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Angélique du Coudray

Angélique du Coudray est une obstétricienne née en 1712, probablement à Clermont-Ferrand et morte à Bordeaux le 16 avril 1794. Aujourd'hui encore, elle est considérée comme l'une des pionnières de la pédagogie obstétricale, une figure emblématique de l'engagement pour la santé des femmes et des enfants. 

Très tôt formée à la pratique médicale dans un contexte où la médecine se structure encore difficilement hors des cercles masculins, elle devient l'une des premières sages-femmes à obtenir un brevet royal pour enseigner l'art de l'accouchement. Elle forge sa réputation sur le terrain, auprès des femmes du peuple, des chirurgiens et des autorités sanitaires, là où les urgences de santé publique s'imposent avec une acuité cruelle.

Du Coudray exerce son métier dans un XVIIIe siècle traversé par de nombreuses tensions sociales, politiques et médicales. Le taux de mortalité infantile y reste extrêmement élevé, les accouchements sont le plus souvent pratiqués dans des conditions précaires, et l'incompétence de certains accoucheurs empiriques aggrave le sort des parturientes. Consciente du drame sanitaire que représente cette situation, elle s'engage à diffuser un savoir pratique, rigoureux, méthodique. Elle n'écrit pas pour la postérité, mais pour sauver des vies. Elle affirme : « Il faut faire voir, faire faire, et faire répéter », posant ainsi les fondements d'une pédagogie médicale fondée sur la répétition gestuelle et la transmission sensorielle.

En 1759, elle obtient de Louis XV une commission officielle pour enseigner la pratique des accouchements à travers tout le royaume. Ce privilège rare pour une femme de son temps transforme sa carrière en mission nationale. Pendant plus de vingt-cinq ans, elle parcourt la France, formant des centaines, voire des milliers de sages-femmes et de chirurgiens. Pour soutenir son enseignement, elle conçoit une invention remarquable : la machine, un mannequin d'accouchement en tissu et en cuir rembourré, grandeur nature, qui permet de simuler les différentes positions du fœtus et les gestes obstétricaux à adopter. À ce titre, elle écrit dans ses notes : « La théorie sans pratique est comme une lampe sans huile ».

Angélique du Coudray publie en 1769 Abrégé de l'art des accouchements, un manuel illustré, accessible, dont la diffusion est largement encouragée par les intendants de province. L'ouvrage se distingue par son approche pragmatique et vulgarisatrice, éloignée du jargon médical des traités masculins contemporains. Elle y insiste sur la nécessité de maintenir la parturiente dans une posture confortable et humaine, recommandant avec une insistance rare pour l'époque le respect de la douleur et de la dignité des femmes : 

« Il ne suffit pas de faire naître, il faut que la femme survive à la naissance. »
Cette phrase résume l'éthique profondément humaniste qui guide sa pratique.

L'oeuvre de du Coudray s'inscrit dans une double révolution : celle des Lumières, par son attachement à la raison, à l'instruction et à la lutte contre l'obscurantisme; et celle de la médecine moderne, en ce qu'elle contribue à la professionnalisation de l'obstétrique. Par son enseignement, elle participe activement à l'essor de la santé publique et à la reconnaissance du rôle fondamental des sages-femmes dans la société. Elle anticipe également des débats contemporains, notamment ceux relatifs à la formation des soignants et à l'égalité d'accès aux soins. Elle affirme, dans une lettre conservée par l'Académie de Médecine : « Une nation bien soignée commence par des enfants bien venus au monde », un plaidoyer pour la prévention en santé maternelle et infantile.

Angélique du Coudray meurt en 1794, à l'aube d'un nouveau siècle qui ne reconnaîtra que tardivement l'ampleur de son héritage.

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Dictionnaire biographique
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