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| La
rivière Körös, Koeroes, Koeroesch ou Criș
en roumain, est un cours d'eau majeur du bassin des Carpates
qui traverse l'est de la Hongrie et l'ouest de
la Roumanie, formant un réseau hydrographique
complexe au coeur de la grande plaine hongroise. Son nom, d'origine ancienne,
apparaît déjà chez l'historien Jordanès au VIe
siècle sous la forme Grisia, tandis que l'empereur byzantin Constantin
Porphyrogénète la mentionne comme Krisios au Xe
siècle.
Ce système fluvial trouve ses sources dans les monts Apuseni (les Monts de Transylvanie) en Roumanie, où naissent trois rivières principales qui lui donnent sa structure particulière. Au sud, le Crișul Alb (Fehér-Körös, ou Körös Blanc) prend sa source dans le massif du Bihor, tandis que le Crișul Negru (Fekete-Körös, ou Körös Noir) descend des pentes du même massif plus au nord. Le Crișul Repede (Sebes-Körös, ou Körös Rapide), quant à lui, constitue le troisième affluent majeur et coule depuis les monts du Mészes. Ces trois cours d'eau traversent les collines de Transylvanie avant de franchir la frontière hongroise pour rejoindre la grande plaine. C'est près de la ville de Gyula, à une altitude d'environ 85 mètres, que le Fehér-Körös et le Fekete-Körös se rejoignent pour former le cours principal, appelé alors Kettős-Körös, c'est-à -dire le "Körös Double". Sur une distance d'environ 37 kilomètres, cette rivière coule vers l'ouest avant d'atteindre Gyomaendrőd, où le Sebes-Körös vient s'y jeter. À partir de cette confluence, la rivière prend le nom de Hármas-Körös, le "Körös Triple", qui poursuit son parcours sur environ 128 kilomètres jusqu'à son embouchure dans la Tisza près de Csongrád. L'ensemble du bassin versant couvre une superficie de près de 27 500 kilomètres carrés, dont environ 53% se trouvent en Roumanie et 47% en Hongrie. Le régime hydrologique de la Körös est marqué par une opposition très nette entre ses zones amont et aval. Dans la partie montagneuse des Carpates, les précipitations atteignent 1000 à 1200 millimètres par an, tandis que dans la plaine hongroise, elles tombent à seulement 500 millimètres. Cette différence se traduit par des crues soudaines et puissantes, les eaux descendant des pentes abruptes pour atteindre la plaine en seulement 24 à 36 heures. Avant les grands travaux d'aménagement, ces crues inondaient des étendues considérables de la plaine jusqu'à la Tisza. Le débit moyen à l'embouchure est d'environ 105 mètres cubes par seconde, mais les variations sont considérables : la crue centennale du Sebes-Körös peut atteindre 1 000 mètres cubes par seconde, tandis que les étiages les plus bas ont été mesurés à -240 centimètres à Kunszentmárton en 1946. La régulation de la Körös constitue un chapitre fondamental de son histoire moderne. Au début du XIXe siècle, les crues dévastatrices menaçaient régulièrement les populations, et c'est après l'inondation catastrophique de 1816 dans la région de Körös-Berettyó que les travaux de régulation furent planifiés par l'ingénieur M. Huszár. Ces aménagements, parmi les plus importants d'Europe au XIXe siècle, transformèrent radicalement le paysage : le lit de la rivière fut raccourci d'un tiers par la création de 266 coupures, des digues furent érigées sur toute la longueur du cours dans la plaine, et les largeurs des lits furent fixées, variant de 114 mètres pour le Fehér-Körös à 379 mètres pour le Hármas-Körös. Cette intervention majeure, qui s'inscrivait dans la grande politique de régulation du Danube et de la Tisza, avait pour objectif de maîtriser les crues et d'assainir d'immenses territoires pour l'agriculture. Cette transformation a eu des conséquences environnementales profondes, notamment sur les forêts alluviales de la vallée. En coupant les bras morts et les zones d'expansion naturelle du fleuve par des digues, les conditions hydrologiques se sont dégradées, entraînant une baisse des nappes phréatiques qui a menacé la survie des forêts riveraines (Fraxino pannonicae-Ulmetum). Pour remédier à cette situation, des projets de restauration écologique ont été entrepris à partir de la fin du XXe siècle. Entre 1999 et 2011, un réseau de canaux de 38,8 kilomètres a été réactivé pour reconnecter la forêt de 2 000 hectares au lit majeur de la rivière, permettant de rétablir l'alimentation en eau de surface lors des crues. Aujourd'hui, la gestion de la Körös s'inscrit dans une logique de conciliation entre la maîtrise des crues et la préservation des ressources en eau. Le bassin, situé dans l'une des régions les plus touchées par la sécheresse en Hongrie, fait face à des épisodes de stress hydrique récurrents. Des solutions de rétention d'eau ont été développées, comme à l'embouchure du Körös-ér, où la création d'une zone de stockage de 100 000 mètres cubes permet à la fois de contrôler les débits de pointe et de recharger les nappes phréatiques. Ces aménagements, qui permettent de retenir environ 2 millions de mètres cubes d'eau par an, contribuent également à l'amélioration de la qualité écologique d'un cours d'eau classé comme "fortement modifié" au titre de la Directive-cadre sur l'eau. Sur le plan écologique, les eaux de la Körös présentent un état mésotrophique à eutrophique, avec une pollution modérée sur les sections hongroises. La qualité chimique est préoccupante, notamment en raison des apports en nutriments et de la salinité, tandis que le statut écologique ne permet pas d'atteindre le bon potentiel requis par la réglementation européenne. Les suivis réalisés depuis 1988 montrent que la communauté zooplanctonique est fortement influencée par la dynamique saisonnière, le régime des crues et des étiages, ainsi que par les ouvrages de retenue. La vallée de la Körös est également un territoire d'une richesse archéologique exceptionnelle. C'est dans son bassin que s'est développée au Néolithique ancien (deuxième moitié du VIe millénaire au première moitié du Ve millénaire av. JC) la culture de Körös, caractérisée par des populations sédentaires pratiquant l'élevage, l'agriculture et la chasse, et produisant une céramique globulaire distinctive. Les méandres et les nombreux bras morts de la rivière, qui formaient avant la régulation un vaste système de zones humides, ont attiré des populations humaines depuis le Néolithique. Les sources médiévales documentent une exploitation croissante de la rivière, d'abord pour la pêche et le pâturage, puis pour l'énergie avec l'édification de moulins à eau. Les noms roumains actuels (Criș, Crișul) n'apparaissent dans les sources qu'après 1526, tandis que les variantes hongroises Körös et Keres sont attestées depuis 1299. Cette longue histoire d'interaction entre l'homme et la rivière a façonné un paysage où se mêlent aujourd'hui les héritages des grandes régulations du XIXe siècle, les enjeux contemporains de gestion durable de l'eau et la préservation d'un patrimoine naturel et archéologique exceptionnel, qui fait de la Körös un véritable axe structurant de la grande plaine hongroise. |
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