûler.
»
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