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| Roland
Dorgelès
(Roland Lecavelé) est un écrivain
né le 15 juin 1885 à Amiens, et mort
le 18 mars 1973 à Paris. Il a laissé
une oeuvre abondante, aujourd'hui surtout retenue pour Les Croix de bois,
qui demeure un texte majeur de la littérature de guerre et un témoignage
essentiel sur l'expérience des soldats de la Grande
Guerre. Son parcours illustre celui d'un écrivain profondément marqué
par l'histoire de son temps, soucieux de transmettre la mémoire collective
et convaincu que la littérature doit rester proche de la vie et des hommes
ordinaires.
Son père, employé de l'administration, meurt alors qu'il est encore enfant. Il passe une partie de son enfance dans le nord de la France avant de s'installer à Paris, où il poursuit des études secondaires sans réelle vocation universitaire. Très tôt attiré par la vie littéraire et artistique, il fréquente les milieux bohèmes de Montmartre et du Quartier latin, où il se lie avec des poètes, des peintres et des chansonniers. Cette immersion dans le Paris des cabarets, des journaux satiriques et de l'avant-garde façonne son goût pour l'observation ironique et pour une écriture accessible, nourrie par le réel. Avant la Première Guerre mondiale, Dorgelès se fait connaître comme journaliste et chroniqueur. Il collabore à plusieurs journaux et revues, écrivant des articles humoristiques, des portraits et des récits inspirés de la vie parisienne. Son style, vif et imagé, lui vaut une certaine notoriété dans le milieu littéraire, sans toutefois lui apporter une reconnaissance majeure. Comme beaucoup de jeunes hommes de sa génération, il est mobilisé en 1914 et connaît l'expérience directe du front. Incorporé dans l'infanterie, il vit les tranchées, la peur quotidienne, la camaraderie des soldats et l'absurdité meurtrière de la guerre moderne. De la guerre naît son livre le plus célèbre, Les Croix de bois, publié en 1919. Le roman, largement autobiographique, décrit avec un réalisme sobre et poignant la vie des poilus, sans héroïsme excessif ni patriotisme aveugle. Le titre évoque les croix provisoires plantées sur les tombes des soldats tombés au combat, symbole de la fragilité de la vie humaine face à la machine guerrière. L'ouvrage connaît un immense succès critique et public, et reçoit le prix Femina la même année. Il s'impose rapidement comme l'un des grands témoignages littéraires sur la Première Guerre mondiale, aux côtés d'oeuvres de Barbusse ou de Genevoix, tout en se distinguant par une écriture plus narrative et accessible au grand public. Le roman connaîtra une postérité cinématographique mémorable : en 1932, le réalisateur Raymond Bernard l'adapte à l'écran, avec le soutien du producteur et ancien combattant Bernard Natan, pour en faire un film pacifiste d'une rare puissance, dont la précision documentaire et la force émotionnelle marquèrent les esprits, allant jusqu'à provoquer des réactions très vives chez les anciens combattants. La même année, Dorgelès publie Le Cabaret de la Belle Femme, une oeuvre qui peut être considérée comme une suite ou un complément aux Croix de bois. Composé de courts récits, dont trois initialement écrits pour son premier roman mais retirés du manuscrit final probablement pour des raisons de censure militaire, ce livre explore à nouveau l'univers des soldats, leurs missions périlleuses, leurs moments de répit et le souvenir des camarades tombés au front. Dorgelès le dédie d'ailleurs à deux de ses compagnons de régiment, l'un survivant et l'autre mort pour la France. Dorgelès aborde aussi d'autres registres, à l'image de Saint Magloire, paru en 1922. Ce roman, considéré comme l'une de ses oeuvres les plus pathétiques, s'éloigne des tranchées pour raconter l'histoire de Magloire Dubourg, une sorte de "saint vivant" de retour d'Afrique dont la pureté et les élans vers la perfection se heurtent au rejet et à l'incompréhension de sa famille et de la société. L'ouvrage a été lu comme une transposition l'échec de la révolution morale dont rêvait l'auteur. Grand voyageur, Roland Dorgelès parcourt l'Asie, l'Afrique et le Moyen-Orient, rapportant de ses périples des récits où se mêlent observation journalistique et sens du romanesque. Sur la route mandarine, publié vers 1925, par exemple, témoigne de cet appétit pour l'ailleurs, et emmène le lecteur sur les chemins de l'Asie. Son écriture reste marquée par une volonté de clarté et de sincérité, privilégiant l'émotion et le témoignage plutôt que l'expérimentation formelle. Dans l'entre-deux-guerres, Dorgelès occupe également une place importante dans la vie institutionnelle des lettres françaises. Il est élu à l'Académie Goncourt en 1929 et en devient plus tard président. À ce poste, il défend une conception relativement traditionnelle de la littérature, attachée au récit, au style lisible et à l'ancrage dans l'expérience humaine. Cette position le conduit parfois à s'opposer aux courants littéraires plus novateurs, notamment au Nouveau Roman après la Seconde Guerre mondiale, qu'il juge trop abstrait et coupé du réel. Enfin, la Seconde Guerre mondiale offre à Dorgelès l'occasion d'un nouveau témoignage. Correspondant de guerre en 1939-1940, il relate son expérience dans une trilogie composée de Retour au front (1940), Carte d'identité (1945) (ce dernier étant un récit de l'Occupation) et Bleu horizon (1949). Mais son attitude pendant Pendant l'Occupation, lui vaudra des critiques et des controverses. Bien qu'il ne soit pas considéré comme un collaborateur actif, certaines de ses prises de position et de ses activités publiques seront jugées ambiguës après la Libération, ternissant partiellement son image. Néanmoins, il continue à écrire et à publier dans les décennies suivantes, tout en voyant sa notoriété progressivement décliner au profit de nouvelles générations d'écrivains. Ce cette période, on retiendra encore Bouquet de Bohème (1947), dans lequel il renoue avec la nostalgie de sa jeunesse, évoquant le Montmartre artistique et libertaire du début du siècle, celui qu'il fréquentait avant-guerre avec des figures comme Apollinaire, Picasso ou Modigliani. Cette veine autobiographique et mémorielle se poursuit avec des ouvrages comme Montmartre, mon pays, qui ancre définitivement son attachement à ce village parisien devenu un mythe. |
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