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Les monts Kunlun

Les mont Kunlun, Kouen-Loun ou Kun-Lun Shan sont un ensemble de chaînes de montagnes de Chine, qui s'élèvent au milieu du continent asiatique, sur 3000 km de longueur, depuis le Pamir au Tadjikistan jusqu'au col éponyme dans la province  du Qinghai, en Chine. Cet ensemble constitue l'un des systèmes montagneux les plus longs d'Asie et forme un immense rempart naturel, marquant la bordure septentrionale du plateau Tibétain et la limite méridionale du bassin aride du Tarim, en Chine occidentale. La largeur de la chaîne varie rarement au-delà de 200 kilomètres, et sa structure est souvent complexe, composée de deux ou trois crêtes parallèles plutôt que d'une seule ligne de crête continue. Cette barrière géographique est si imposante que, du côté des oasis du désert du Taklamakan au nord, les Kunlun apparaissent comme une muraille infranchissable, gardant l'accès aux étendues glacées et désolées du Tibet.

Sur le plan géologique, les structures plissées principales et les roches granitiques des Kunlun se sont formées il y a environ 250 millions d'années, lors d'une période de grande activité de construction montagneuse. C'est une région où les mouvements de la croûte terrestre sont encore actifs, avec une activité sismique considérable, notamment le long du système de failles de l'Altun. Le volcanisme y est également présent, comme en témoigne le groupe volcanique de Kunlun, qui compte plus de soixante-dix cônes volcaniques dont la dernière éruption connue remonte à 1951. L'altitude moyenne des montagnes dépasse souvent les 6000 mètres, avec des sommets tels que le Liushi Shan (7167 m) ou le Muztagh (7723 m) qui culminent à des hauteurs vertigineuses, même si leurs bases s'élèvent déjà à plus de 4 000 mètres sur le plateau Tibétain, ce qui leur donne moins de proéminence que l'Himalaya.

Le climat de la chaîne est d'une aridité extrême, car elle est totalement isolée de l'influence des moussons indienne et pacifique. Soumise à une constante masse d'air continental, la région subit d'importantes fluctuations de température, tant annuelles que journalières. Dans la partie la plus aride, au centre du système, les précipitations annuelles sont inférieures à 50 millimètres dans les contreforts, atteignant tout juste 150 millimètres en haute altitude. Les températures varient considérablement : dans les contreforts nord, elles peuvent atteindre 28°C en juillet et descendre à -9°C en janvier, tandis que sur les hauts sommets et à la frontière tibétaine, les températures estivales dépassent rarement les 10°C et peuvent chuter à -35°C, voire moins, en hiver. Ces conditions extrêmes engendrent une intense érosion par le gel, produisant d'énormes quantités de débris rocheux, et sont accompagnées de vents violents, particulièrement en automne.

Ce milieu rigoureux donne naissance à un paysage minéral et désertique, où la vie végétale est rare et souvent limitée à des steppes ou des déserts rocheux. Malgré ces conditions, la faune sauvage a su s'adapter. On y trouve des troupeaux d'ânes sauvages (kiang), des yacks sauvages, des antilopes du Tibet et des gazelles qui survivent grâce aux points d'eau stagnante. Dans les montagnes plus humides de l'ouest, on peut observer des argali, des bharals, des ibex et des ours bruns, tandis que la panthère des neiges, bien que présente, y est devenue rare. L'écologie de cette région est si spécifique qu'elle constitue l'écorégion du "désert alpin du plateau tibétain du nord et des monts Kunlun", un habitat sous perfusion, particulièrement froid et sec. La zone est cruciale pour la conservation de la biodiversité, comme en témoigne la création du parc national des monts Kunlun, dont la délimitation a été optimisée pour protéger seize espèces fauniques majeures, dont certaines, comme la pika de Koslov, sont endémiques et en danger.

L'hydrologie de la région est dominée par des bassins endoréiques, où les eaux ne s'écoulent pas vers l'océan, mais se jettent dans les dépressions du Tarim, du Qaidam ou du plateau Tibétain. Seuls les contreforts les plus orientaux, où se trouvent les sources du Fleuve Jaune (Huang He), font exception. L'alimentation des rivières provient principalement de la fonte des neiges et des glaciers, avec 60 à 80 % du débit concentré pendant les mois d'été, combinant la fonte intensive et les précipitations maximales. Cependant, en raison de l'extrême sécheresse, la glaciation est peu développée malgré la haute altitude. Les glaciers sont confinés aux plus hauts sommets et sont notables pour leur forte pente et leur manque d'eau de fonte. L'évaporation intense de l'eau de fonte a également conduit à la formation de vastes champs de sel.

Les Kunlun sont aussii un lieu de rencontre humaine depuis des millénaires. Les pentes nord accueillent des populations ouïghoures et mongoles, tandis que les vastes étendues du sud sont le domaine des pasteurs nomades tibétains. Des populations tadjikes et kirghizes vivent dans les vallées reculées de l'ouest. L'économie est essentiellement pastorale, basée sur l'élevage de yacks, de moutons et de chèvres, avec une agriculture céréalière limitée dans quelques zones irriguées. La région a toujours été traversée par des routes importantes, notamment la branche méridionale de la Route de la Soie, qui longeait le piedmont nord de la chaîne, facilitant les échanges entre la Chine et l'Asie centrale. Aujourd'hui, des routes modernes et la voie ferrée qui dessert Golmud relient ces territoires reculés au reste du pays.

Au-delà de sa réalité géographique, les monts Kunlun possèdent une dimension mythique et culturelle sans égale dans la civilisation chinoise, où ils sont vénérés comme le "souche des montagnes". Leur apparition dans la littérature remonte aux textes antiques comme le Classique des monts et des mers (Shanhaijing), qui les décrivent comme le lieu de résidence de divinités et de l'Empereur Jaune. C'est dans ces montagnes que le mythique roi Mu des Zhou aurait rencontré la Reine Mère de l'Ouest (Xi Wang Mu), un récit fondateur. Rapidement, le nom Kunlun est devenu synonyme d'un paradis taoïste, d'un axe du monde reliant la Terre au Ciel, et d'un lieu d'immortalité. Dans la poésie classique, notamment les Vers de Chu (Chuci), Kunlun apparaît comme un lieu mystique, associé à la nostalgie d'un idéal inaccessible. Ce n'est que sous l'empereur Wudi des Han, après des expéditions visant à trouver les sources du Fleuve Jaune, que le nom légendaire fut officiellement attribué à la chaîne montagneuse réelle, ancrant ainsi la mythologie dans la géographie.

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