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Grace
Hopper (née Grace Brewster Murray) est une informaticienne et officière
de marine américaine née le 9 décembre 1906 à New York et morte
le 1er janvier 1992. Elle est l'inventrice
du compilateur ou l'une des mères de COBOL; mais surtout elle est une
architecte de la transition de l'informatique d'un domaine obscur et réservé
aux experts Ă un outil accessible et indispensable pour le monde des affaires
et, potentiellement, pour le grand public. Sa capacitĂ© Ă voir au-delĂ
des limitations techniques de son époque, à imaginer des solutions logicielles
pour surmonter la complexité matérielle, et à plaider avec passion pour
ses idées fait d'elle une figure véritablement visionnaire.
Elle suit un parcours
académique brillant, obtenant un diplôme en mathématiques
et physique au Vassar College en 1928, puis une maîtrise en 1930 et un
doctorat en mathématiques à l'Université Yale en 1934. Elle enseigne
ensuite les mathématiques à Vassar, un engagement qu'elle interrompt
brutalement avec l'entrée des États-Unis dans la Seconde
Guerre mondiale. En 1943, elle rejoint les WAVES (Women Accepted for
Volunteer Emergency Service), une branche de la Marine. Son talent et sa
formation l'orientent vers le domaine naissant du calcul automatique. Elle
est affectée au Bureau of Ordnance Computation Project à l'Université
Harvard, oĂą elle travaille sous la direction du Commander Howard Aiken
sur le Harvard Mark I, l'un des premiers calculateurs électromécaniques
de grande échelle. C'est là , au coeur de cette machine complexe et bruyante,
qu'elle découvre et s'approprie le monde de la programmation, une discipline
qui en est alors Ă ses balbutiements et qui s'effectue en connectant des
fils et en réglant des interrupteurs.
Après la guerre,
Grace Hopper reste Ă Harvard en tant que chercheuse pour la Marine, travaillant
sur les Mark II et Mark III. C'est au cours de cette période, en 1947,
qu'une anecdote célèbre la lie à l'histoire du vocabulaire informatique
: la découverte d'un insecte (un bug) causant un dysfonctionnement
dans un relais du Mark II, qui conduit Ă l'utilisation du terme bug pour
désigner une erreur dans un programme ou un système. Au-delà de l'anecdote,
cette expérience lui révèle la nécessité de rendre la programmation
moins ardue et sujette Ă des erreurs manuelles.
En 1949, elle quitte
Harvard pour rejoindre l'Eckert-Mauchly Computer Corporation, l'entreprise
qui construit l'UNIVAC I, le premier ordinateur commercial. Elle y développe
une vision révolutionnaire : celle d'un programme capable de traduire
des instructions écrites dans un langage proche de l'anglais en langage
machine. À l'époque, cette idée est accueillie avec scepticisme, beaucoup
pensant que les ordinateurs ne peuvent comprendre qu'un code très bas
niveau. Pourtant, elle persévère. C'est ainsi qu'elle crée le premier
compilateur en 1952, l'A-0 System, puis Flow-Matic, un langage
de programmation précurseur conçu pour le traitement des données commerciales.
Elle réalise qu'en permettant aux programmeurs d'écrire des instructions
de manière plus intuitive, on peut augmenter considérablement l'efficacité
et rendre l'informatique accessible à un plus grand nombre. Elle déclare
à cette époque :
"Je préférerais
renoncer Ă mon bras droit plutĂ´t qu'Ă mon compilateur. Il fait mon travail
pour moi."
Sa contribution majeure
se concrétise avec son rôle central dans le développement du langage
COBOL (COmmon Business-Oriented Language) à la fin des années 1950. En
tant que membre éminent du comité CODASYL (Conference on Data Systems
Languages), elle milite activement pour un langage standardisé, lisible
par l'homme, indépendant des machines et orienté vers les applications
de gestion. COBOL devient l'un des langages les plus utilisés dans le
monde des affaires pendant des décennies, une preuve retentissante de
la justesse de sa vision d'une informatique démocratisée.
Parallèlement Ă
sa carrière dans l'industrie, Grace Hopper continue son service dans la
Réserve navale. Rappelée au service actif en 1967, elle se voit confier
la tâche de standardiser les langages informatiques pour la Marine. Elle
devient une figure emblématique, surnommée affectueusement Amazing
Grace ou Grandma COBOL. Elle atteint finalement le grade de
contre-amiral (Rear Admiral) en 1985, une promotion historique pour
une femme dans la Marine et dans le domaine technologique.
Au-delĂ de ses innovations
techniques, Grace Hopper est une communicatrice hors pair et une philosophe
de l'informatique. Elle parcourt le pays, donnant des conférences pour
expliquer le fonctionnement des ordinateurs et pour encourager les jeunes,
en particulier les femmes, à embrasser les carrières scientifiques et
technologiques. Elle est célèbre pour ses maximes percutantes qui captent
l'esprit d'innovation et l'importance de briser les routines. Elle répète
souvent :
"La phrase
la plus dangereuse de la langue est : 'Ça a toujours été fait comme
ça.'"
ou encore :
"Un navire
au port est en sécurité, mais ce n'est pas pour cela que les navires
sont faits. Naviguez en pleine mer et faites de nouvelles choses."
Elle encourage la prise
de risque et la proactivité, conseillant avec un sourire : "Demandez pardon,
pas la permission." Pour illustrer la vitesse fulgurante des processeurs,
elle utilise des fils d'une longueur de 11,8 pouces (environ 30 cm), expliquant
que c'est la distance parcourue par un signal électrique en une nanoseconde,
et distribue parfois des paquets de ces "nanosecondes" Ă son public.
Elle prend sa retraite
définitive de la Marine en 1986 à l'âge de 79 ans, étant à l'époque
l'officier le plus âgé en service actif. Elle ne s'arrête pas pour autant
et devient consultante pour la Digital Equipment Corporation (DEC), continuant
Ă partager son savoir et sa vision de l'avenir de l'informatique jusqu'Ă
sa mort en 1992. |
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