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Le
Nagaland,
situé dans le nord-est de l'Inde ,
est un État enclavé entre l'Assam à l'ouest
et au nord, l'Arunachal Pradesh
au nord-est, la Birmanie à l'est et le Manipur
au sud. Il couvre une superficie d'environ 16 579 km² et est majoritairement
montagneux, avec des altitudes variant de 200 à plus de 3000 mètres.
La chaîne de Naga Hills traverse la région, culminant au mont Saramati
(3826 mètres). Les rivières comme la Doyang, la Dikhu et la Tizu irriguent
la région, formant de profondes vallées.
Le climat
est de type subtropical humide, avec des moussons
marquées entre juin et septembre. Les hivers sont froids et secs, tandis
que les étés sont modérément chauds. La végétation est dense et composée
majoritairement de forêts tropicales et subtropicales,
abritant une biodiversité remarquable. Le sol est peu fertile à cause
de la forte pente et de la déforestation liée à la culture sur brûlis
(jhum), encore pratiquée par les tribus locales.
La population du
Nagaland est composée majoritairement de groupes tribaux d'origine tibéto-birmane,
collectivement appelés les Nagas. Il existe plus de 16 tribus majeures,
chacune ayant sa langue et sa culture propres, notamment les Ao, Angami,
Sema, Lotha, et Konyak. L'anglais est la langue officielle, mais de nombreuses
langues nagas sont parlées localement.
Histoire.
Le Nagaland a été
longtemps une région isolée du sous-continent indien, habitée par des
communautés tribales autonomes, souvent guerrières, vivant dans des villages
fortifiés. Jusqu'au XIXe siècle, les
Nagas avaient peu de contact avec les mondes extérieurs. Ce n'est qu'au
cours de la colonisation britannique que la région fut explorée et, en
partie, administrée. Les Britanniques intégrèrent progressivement les
collines Naga à la province de l'Assam, et établirent des postes militaires
pour pacifier les tribus réputées farouches.
Au XXe
siècle, les influences extérieures s'intensifièrent, notamment avec
l'arrivée de missionnaires chrétiens américains à la fin du XIXe
siècle, ce qui entraîna une conversion massive des Nagas au christianisme,
particulièrement au protestantisme, modifiant radicalement leur société.
Pendant la Seconde Guerre mondiale,
le Nagaland fut un théâtre d'opérations majeur de la campagne de Birmanie.
La célèbre bataille de Kohima en 1944 entre les troupes britanniques
et japonaises est souvent considérée comme un tournant de la guerre en
Asie du Sud-Est.
Après l'indépendance
de l'Inde en 1947, les Nagas exprimèrent leur volonté de rester indépendants.
Le National Socialist Council of Nagaland (NSCN) et d'autres groupes insurgés
militèrent pour la souveraineté, menant à plusieurs décennies de conflit
avec l'État indien. Une rébellion armée se développa dès 1956, et
l'Indian Armed Forces furent déployées. Le Nagaland obtint le statut
d'État à part entière le 1er décembre
1963, devenant le 16e État de l'Union
indienne. Un accord de paix partiel, le "Shillong Accord", fut signé en
1975 mais ne mit pas fin aux tensions.
Depuis les années
1990, plusieurs pourparlers ont été engagés entre le gouvernement indien
et les groupes indépendantistes, avec des cessez-le-feu intermittents.
Le processus de paix est encore en cours. Malgré cette instabilité historique,
le Nagaland a connu des avancées en matière d'éducation et de gouvernance,
et la capitale, Kohima, ainsi que la ville de Dimapur, sont devenues des
centres administratifs et commerciaux importants.
Principales villes
et principaux sites historiques du Nagaland
| •
Kohima,
capitale du Nagaland, est située dans les collines au sud de l'État,
à environ 1444 mètres d'altitude. C'est à la fois le centre politique
et culturel des Angamis, l'une des principales tribus nagas. Son nom dérive
du mot Kewhira, qui signifie "le pays des fleurs Kewhi". Kohima
est connue pour la célèbre bataille du même nom en 1944, lorsque les
forces britanniques et indiennes repoussèrent l'invasion japonaise, marquant
un tournant de la campagne birmane durant la Seconde Guerre mondiale. Le
Kohima War Cemetery, entretenu par la Commonwealth War Graves Commission,
est un site de mémoire historique et internationalement reconnu. Il contient
l'épitaphe poignante : "When you go home, tell them of us and say, for
your tomorrow, we gave our today."
• La ville abrite
également le State Museum of Nagaland, qui présente des objets traditionnels,
des armes, des coiffes de guerre, des instruments de musique, des textiles
et des représentations des 16 principales tribus. Le festival de Hornbill,
organisé chaque année en décembre à Kisama Heritage Village près de
Kohima, est un rassemblement majeur qui présente la culture, la danse,
la gastronomie et les rituels guerriers nagas. Le village de Khonoma, Ã
proximité, est un modèle d'écotourisme communautaire et possède une
histoire de résistance armée contre les Britanniques au XIXe
siècle. Il est également célèbre pour sa gestion durable des ressources
forestières.
• Dimapur,
la plus grande ville et le principal centre commercial du Nagaland, se
situe dans une plaine traversée par la rivière Dhansiri, ce qui en fait
un contraste géographique avec les régions montagneuses environnantes.
C'est aussi la seule ville de l'État dotée d'un aéroport et d'un réseau
ferroviaire. D'un point de vue historique, Dimapur était la capitale de
l'ancien royaume kachari (ou Dimasa), qui s'est développé entre le XIIIe
et le XVIe siècle. Les ruines kachari
à Dimapur, constituées de piliers cylindriques, de plates-formes et de
fondations en pierre, sont parmi les rares vestiges architecturaux pré-coloniaux
du Nagaland. Ces structures mégalithiques, probablement à usage rituel
ou funéraire, témoignent d'une civilisation disparue influencée par
les styles du Brahmapoutre inférieur.
• Mokokchung,
au nord-est de Kohima, est le centre culturel des Ao Nagas, une tribu influente
dans l'histoire religieuse et intellectuelle de l'État. La ville est réputée
pour sa tradition de débat politique, ses églises, et son rôle dans
la diffusion du christianisme protestant au XIXe
siècle à la suite de l'arrivée des missionnaires américains. Des villages
alentours comme Ungma et Mopungchuket conservent des musées communautaires,
des maisons traditionnelles et des objets liés aux anciens rituels animistes. |
•
Tuensang,
à l'est, est une ville stratégique proche de la frontière birmane, dans
une région historiquement marginalisée. Elle est habitée par plusieurs
tribus orientales comme les Chang, Yimkhiung et Sangtam. La région est
culturellement très riche, avec des rituels encore vivants liés aux cycles
agricoles et aux esprits ancestraux. Bien que moins urbanisée, Tuensang
abrite des marchés tribaux et des festivals traditionnels comme le Tsungremong
ou le Monyu. Des objets artisanaux rares, notamment des bijoux en os et
des tissus teints naturellement, y sont encore produits.
• Wokha,
dans la région centrale, est le territoire des Lotha Nagas. Cette ville
est entourée de collines boisées et de cultures en terrasse. Le festival
Tokhu Emong, organisé ici, est l'un des plus colorés du Nagaland. Wokha
est aussi associée à des pratiques agricoles traditionnelles remarquables,
telles que les systèmes communautaires de gestion de l'eau et du sol.
On y trouve des pierres commémoratives, des dolmens et des "monolithes
de victoire" érigés par les guerriers ayant accompli des exploits.
• Mon, ville
située dans l'extrême nord-est, est au coeur du pays des Konyaks, réputés
historiquement pour leur culture guerrière et leur art du tatouage facial.
Les Konyaks étaient autrefois des chasseurs de têtes, et certains anciens
portent encore les marques de ce passé. Le village de Longwa, à cheval
entre l'Inde et le Myanmar, est célèbre pour son chef traditionnel dont
la maison se trouve à la frontière internationale. Cette localité offre
un aperçu unique de l'organisation sociale traditionnelle des Nagas, avec
des loges communautaires (morungs) richement sculptées et des armes
tribales anciennes.
• Zunheboto
est la capitale des Sumi Nagas, tribu connue pour ses chants polyphoniques,
ses danses rituelles et sa ferveur religieuse chrétienne. La ville abrite
l'une des plus grandes églises baptistes d'Asie du Sud, le Zunheboto Sumi
Baptist Church. Les villages voisins conservent des objets traditionnels
et des témoignages sur l'histoire de l'arrivée des premiers missionnaires
au début du XXe siècle.
• Les sites
archéologiques du Nagaland sont peu explorés de manière scientifique,
mais les villages traditionnels renferment des structures mégalithiques,
des artefacts en pierre et des bois sculptés qui constituent un patrimoine
matériel important. Les maisons communautaires (morungs), les pierres
de clan, les pierres sacrificielles et les objets rituels sont considérés
comme éléments historiques vivants, souvent transmis sans écriture mais
avec une précision orale remarquable. |
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