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Françoise de Graffigny

Françoise d'Issembourg du Buisson d'Happoncourt, connue sous le nom de Françoise de Graffigny, est une écrivaine née le 11 février 1695 à Nancy, dans le duché de Lorraine, et mort le 12 décembre 1758 à Paris. Ses oeuvres se caractérisent par une alliance entre sensibilité et critique sociale, par une attention constante à la voix et à l'expérience des femmes, et par une volonté d'utiliser la littérature comme instrument de réflexion morale et de transformation des regards. Longtemps relativisée dans l'histoire littéraire, Françoise de Graffigny est aujourd'hui reconnue comme une figure importante de la littérature féminine du XVIIIe siècle.

Issue d'une petite noblesse lorraine appauvrie, elle grandit dans un milieu cultivé mais économiquement fragile, ce qui marquera durablement son rapport à l'indépendance matérielle et à la condition féminine. Son éducation est relativement soignée pour une jeune fille de son milieu, notamment grâce à sa proximité avec la cour du duc Léopold de Lorraine. Elle se marie en 1712 avec François Huguet de Graffigny, un chambellan du duc. Le mariage s'avère rapidement malheureux : son époux est décrit comme violent, infidèle et dépensier. Après plusieurs années de tensions et d'épreuves, elle se sépare de lui vers 1725, une décision difficile dans le contexte social de l'époque, qui expose une femme séparée à la précarité et à la réprobation. Cette rupture constitue néanmoins un tournant décisif vers une vie plus autonome sur le plan intellectuel.

À partir des années 1730, elle fréquente les milieux littéraires lorrains, puis parisiens. Elle séjourne un temps à la cour de Lunéville, autour de la duchesse Élisabeth-Charlotte d'Orléans, où elle rencontre des figures importantes de la vie intellectuelle. En 1738, elle s'installe à Paris, où elle s'intègre progressivement aux cercles des philosophes et des gens de lettres. Elle entretient des relations avec Voltaire, qui la soutient à ses débuts, avec François-Antoine Devaux (son ami intime et correspondant), ainsi qu'avec d'autres écrivains et salons importants. 

Sa correspondance, abondante et d'une grande vivacité, constitue aujourd'hui une source majeure pour comprendre la sociabilité littéraire du XVIIIe siècle. Publiées bien après sa mort, ses lettres, notamment celles adressées à Devaux, offrent de ce point de vue un témoignage d'une richesse exceptionnelle. Elles révèlent une observatrice lucide, volontiers ironique, parfois inquiète face à sa situation matérielle, mais toujours attentive aux débats intellectuels de son temps. Cette correspondance éclaire également les conditions concrètes d'existence d'une femme de lettres, ses stratégies pour être reconnue, ses réseaux et les obstacles auxquels elle se heurte.

Sa notoriété repose principalement sur son roman épistolaire Lettres d'une Péruvienne, publié en 1747. L'ouvrage connaît un succès considérable. À travers  les lettres que Zilia, une jeune Inca enlevée lors de la conquête du Pérou et transportée en Europeq adresse à son fiancé resté au pays, puis à ses correspondants français, se construit un double regard : celui d'une étrangère découvrant la société européenne, et celui d'une femme réfléchissant sur sa propre situation. Graffigny propose une critique aiguë des moeurs françaises et européennes, de l'hypocrisie sociale, de l'arbitraire des hiérarchies et du manque d'éducation accordé aux femmes. Le roman s'inscrit dans la tradition du regard étranger utilisé comme instrument critique, tout en développant une sensibilité originale et une réflexion marquée sur la liberté, l'éducation et l'autonomie intellectuelle et affective des femmes, en refusant le dénouement amoureux conventionnel et en privilégiant l'idée d'une indépendance conquise par la connaissance. Le succès du livre est tel qu'il est rapidement réédité, traduit et largement commenté en Europe.

Son activité théâtrale est dominée par la comédie Cénie, créée à la Comédie-Française en 1750. La pièce aborde des thèmes chers au théâtre moral du XVIIIe siècle, tels que la vertu, la sensibilité et la justice sociale. L'intrigue repose sur des malentendus familiaux et sur la reconnaissance finale d'une filiation, mais l'intérêt principal réside dans la valorisation de la sensibilité, de la vertu et de la bienveillance face aux préjugés sociaux. L'autrice y défend une conception plus humaine des rapports sociaux, en critiquant implicitement les rigidités de la hiérarchie et l'injustice faite aux individus d'origine modeste. La réception fut suffisamment favorable pour assurer à Françoise de Graffignu une reconnaissance institutionnelle rare pour une femme de son temps. 

Elle compose également d'autres pièces de théâtre, dont La Fille d'Aristide, restée inédite de son vivant et jouée seulement au XXe siècle. Cette oeuvre prolonge sa réflexion sur la vertu, la morale et la condition féminine, en mettant en scène une héroïne confrontée aux contraintes de l'autorité paternelle et aux normes sociales. On y retrouve la sensibilité et l'exigence morale caractéristiques de son écriture, ainsi qu'une attention particulière aux conflits intérieurs des personnages féminins.

La fin de sa vie est marquée par des difficultés financières persistantes, malgré sa renommée, ainsi que par des problèmes de santé. Elle continue toutefois à écrire et à entretenir une correspondance active. 

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