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Henri
Barbusse
est un écrivain né le 17 mai
1873 à Asnières-sur-Seine et mort
le 30 août 1935 à Moscou, en URSS.
Il a laissé l'image d'un écrivain profondément marqué par la guerre,
qui a fait de la littérature un instrument de témoignage, de dénonciation
et d'engagement. Si son œuvre est aujourd'hui principalement retenue pour
Le
Feu, elle demeure essentielle pour comprendre le lien entre expérience
combattante, pacifisme et radicalisation politique dans l'Europe du XXe
siècle.
Il grandit dans une
famille cultivée, ouverte aux arts et aux idées. Son père, journaliste
et dramaturge d'origine française, et sa mère, d'origine anglaise, lui
donnent une éducation bilingue et l'initient très tôt à la littérature.
Il suit des études secondaires à Paris, puis fréquente les milieux symbolistes
de la fin du XIXe siècle. Jeune homme,
il se passionne pour la poésie et publie dès les années 1890 des recueils
marqués par l'esthétique symboliste, où dominent la musicalité, l'introspection
et une sensibilité parfois sombre. Cette première période de sa carrière
le fait reconnaître dans les cercles littéraires, sans toutefois toucher
un large public.
Avant la Première
Guerre mondiale, Barbusse mène une vie d'écrivain et de journaliste.
Il collabore à plusieurs revues, écrit des critiques littéraires et
s'essaie au roman. Son oeuvre de cette époque témoigne déjà d'une réflexion
morale et humaniste, nourrie par une attention portée à la condition
humaine et à la souffrance. Son premier recueil de poèmes,
Les Pleureuses
(1895), baigne dans une mélancolie teintée de symbolisme, dépeignant
les épreuves de l'existence. Cette veine pessimiste se poursuit dans ses
premiers romans, Les Suppliants (1903) et surtout L'Enfer
(1908). Ce dernier ouvrage est une oeuvre saisissante et singulière :
il décrit, à travers le trou d'une serrure, la vie d'une chambre d'hôtel
observée par un employé de banque. Barbusse y livre une vision impitoyable
de la société, monrant sans fard l'amour, la mort, l'hypocrisie religieuse
et la décadence artistique, dans un monde qu'il perçoit comme une géhenne
sans issue
Lorsque la guerre
éclate en 1914, bien qu'ayant plus de quarante ans et une santé fragile,
il s'engage volontairement dans l'armée française. Il est affecté comme
simple soldat dans l'infanterie et connaît directement la vie des tranchées,
le froid, la boue, les bombardements et la mort omniprésente. Cette expérience
brutale bouleverse profondément sa vision du monde.
De cette épreuve
naît son chef-d'oeuvre, Le Feu, journal d'une escouade, publié
en 1916 et qui obtiendra le prix Goncourt la même année. Se présentant
comme le journal d'une escouade de soldats ("poilus"), il dépeint avec
un réalisme cru, parfois qualifié de naturaliste, le quotidien des hommes
: la boue, la peur, la camaraderie, l'absurdité des assauts et l'horreur
des corps mutilés. Loin des récits héroïques, Le Feu est une
accusation puissante et sans précédent de la guerre.
L'ouvrage connaît
un retentissement international majeur et devient un modèle pour toute
une génération d'écrivains marqués par le conflit. Il influencera
profondément des auteurs comme Ernest Hemingway
ou Erich Maria Remarque. Bien que sa genèse et sa réception soient complexes
(l'ouvrage ayant d'abord été perçu comme un soutien à l'effort de guerre
avant de devenir un manifeste pacifiste universel), Le Feu reste
le témoignage littéraire le plus emblématique de l'horreur des tranchées,
et contribue à faire de Barbusse une figure intellectuelle majeure de
son temps.
Après la guerre,
Barbusse poursuit sa description des conséquences du conflit avec Clarté
(1919). Ce roman décrit l'itinéraire de Simon Paulin, un petit-bourgeois
aux idées étroites, dont l'expérience du front bouleverse la conscience.
En découvrant l'iniquité du monde, où les sacrifices des soldats contrastent
avec l'enrichissement des profiteurs à l'arrière, il s'éveille à une
conscience révolutionnaire et appelle à "briser les chaînes, supprimer
tous les privilèges". L'oeuvre, saluée par Lénine
pour son témoignage sur l'éveil des masses, marque l'engagement politique
croissant de son auteur.
Barbusse milite pour
la réconciliation entre les peuples et fonde l'Association républicaine
des anciens combattants, qu'il utilise comme tribune contre le militarisme
et le nationalisme. Son pacifisme évolue progressivement vers un engagement
révolutionnaire. Cet engagement le conduit à fonder le mouvement Clarté
et à rejoindre le Parti communais en 1923. Dès lors, son activité littéraire
est indissociable de son action militante. Il écrit des essais, des articles
et des pamphlets où il défend l'internationalisme,
la lutte des classes et l'espoir d'un monde libéré de l'exploitation.
Son style, autrefois poétique et introspectif, se fait plus direct, plus
didactique, au service de ses convictions. Cette évolution lui vaut Ã
la fois une grande influence dans les milieux militants et de vives critiques
dans le monde littéraire, certains lui reprochant de sacrifier la création
artistique à la propagande.
On peut citer le
roman Les Enchaînements (1924), qui retrace une fresque de l'oppression
à travers les âges, ou des essais comme Paroles d'un combattant
(1920). Ses dernières oeuvres majeures sont des biographies engagées
: Zola (1932), où il voit dans le défenseur de Dreyfus
un précurseur de l'intellectuel révolutionnaire, et surtout Staline
(1935), paru l'année de sa mort. Cet ouvrage, écrit après un séjour
en Union soviétique où il a eu accès aux archives et à l'entourage
du dictateur, est une hagiographie en bonne et due forme. Barbusse y dresse
le portrait d'un "nouveau monde vu à travers un homme", dépeignant Staline
comme le "grand frère" bienveillant, le "Sauveur" inflexible et flexible
comme l'acier, qui "sauvera" et conduit 170 millions d'êtres vers l'avenir
radieux. Cette apologie est aujourd'hui considérée comme l'une des pages
les plus controversées de l'écrivain. |
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