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L'église
Santa Maria Egiziaca (église Sainte-Marie l'Égyptienne, identifiée
aussi sous les dénominations Santa Maria in Gradellis ou Santa Maria in
Secundicerio), à Rome n'est plus une église
active mais constitue aujourd'hui un site archéologique remarquable intégré
aux vestiges antiques de la ville. Elle se situe sur la Piazza della Bocca
della Verità , dans le rione Ripa, à proximité du Forum Boarium et du
Tibre .
L'origine du bâtiment
remonte à un temple romain du Ier siècle
avant notre ère, construit dans l'aire du Forum Boarium, une zone qui
était l'un des centres commerciaux et religieux de la Rome antique. Ce
temple était dédié à Portunus, divinité
associée aux ports, aux portes et aux troupeaux, et fut fréquemment confondu
à tort avec celui de Fortuna Virilis dans les périodes post-antique.
L'essentiel de la structure encore visible est caractéristique de l'architecture
religieuse romaine classique avec un plan rectangulaire, un portique Ã
colonnes ioniques et un pronaos
élevé sur un haut podium accessible par des marches anciennes.
La transformation
du temple en église chrétienne eut lieu en 872 sous le pape Jean
VIII, lorsqu'un bienfaiteur, Stephanus Stefaneschi, fit démolir la
paroi de la cella et remplir les intercolonnaires
du portique afin de créer un vaste espace intérieur unique propre au
culte chrétien. La dédicace fut donnée à Sainte Marie l'Égyptienne,
une sainte ascétique du Ve siècle, dont
la vie de pénitence et de conversion inspira la dévotion médiévale;
cette dédicace est documentée à partir de la fin du XVe
siècle (1492) et se substitua progressivement à l'appellation plus ancienne
de Santa Maria in Gradellis.
Au cours des siècles
suivants, l'église joua un rôle religieux et communautaire modeste mais
durable. À partir de 1571, elle fut confiée à la communauté catholique
arménienne en compensation de la perte de leur ancienne église du Ghetto;
un hospice et un couvent furent édifiés à côté pour accueillir les
pèlerins arméniens qui visitaient Rome, après décision du pape Pie
V. Le complexe fut plus tard restauré sous le pontificat de Clément
XI (1700-1721), avec l'ajout d'une façade qui masquait la structure
de l'ancien temple.
Au début du XXe
siècle, l'évolution des priorités archéologiques et historiques conduisit
à la désaffectation du lieu de culte : en 1921, le complexe fut séquestré
par l'État italien pour permettre la restauration de l'édifice antique.
L'église fut désacralisée et partiellement démolie, les constructions
médiévales et modernes enlevées, et l'ancien temple antique fut remis
en lumière pour redevenir un monument de l'Antiquité romaine. Les éléments
du mobilier et de la décoration qui pouvaient être déplacés furent
transférés à l'église de San Nicola da Tolentino et d'autres institutions.
Aujourd'hui, ce qui
subsiste montre clairement la superposition des strates historiques romaines
et
chrétiennes : la structure de l'ancien temple avec ses colonnes ioniques
et son podium est de nouveau apparente, tandis que des fragments de fresques
médiévales (représentations de saints et scènes narratives associées
à la Vierge et à Sainte Marie l'Égyptienne) se retrouvent encore enchâssés
dans les parties internes restaurées. L'ensemble offre un témoignage
rare de la manière dont les édifices païens ont été intégrés dans
l'urbanisme médiéval et chrétien de Rome avant d'être révélés Ã
nouveau comme vestiges historiques. |
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