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L'histoire
des îles Eparses est intimement liée à la navigation européenne
dans l'océan Indien
à partir du XVIe siècle. Souvent basses
et dangereuses, elles ont été découvertes progressivement, et ont été
généralement signalées sur des cartes par les navigateurs portugais,
français ou anglais, parfois à la suite de naufrages. Les Îles
Glorieuses ont été repérées en 1674 par l'explorateur Charles de
Brosses, et les autres îles ont été découvertes au cours des siècles
suivants. Juan de Nova doit son nom d'un
navigateur portugais, Europa, qui pourrait
dériver d'un navire britannique du même nom. Tromelin
tire son nom du commandant français Tromelin qui secourut les survivants
d'un naufrage célèbre.
Les îles restent
relativement peu connues et peu explorées pendant très longtemps. Elles
sont principalement des territoires non habités, utilisés sporadiquement
pour des activités comme la pêche et l'exploitation de guano. Tout change
avec l''intérêt croissant des puissances européennes pour les voies
maritimes et les ressources Ă la fin du XIXe
siècle. L'ouverture du
canal de Suez
en 1869 accroit l'importance stratégique du Canal du Mozambique. C'est
dans ce contexte que la France, qui cherche à sécuriser ses routes maritimes
vers ses colonies et Ă exploiter des ressources
potentielles, procède à l'annexion progressive de ces îles. Les îles
Glorieuses sont ainsi annexées par la France en 1880. Bassas
da India et Europa sont annexées en 1897. Juan de Nova est annexée
en 1897 également. Tromelin, découverte par les Français au XVIIIe
siècle (et théâtre du drame des
esclaves
oubliés après le naufrage de l'Utile en 1761), est officiellement
annexée par la France en 1810 puis rattachée à La
Réunion.
Après leur annexion,
ces îles sont rattachées administrativement à la colonie française
de Madagascar, Ă l'exception de Tromelin.
La plupart son concédées à des entreprises privées ou des particuliers
pour l'exploitation de leurs ressources. La principale ressource exploitée
a été le guano, un engrais très recherché à l'époque, qui a été
extrait sur Juan de Nova, Europa et les Glorieuses. D'autres tentatives
d'exploitation ont eu lieu, comme la culture du sisal (une plante textile)
sur Juan de Nova et Europa, ou la production de coprah (huile de coco)
aux Glorieuses. Ces exploitations étaient difficiles, souvent temporaires,
et impliquaient la présence de petits groupes de travailleurs sous des
conditions précaires, qui ont dû affronter le manque d'eau douce, les
cyclones et l'isolement. Seule une activité limitée et intermittente
a persisté sur certaines îles jusqu'au milieu du XXe
siècle.
Le tournant majeur
intervient avec l'indépendance de Madagascar en 1960. La France, par une
loi du 1er avril 1960, choisit de ne pas
transférer la souveraineté de ces îles au nouvel État malgache, les
considérant comme des territoires distincts, bien qu'ayant été administrés
depuis Antananarivo pendant des décennies.
Cette décision est à l'origine des revendications de souveraineté de
Madagascar sur Europa, Juan de Nova, Bassas da India et les îles Glorieuses.
L'île Tromelin fait quant à elle l'objet d'une revendication de la part
de l'île Maurice, qui considère que Tromelin
faisait partie de ses dépendances sous administration britannique, une
revendication que la France ne reconnaît pas. Les Comores
revendiquent également les îles Glorieuses en raison de leur proximité
géographique et de liens historiques supposés. Ces différends de souveraineté
restent non résolus à ce jour, bien qu'ils soient régulièrement évoqués
dans les instances internationales et dans les relations bilatérales.
De 1960 Ă 2007,
les ĂŽles Éparses, Ă l'exception de Tromelin (qui resta rattachĂ©e Ă
La Réunion), sont administrées par le préfet de La Réunion. En 2007,
une loi française les rattache formellement aux Terres Australes et Antarctiques
Françaises (TAAF), ce qui leur confèreun statut
administratif particulier et renforce l'affirmation de la souveraineté
française. La France a réaffirmé en 2009 sa souveraineté sur les Îles
Éparses, malgré les revendications concurrentes.
Aujourd'hui, les
Îles Éparses n'ont pas de population permanente civile significative.
Elles abritent principalement de petites garnisons militaires (généralement
des gendarmes ou des militaires des Forces armées de la Zone Sud de l'Océan
Indien - FAZSOI) chargées de faire respecter la souveraineté française,
ainsi que des personnels civils et scientifiques. Elles jouent un rĂ´le
essentiel en matière de météorologie, avec des stations nécessaires
pour la prévision des cyclones dans la région. Elles servent également
de bases pour la recherche scientifique, notamment en biologie marine,
en ornithologie et en suivi climatique.
Leur petite superficie
terrestre contraste fortement avec l'immense zone économique exclusive
(ZEE) de 2,8 millions de km² qu'elles génèrent pour la France dans l'océan
Indien, une zone riche en biodiversité
marine et potentiellement en ressources sous-marines. La préservation
de ces écosystèmes fragiles est devenue
une priorité, et la plupart des îles sont classées en réserve naturelle
stricte. Malgré leur petite taille et leur éloignement, les Îles Éparses
représentent ainsi des enjeux stratégiques, scientifiques, environnementaux
et diplomatiques majeurs pour la France dans l'océan Indien. |
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