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L'archipel Alexandre
L'archipel Alexandre (angl. Alexander islands) est un chapelet d'environ 1100 îles s'étirant sur près de 500 kilomètres le long de la côte sud-est de l'Alaska, entre Glacier Bay au nord et le Dixon Entrance au sud. Ces îles constituent les sommets émergés d'une portion submergée de la chaîne Côtière, qui plonge brutalement dans l'océan Pacifique. Cette origine explique le relief très accidenté de l'ensemble, avec des montagnes aux pentes raides qui s'élèvent généralement de 900 à 1500 mètres, et dont les axes suivent une orientation nord-ouest/sud-est, en continuité avec les reliefs continentaux. L'île du Prince-de-Galles, la plus vaste, mesure environ 225 kilomètres de long sur 65 kilomètres de large, mais sa largeur se réduit parfois à quelques kilomètres seulement là où des fjords opposés se font face. Plus au nord, les îles Chichagof, Baranof et l'île de l'Amirauté forment des massifs montagneux isolés, séparés du continent par des détroits profonds comme le Chatham Strait ou le Frederick Sound. L'île Kruzof, à l'ouest de Baranof, abrite le mont Edgecumbe, le seul volcan du sud-est de l'Alaska.

Le trait géographique le plus marquant de l'archipel est son littoral d'une complexité extrême, résultat d'une histoire glaciaire intense. L'ensemble forme un labyrinthe de chenaux profonds, de fjords et de bras de mer qui isolent les îles les unes des autres et les séparent du continent. Ces chenaux, dont beaucoup atteignent des profondeurs de 180 à 730 mètres, constituent le Passage Intérieur, une voie navigable abritée mais parsemée de récifs et de courants de marée violents, comme en témoigne le nom du Peril Strait entre Chichagof et Baranof. La configuration dendritique de certaines îles, notamment Kuiu, illustre à quel point l'érosion glaciaire a découpé le territoire. Cette morphologie se traduit par des chiffres saisissants : pour une longueur totale de moins de 500 kilomètres, l'archipel totalise environ 29 000 kilomètres de côtes, plus de 10 000 estuaires et 22 128 kilomètres de cours d'eau. Le littoral alterne falaises rocheuses, caps battus par les vagues, plages étroites et vastes zones humides formées par les plaines alluviales des rivières les plus importantes . Les fonds marins eux-mêmes présentent une topographie en cuvettes et en seuils, piégeant parfois les eaux profondes entre les îles.

Le climat de l'archipel est de type maritime tempéré froid, avec une faible amplitude thermique saisonnière et des précipitations abondantes, tombant principalement sous forme de pluie. Les moyennes annuelles varient de 1 à 8 °C, et les précipitations peuvent atteindre 76 à 559 centimètres par an selon les secteurs, les zones nord étant généralement plus sèches et plus froides. Cette humidité constante, associée à des étés frais, entretient une forêt pluviale tempérée dense et sempervirente, composée principalement de pruche de l'Ouest et d'épinette de Sitka. La couverture nuageuse et le brouillard sont fréquents une grande partie de l'année. La limite des arbres se situe généralement entre 450 et 900 mètres d'altitude, au-delà de laquelle s'étendent des communautés subalpines et alpines.

L'histoire géologique récente de l'archipel est dominée par la dernière grande glaciation. Lors du dernier maximum glaciaire local, il y a environ 20 000 à 17 000 ans, l'ensemble de la région était recouvert par la calotte glaciaire de la Cordillère, et aucune preuve de terrain libre de glace n'a été trouvée au-dessus du niveau marin actuel. Les datations cosmogéniques indiquent que le nord de l'archipel s'est libéré des glaces vers 15 100 ans, et la côte externe du sud vers 16 300 ans. Cette glaciation a profondément marqué le paysage : elle a surcreusé les vallées fluviales préglaciaires pour former les fjords actuels, et abandonné des dépôts morainiques aujourd'hui largement remaniés ou recouverts par des colluvions et alluvions qui constituent environ 90 % des sols actuels. Une couche de cendres volcaniques d'épaisseur variable, issue d'activités volcaniques holocènes, recouvre également une grande partie des paysages du sud-est et du nord-oues. Le socle rocheux est composé de roches sédimentaires stratifiées du Paléozoïque, du Mésozoïque et du Tertiaire inférieur, ainsi que de roches intrusives crétacées et tertiaires, exposées sur les pentes raides et les crêtes.

L'archipel compte environ 37 000 habitants répartis de manière très inégale, avec une forte concentration dans quelques villes côtières et de vastes étendues presque désertes. Les populations autochtones sont les Tlingit et les Haïda Kaigani, rejoints au XIXe siècle par les Tsimshian sur l'île Annette. Le mode de vie traditionnel reposait sur la pêche intensive au saumon, la chasse au gibier et la cueillette, avec des villages permanents construits en planches de cèdre rouge et ornés de mâts totémiques. 

Aujourd'hui, la population se concentre dans quelques centres urbains. Ketchikan, sur l'île Revillagigedo, est la ville la plus peuplée avec environ 13 950 habitants au recensement de 2000, vivant principalement de la pêche, des conserveries, de l'exploitation forestière et du tourisme. Sitka, sur l'île Baranof, comptait 8881 habitants en 2010 et fut autrefois la capitale de l'Amérique russe sous le nom de Novo-Arkhangelsk. Wrangell, sur l'île du même nom, compte environ 2400 habitants. Sur l'île du Prince-de-Galles, la plus vaste de l'archipel, environ 6 000 personnes vivent dispersées dans de petites communautés. L'île Chichagof abrite environ 1500 habitants, principalement à Hoonah (environ 1000 personnes), Pelican (200), Tenakee Springs (100) et Elfin Cove (50). L'île de l'Amirauté ne compte que 650 habitants. À l'inverse, certaines îles comme Kuiu (10 habitants), Etolin (15) ou Dall (20) sont quasi désertes. Cette répartition traduit une économie littorale : les communautés se sont implantées sur des sites abrités, à l'embouchure de cours d'eau riches en saumon ou près de mouillages sûrs pour la navigation.

L'économie contemporaine repose sur trois piliers principaux : la pêche et la transformation des produits de la mer, l'exploitation forestière et le tourisme. La pêche commerciale, notamment celle du saumon, du flétan et du crabe, reste une activité centrale, avec des ports majeurs comme Ketchikan et Sitka. L'industrie du bois, historiquement dominante avec la présence de scieries et d'usines de pâte à papier, a décliné mais demeure présente dans certaines zones. Le tourisme s'est fortement développé, porté par les croisières sur le Passage Intérieur et la fréquentation des parcs nationaux et forêts domaniales. L'exploitation minière, autrefois active pour l'or, l'argent et le plomb-zinc, subsiste de manière marginale. L'île Dall, par exemple, abrite une petite activité d'extraction de calcaire. Cette économie reste fragile et saisonnière, dépendante de ressources naturelles vulnérables et de marchés extérieurs.

L'organisation administrative et les services publics reflètent la dispersion géographique. La majeure partie de l'archipel est incluse dans la forêt nationale Tongass, ce qui limite l'expansion urbaine et encadre l'usage des terres. Certaines zones sont organisées en boroughs (équivalents de comtés), comme le Ketchikan Gateway Borough ou le Greater Sitka Borough, tandis que d'autres dépendent directement de l'État de l'Alaska. Les transports constituent un enjeu majeur : la plupart des îles ne sont accessibles que par bateau ou par avion, et le réseau routier est limité à quelques axes locaux, notamment sur l'île Revillagigedo et l'île du Prince-de-Galles. Des campements mobiles sur barges sont utilisés pour l'exploitation forestière dans les zones dépourvues de routes. Le Passage Intérieur, qui serpente entre les îles, demeure l'axe vital de communication maritime pour les personnes et les marchandises. Cette insularité et cet isolement structurent profondément la vie quotidienne des habitants, entre dépendance aux liaisons maritimes et aériennes et sentiment d'appartenance à une région côtière singulière.

L'histoire de l'archipel Alexandre.
Les recherches archéologiques menées dans les grottes calcaires de l'île du Prince-de-Galles, notamment le site 49-PET-408, ont livré des ossements humains datés d'environ 9800 ans avant le présent, ce qui constitue la plus ancienne preuve fiable de présence humaine en Alaska. Ces populations autochtones ont développé une culture maritime sophistiquée, fondée sur la pêche au saumon, la chasse au gibier marin et terrestre, et une organisation sociale complexe en clans matrilinéaires. Les Tlingit, répartis en deux moitiés exogames (Corbeau et Aigle), occupaient l'ensemble de l'archipel, tandis que les Haïda Kaigani, originaires des îles de la Reine-Charlotte, ont migré vers le sud de l'île du Prince-de-Galles au début du XVIIIe siècle. Leur art, notamment la sculpture sur bois et les mâts totémiques, reste un héritage culturel majeur de la région.

L'exploration européenne de l'archipel débute en 1741 avec le navigateur russe Aleksei Chirikov, qui aperçoit les côtes des îles Noyes et Baker, au large de l'île du Prince-de-Galles, ainsi que celles de Baranof, Chichagof, Kruzof et Yakobi. En 1774, l'Espagnol Juan José Pérez Hernández sighte la côte sud de l'île Dall, suivi l'année suivante par Juan Francisco de la Bodega y Quadra, qui pénètre dans la baie Bucareli au large de l'île du Prince-de-Galles. En 1792, Jacinto Caamaño explore l'île Revillagigedo et les îles Gravina, et découvre le détroit de Clarence. George Vancouver et ses hommes réalisent entre 1793 et 1794 une reconnaissance extensive de l'archipel, faisant le tour des îles Revillagigedo et de l'Amirauté, cartographiant l'intégralité de l'île Kuiu, les côtes orientales de Baranof et Chichagof, ainsi que les îles Etolin, Wrangell, Zarembo, Mitkof et Kupreanof. Au cours de la décennie suivante, les Russes franchissent le Peril Strait, qui sépare Chichagof de Baranof, et découvrent progressivement les détroits et passages séparant les autres îles principales.

L'archipel devient au début du XIXe siècle un foyer majeur du commerce maritime des fourrures, attirant Russes, Britanniques et Américains en quête de peaux de loutre de mer. Le contrôle de la région passe de la Russie aux États-Unis en 1867 avec l'achat de l'Alaska. C'est précisément cette année-là que le US. Coast and Geodetic Survey attribue le nom d'archipel Alexandre à l'ensemble insulaire, en hommage au tsar Alexandre II de Russie. Sur les cartes russes antérieures, notamment celle de 1860, le groupe d'îles était désigné sous le nom d'archipel du roi George III. À la fin du XIXe siècle, les Tsimshian, venus de Colombie-Britannique, s'installent sur l'île Annette, ajoutant une nouvelle composante culturelle à la région.

Tout au long du XXe siècle, l'archipel voit se développer ses industries extractives et halieutiques, avec la pêche commerciale, l'exploitation forestière et les conserveries comme piliers économiques, tandis que le tourisme s'affirme progressivement comme une activité majeure. La création de la forêt nationale Tongass, qui englobe la majeure partie des îles, a profondément marqué la gestion du territoire et l'organisation spatiale de l'archipel.



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