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Les Lois, de Platon

Le dialogue des Lois est un traité politique de Platon. Il a, pour l'histoire de la législation grecque, une importance capitale, mais il suffira de signaler ici les traits spéciaux, qui le rendent particulièrement intéressant au point de vue philosophique. Les personnages  sont trois vieillards : le Crétois Clinias, le Lacédémonien Mégillus et un Athénien anonyme (évidemment Platon lui-même); ses interlocuteurs n'ont aucune prétention philosophique et lui laissent le champ libre. L'ouvrage a, d'ailleurs, un caractère nettement exotérique et, malgré la part d'utopie qui s'y mêle, on y reconnaît beaucoup plutôt la tendance pratique de constituer une forme de gouvernement politique en corrigeant les institutions doriennes par la législation ionienne, que celle de transformer une cité comme celle d'Athènes sur le modèle de Sparte ou de Cnossos.
• Dans le livre IIl, qui contient un remarquable aperçu philosophique sur l'histoire de l'humanité, Platon semble admettre (comme le fera plus tard Aristote) qu'elle n'a pas commencé, mais qu'à des intervalles successifs, la civilisation a été anéantie par des cataclysmes.

• Au livre IV (préambule des lois), le divin est substitué à l'idée du bien de la République, comme modèle auquel l'humain doit s'efforcer de ressembler; cette substitution semble bien n'être qu'une adaptation exotérique de la doctrine, de même que la plupart des divergences analogues qu'on peut relever entre les deux écrits. 

• Livre V, l'injustice est présentée comme résultant d'une ignorance et comme plus digne de pitié que de colère. 

• Le livre X renferme une réfutation de l'athéisme, fondée en dernière analyse sur l'antériorité de l'âme par rapport au corps. L'âme est définie comme la substance qui peut se mouvoir elle-même; tout mouvement suppose un premier moteur, donc une âme. Le monde et les astres sont, dès lors, animés, et la révolution diurne est dirigée par l'âme suprême, principe de l'ordre dans le cosmos. En somme, c'est l'argument du premier moteur, tel que le développera aussi Aristote. Mais à côté de l'âme bonne du monde, Platon semble admettre une âme mauvaise, principe du désordre, ce qui peut encore n'être qu'une adaptation exotérique de l'idée du différent (to heteron), telle qu'elle apparaît dans le Timée. Les âmes sont posées comme immortelles et comme récompensées ou punies suivant leurs mérites ou démérites, par une ascension ou une descente dans l'échelle des êtres vivants, ce que règle la divinité suprême.

• La fin du XIIe livre, où reparaît la doctrine des idées, est suspecte, et peut avoir été ajoutée par Philippe d'Oponte, pour préparer l'Epinomis.

La théologie de Platon, telle qu'elle est présentée dans les Lois, tendait à substituer le culte de la sphère céleste et des sept planètes (comme divinités secondaires) à celui des dieux populaires. Mais Platon ne tire nullement cette conséquence; sa législation tend seulement à bannir les superstitions et à interdire le culte privé. L'Epinomis, au contraire, développe un système théologique complet, astrologique, subordonnant aux âmes célestes les dieux populaires et les génies inférieurs. L'exposé commence par un éloge des mathématiques qui conduisent à la counaissance des mouvements célestes, et il semble que l'auteur ait, dans une certaine mesure au moins, voulu faire jouer aux nombres le rôle des idées platoniciennes. 

En résumé, les Lois ne témoignent d'aucun changement sérieux dans les convictions politiques de Platon; seulement, au communisme partiel de la République, il a sciemment substitué une autre utopie, l'égalité des fortunes; s'il a cherché à montrer que la permanence de cette égalité pouvait être obtenue au moyen de dispositions soigneusement calculées, il ne les considère en tout cas comme réalisables que dans une cité très restreinte, non guerrière et non maritime. C'est par une erreur historique que l'on a considéré sa législation sous ce rapport comme imitée de celle de Lycurgue; il est beaucoup plus probable que cette dernière nous a été dépeinte sous des traits en grande partie empruntés à Platon lui-même. Au point de vue proprement philosophique, le caractère exotérique du dernier dialogue platonicien ne permet pas d'affirmer une évolution de la doctrine. Cependant, on doit être frappé de la conception qu'il s'y fait de l'âme, conception qui ne perce en aucune façon dans la République. (P. T.).

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