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Le Nord de l'Afrique Egypte, Libye, Maghreb, Mauritanie, Sahara |
La PréhistoireLes traces les plus anciennes d'occupation humaine se situent en Algérie, sur le site d'Ain Hanech, où des outils lithiques taillés selon la tradition oldowayenne témoignent d'une présence humaine remontant à environ 1,8 million d'années. Ces premiers occupants appartiennent probablement à des formes archaïques du genre Homo qui diffusent depuis l'Afrique de l'Est. Progressivement, la tradition acheuléenne, caractérisée par des bifaces soigneusement façonnés, se répand sur tout le pourtour méditerranéen et jusqu'au cœur du Sahara, alors traversé de rivières et couvert de savanes. Le Sahara, loin d'être le désert qu'on connaît aujourd'hui, alterne durant tout le Pléistocène entre périodes humides propices à l'installation humaine et périodes hyperarides qui repoussent les populations vers ses marges.Au Paléolithique moyen, la culture atérienne se développe dans tout le Maghreb et déborde largement dans le Sahara central, jusqu'en Libye et en Mauritanie actuelle. Elle se signale par des pointes pédonculées caractéristiques et par l'usage précoce d'ornements personnels : des coquillages perforés retrouvés sur plusieurs sites marocains, datés d'environ 82 000 ans, comptent parmi les plus anciennes manifestations connues de parure corporelle dans l'histoire humaine. Cette période voit aussi l'apparition de comportements symboliques, avec l'usage de pigments ocrés, suggérant des pratiques rituelles ou esthétiques déjà élaborées. Vers 20 000 ans avant le présent, dans un contexte de fin de glaciation, la culture ibéromaurusienne s'installe sur les côtes du Maghreb, de l'actuel Maroc à la Tunisie. Ses porteurs pratiquent une industrie lithique microlithique et laissent derrière eux d'importantes nécropoles, comme celle d'Afalou Bou Rhummel en Algérie ou de Taforalt au Maroc, où des dizaines de squelettes témoignent de pratiques funéraires élaborées, incluant parfois l'avulsion rituelle de dents. Les analyses génétiques récentes sur ces populations révèlent des affinités à la fois avec des lignées nord-africaines anciennes et, plus surprenant, avec des populations proche-orientales, suggérant des contacts ou des migrations à travers la Méditerranée orientale bien avant le Néolithique. Cette culture cède progressivement la place, à partir d'environ 10 000 ans avant notre ère, au Capsien, qui se développe surtout dans les hauts plateaux de l'Algérie et de la Tunisie. Les populations capsiennes, encore chasseurs-cueilleurs, exploitent intensivement les escargots terrestres, dont d'immenses amas coquilliers, les escargotières, ponctuent le paysage. Elles produisent une industrie lithique très fine, avec de petites lamelles à dos, et développent un art mobilier remarquable, gravant des plaquettes de calcaire et façonnant des figurines. Pendant ce temps, le Sahara connaît une transformation spectaculaire. Entre environ 10 000 et 5 000 avant notre ère, la mousson africaine remonte vers le nord et transforme le désert en une vaste savane parsemée de lacs, de rivières et de zones humides : c'est la période dite du Sahara vert. Des populations de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs s'y installent en grand nombre, comme en témoignent les sites du Tassili n'Ajjer, de l'Acacus libyen ou de la région du lac Tchad. Elles laissent un art rupestre exceptionnel, peintures et gravures représentant girafes, éléphants, hippopotames, et des scènes de vie quotidienne d'une richesse inégalée, qui documentent l'évolution des sociétés sahariennes sur plusieurs millénaires. C'est également dans cette période humide que naît, de manière indépendante ou par diffusion depuis le Proche-Orient, le pastoralisme saharien. Vers 7500 avant notre ère, des populations du désert oriental égyptien et du plateau du Gilf Kebir domestiquent ou adoptent le bétail, peut-être même avant les grandes vallées du Croissant fertile pour certaines espèces locales. Le site de Nabta Playa, dans le désert égyptien, livre des vestiges exceptionnels : des alignements de mégalithes, des tumulus contenant des sacrifices de bovins, et ce qui pourrait être l'un des plus anciens dispositifs d'observation astronomique connus, orienté vers le solstice d'été, datant d'environ 6000 avant notre ère. Cette société pastorale organisée précède de loin l'émergence de l'État pharaonique et témoigne d'une complexité sociale précoce liée au contrôle collectif des ressources en eau. L'élevage se diffuse ensuite largement à travers le Sahara, porté par des groupes qui gravent et peignent d'innombrables scènes de troupeaux sur les parois rocheuses du Tassili, de l'Acacus et de l'Ennedi. Vers 4000 avant notre ère, l'assèchement progressif du climat force ces populations pastorales à se replier vers les marges du désert, vers le Sahel, la vallée du Nil, et les hauteurs du Maghreb, mouvement qui contribue directement au peuplement de ces régions et à l'intensification des sociétés qui s'y développent. En Mauritanie actuelle, dans la région du Dhar Tichitt et du Dhar Walata, se développe à partir d'environ 2200 avant notre ère l'une des plus anciennes sociétés urbanisées d'Afrique subsaharienne, fondée sur l'élevage bovin et la culture du millet. Des centaines de villages fortifiés en pierre sèche, organisés en hiérarchie, occupent d'anciennes rives lacustres desséchées, avant que l'aridification définitive ne pousse leurs habitants vers le sud, contribuant peut-être à l'émergence ultérieure des grandes entités politiques ouest-africaines. Dans la vallée du Nil, l'assèchement du Sahara pousse également les populations à se concentrer le long du fleuve, accélérant le développement de sociétés agricoles sédentaires. Les cultures badariennes, puis nagadiennes (Nagada I, II, III), se succèdent en Haute-Égypte à partir d'environ 4400 avant notre ère. Elles développent une agriculture fondée sur le blé et l'orge, une poterie raffinée, une métallurgie du cuivre naissante, et des pratiques funéraires de plus en plus hiérarchisées, avec des tombes de plus en plus riches qui annoncent la stratification sociale du futur État pharaonique. Cette évolution culmine vers 3100 avant notre ère avec l'unification de la Haute et de la Basse-Égypte, marquant conventionnellement la fin de la préhistoire égyptienne et l'entrée dans l'histoire. En Libye, les cultures épipaléolithiques et néolithiques du massif de l'Acacus et du Fezzan suivent une trajectoire comparable à celle du Sahara central, avec un pastoralisme florissant durant la période humide, avant que l'assèchement ne favorise, bien plus tard, l'émergence des populations garamantiques qui exploiteront les nappes fossiles pour irriguer leurs oasis. Dans l'ensemble du Maghreb, les héritiers du fonds capsien et ibéromaurusien, enrichis par des apports néolithiques venus tant du Proche-Orient via l'Égypte que du Sahara en voie de désertification, forment progressivement le substrat des populations que les auteurs antiques désigneront sous le nom de Libyens ou de Numides, ancêtres des populations berbères historiques. La domestication locale de certaines plantes, l'adoption de la céramique et de l'élevage ovicaprin et bovin, puis, plus tardivement, la diffusion du cheval et enfin du chameau, referment lentement la parenthèse préhistorique nord-africaine et ouvrent la voie aux contacts avec les civilisations phénicienne, grecque puis romaine qui inaugurent, chacune à leur rythme, l'entrée définitive de la région dans l'histoire écrite. L'AntiquitéVers 3100 avant l'ère commune, la première unification de la Haute et de la Basse Égypte sous un pouvoir unique inaugure une organisation politique fondée sur le roi-dieu, l'écriture hiéroglyphique, une administration centralisée et une maîtrise hydraulique remarquable. Les dynasties se succèdent, bâtissant pyramides, temples et tombeaux. L'Égypte pharaonique se dilate par moments vers le Sud nubien et vers le Levant, tout en subissant des invasions, comme celle des Hyksos vers 1650 avant l'ère commune, puis en réagissant par une expansion impériale au Nouvel Empire. Les échanges avec la Libye, la Nubie et la Méditerranée orientale structurent un espace nilotique qui reste un pôle démographique, culturel et politique majeur.À l'ouest de l'Égypte, le vaste espace libyen et maghrébin est peuplé de populations que les sources grecques et romaines désignent plus tard sous le nom de Libyens, Numides, Maures ou Gétules. Ces sociétés pastorales et agro-pastorales connaissent des formes d'organisation tribale, des royaumes et des confédérations. Sur le littoral, des comptoirs phéniciens se fondent à partir du début du premier millénaire avant l'ère commune. Carthage, née selon la tradition en 814, devient une puissance maritime et commerciale dominant les côtes de l'actuelle Tunisie, le nord de la Libye, la Sicile occidentale, la Sardaigne et une partie du sud de la péninsule Ibérique. La cité punique entretient des relations complexes avec les royaumes numides et maures de l'intérieur, qui lui fournissent cavaliers, blé, or, ivoire et esclaves. Les Carthaginois explorent aussi les côtes atlantiques du Maroc et de la Mauritanie, sans toutefois soumettre durablement les populations sahariennes. Au IIIe siècle avant l'ère commune, les rivalités entre Rome et Carthage aboutissent aux guerres puniques. La deuxième guerre punique affaiblit Carthage malgré l'épopée d'Hannibal, et la troisième, en 146 avant l'ère commune, se conclut par la destruction de la cité. Rome organise alors la province d'Afrique, correspondant à peu près à la Tunisie actuelle, puis étend son contrôle sur la Numidie, la Maurétanie césarienne et la Maurétanie tingitane. L'Afrique romaine devient l'un des greniers à blé de l'Empire. Des villes comme Leptis Magna en Libye, Carthage, Thugga, Timgad, Volubilis ou Cherchell se couvrent de monuments, de thermes, d'amphithéâtres et de temples. Le christianisme s'y diffuse très tôt, donnant naissance à des figures comme Tertullien, Cyprien de Carthage et Augustin d'Hippone. Les querelles doctrinales, notamment le donatisme, agitent profondément ces provinces. Pendant ce temps, l'Égypte passe sous domination grecque après la conquête d'Alexandre le Grand en 332 avant l'ère commune. La dynastie lagide installe à Alexandrie une capitale intellectuelle et commerciale exceptionnelle, avec sa bibliothèque et son musée. La culture grecque se mêle aux traditions égyptiennes, comme en témoigne le culte de Sarapis. Cléopâtre VII tente de préserver l'indépendance du royaume face à Rome, mais en 30 avant l'ère commune, l'Égypte devient province romaine, puis byzantine. Le Nil reste la colonne vertébrale du pays, tandis que les déserts oriental et occidental abritent des monastères coptes et des routes caravanières. Au sud, la Nubie et les royaumes de Koush, puis de Méroé, entretiennent des rapports tantôt conflictuels tantôt commerciaux avec l'Égypte. Plus à l'ouest, le Sahara n'est pas une barrière vide : des réseaux de pistes relient la Méditerranée aux régions sahéliennes, par où transitent sel, or, esclaves, dattes, cuivre et tissus. Les Garamantes, dans le Fezzan libyen, développent une civilisation saharienne fondée sur l'irrigation par foggaras, des chars et un commerce transsaharien actif dès le premier millénaire avant l'ère commune. À partir du Ve siècle, l'Empire romain d'Occident vacille. Les Vandales, venus de Germanie via l'Hispanie, traversent le détroit de Gibraltar en 429 et s'emparent de Carthage en 439, formant un royaume qui contrôle une partie de l'Afrique du Nord et les îles de la Méditerranée occidentale. Leur pouvoir repose sur la marine et sur la confiscation des grands domaines, mais il se heurte aux populations berbères et aux résistances chrétiennes. En 533-534, l'empereur byzantin Justinien envoie le général Bélisaire qui renverse le royaume vandale et réintègre l'Afrique du Nord dans l'Empire romain d'Orient. L'administration byzantine rétablit les fortifications et le commerce, mais les provinces africaines restent exposées aux révoltes berbères, comme celle menée par le chef Antalas ou plus tard par la reine des Aurès, connue sous le nom de Kahina dans les sources arabes. Colonisations arabe et ottomaneAu VIIe siècle, une nouvelle force surgit d'Arabie. Après la mort de Mahomet en 632, les armées arabo-musulmanes conquièrent l'Égypte en 639-642, fondent Fustat, future Le Caire, et progressent vers l'ouest. La Cyrénaïque et la Tripolitaine passent sous contrôle musulman, mais la résistance byzantine et surtout berbère retarde la conquête du Maghreb. Kairouan est fondée en 670 par Oqba ibn Nafi comme base de l'islamisation et de l'arabisation. Les populations berbères se convertissent progressivement, non sans révoltes, notamment celle de la Kahina dans les Aurès. En 711, des contingents en grande partie berbères conduits par Tariq ibn Ziyad traversent le détroit et entament la conquête de la péninsule Ibérique. L'Afrique du Nord devient une province du califat omeyyade, puis abbasside.Mais l'unité politique ne dure pas. Dès le VIIIe siècle, des émirats autonomes se forment. Au Maroc, la dynastie idrisside fonde Fès vers 789. En Tunisie et en Algérie orientale, les Aghlabides règnent depuis Kairouan au nom des Abbassides tout en agissant en souverains. En Égypte, les Toulounides puis les Ikhchidides obtiennent une large autonomie. Les Fatimides, issus du chiisme ismaélien, partis de l'actuelle Algérie, prennent Kairouan en 909 puis fondent Mahdia et dominent le Maghreb oriental avant de conquérir l'Égypte en 969 et d'y fonder Le Caire. Leur califat contrôle alors l'Afrique du Nord, la Sicile, une partie du Levant et les lieux saints de l'islam. Ils laissent au Maghreb des vassaux berbères, les Zirides puis les Hammadides, qui finissent par rompre avec Le Caire. Au XIe siècle, pour punir les Zirides, les Fatimides lâchent les tribus arabes des Banu Hilal et des Banu Sulaym sur l'Ifriqiya. Cette migration massive transforme la démographie, l'économie et la culture du Maghreb oriental. L'arabisation linguistique s'accélère, le nomadisme se renforce dans les steppes, et les villes se fragmentent. Au même moment, dans l'ouest, les Almoravides, issus des tribus berbères sanhaja du Sahara occidental, fondent un vaste empire qui s'étend du fleuve Sénégal à l'Èbre, avec Marrakech comme capitale à partir de 1070. Ils unifient le Sahara occidental, le Maroc, l'Algérie occidentale et al-Andalus, tout en contrôlant les routes de l'or. Au XIIe siècle, les Almohades, mouvement réformiste berbère masmuda né dans l'Anti-Atlas, renversent les Almoravides et étendent leur empire de la Libye à l'Espagne. Leur doctrine met l'accent sur l'unicité divine et réforme les pratiques religieuses. Marrakech, Séville, Fès, Tunis et Bougie connaissent une grande prospérité intellectuelle et architecturale. Après la défaite de Las Navas de Tolosa en 1212, l'empire almohade se disloque. Trois dynasties se partagent le Maghreb : les Mérinides à Fès, les Zianides à Tlemcen et les Hafsides à Tunis. En Égypte, après la chute des Fatimides en 1171, le sultan ayyoubide Saladin rétablit le sunnisme et mène la lutte contre les croisés. En 1250, les Mamelouks, esclaves-soldats d'origine turque puis circassienne, prennent le pouvoir au Caire. Ils repoussent les Mongols à Aïn Djalout en 1260, mettent fin aux dernières possessions croisées du Levant et font de l'Égypte le cœur du monde musulman. Le Caire devient une capitale immense, avec ses mosquées, ses madrasas, ses caravansérails et ses hôpitaux. Les Mamelouks contrôlent aussi la Nubie et les routes de la mer Rouge vers l'Inde. Pendant toute cette période, le Sahara reste un espace d'échanges intenses. Les pistes relient Sijilmassa, Ouargla, Ghadamès, le Fezzan, Gao, Tombouctou, Audaghost, Oualata et le pays haoussa. Le sel de Teghaza, l'or du Bambouk et du Bouré, les esclaves, les cuirs, les dattes, les tissus et les livres circulent. L'islam progresse le long de ces routes, porté par les commerçants, les lettrés et les confréries. Au XIIIe et XIVe siècles, le Mali puis le Songhaï dominent le Sahel, tandis que le Maghreb reste le débouché méditerranéen de ce commerce. Les voyageurs comme Ibn Battuta, parti de Tanger en 1325, décrivent ces circulations entre le Maroc, l'Égypte, l'Arabie, l'Anatolie, l'Asie centrale, l'Inde et le Soudan occidental. Sur le littoral atlantique, les Portugais prennent Ceuta en 1415, premier jalon de l'expansion européenne en Afrique. Ils contournent ensuite le cap Bojador en 1434, atteignent le Sénégal et la Mauritanie actuels, et installent des comptoirs fortifiés, tandis que les Castillans occupent les Canaries. Cette présence européenne sur les côtes atlantiques inaugure une nouvelle ère de pressions extérieures sur le Maghreb et le Sahara, sans toutefois entamer la profondeur des États musulmans. À l'intérieur, les royaumes mérinide, zianide et hafside connaissent des crises de succession, des révoltes tribales et une recomposition des pouvoirs locaux autour des confréries et des villes saintes. En Égypte, les Mamelouks maintiennent jusqu'à la fin du XVe siècle un État puissant, mais leur commerce est menacé par l'ouverture de la route portugaise vers l'Inde après 1498. En 1517, l'Empire ottoman conquiert l'Égypte, mettant fin au sultanat mamelouk, et commence à étendre son influence vers la Cyrénaïque et la Tripolitaine. Au Maghreb central, les Espagnols occupent plusieurs ports, tandis que des pouvoirs locaux, comme les Zianides et les Hafsides, s'effritent face aux confréries, aux tribus et aux corsaires. À l'ouest, une nouvelle dynastie, les Saadiens, commence à s'imposer dans le Sud marocain à la fin du XVe siècle, portée par le contrôle du commerce saharien et la résistance aux Européens. À l'ouest de l'Égypte, la Libye ottomane se met en place progressivement. Tripoli est prise par les Espagnols en 1510, puis cédée aux Hospitaliers de Saint-Jean en 1530. Les Ottomans s'emparent de la ville en 1551 et établissent une régence qui couvre la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan. Des garnisons, des janissaires et des beys locaux administrent le territoire au nom du sultan, mais l'autorité réelle repose souvent sur des dynasties militaires locales, comme celle des Karamanli à partir de 1711. La course en Méditerranée, les échanges avec le Sahara central et la perception de tributs sur les oasis et les tribus assurent une bonne part des revenus. Dans le Maghreb central, Alger devient au début du XVIe siècle une base de corsaires. Les frères Barberousse, d'origine grecque convertis à l'islam, s'imposent sur la côte algérienne et sollicitent l'aide ottomane. En 1516-1518, Alger passe sous suzeraineté ottomane. En 1533, Khayr al-Din Barberousse est nommé capitan pacha de la flotte ottomane, et Alger devient une régence. Le territoire s'étend progressivement vers l'intérieur, des hauts plateaux aux portes du Sahara. Le pouvoir est exercé par un dey, élu par la milice des janissaires, et par un conseil. La régence d'Alger jouit d'une large autonomie et vit en grande partie de la course, du commerce et des tributs versés par les tribus. Les Espagnols occupent encore plusieurs places côtières, comme Oran, Bougie ou Bône, mais en sont progressivement chassés au cours du XVIe siècle ou au début du XVIIIe siècle, à l'exception d'Oran et de Mers el-Kébir, que l'Espagne conserve jusqu'en 1792. À l'ouest, le Maroc reste le seul grand État du Maghreb à ne pas passer sous domination ottomane. Après la chute des Mérinides, la dynastie saadienne s'impose depuis le Sud et prend Marrakech. Les Saadiens repoussent les Portugais à Agadir en 1541, puis remportent la bataille des Trois Rois à Ksar el-Kébir en 1578, où meurent le roi du Portugal, le sultan marocain et le prétendant. Leur successeur, Ahmad al-Mansur, surnommé le Doré, enrichit l'État grâce au commerce du sucre, aux relations avec l'Europe et surtout à l'expédition transsaharienne de 1591 qui aboutit à la chute de l'Empire songhaï et à la mainmise marocaine sur Tombouctou, Gao et les mines de sel de Teghaza. Le Maroc contrôle alors une partie du commerce de l'or et des esclaves en provenance du Soudan occidental. Après la mort d'al-Mansur en 1603, le pays sombre dans les guerres civiles, les rivalités entre Marrakech, Fès et les confréries. C'est dans ce contexte que surgit au milieu du XVIIe siècle la dynastie alaouite, issue du Tafilalet. Elle réunifie le Maroc à partir de 1666, fonde ou agrandit Meknès, et stabilise le pouvoir face aux tribus et aux Européens. Le sultan Moulay Ismaïl, qui règne de 1672 à 1727, bâtit une armée composée de soldats-esclaves noirs appelés Abid al-Bukhari, reprend Tanger aux Anglais en 1684, Larache aux Espagnols en 1689, et impose son autorité sur une grande partie du territoire. La Méditerranée occidentale au XVIe et au XVIIe siècle est un espace de conflits permanents entre les flottes chrétiennes et les corsaires maghrébins. Alger, Tunis, Tripoli et Salé au Maroc pratiquent la course contre les navires chrétiens, capturent des équipages, réduisent en esclavage des milliers d'Européens et rançonnent les prisonniers. Des expéditions européennes sont lancées contre ces villes, comme celles de Charles Quint contre Tunis en 1535 et Alger en 1541, ou les bombardements français et anglais au XVIIe et XVIIIe siècles. Des traités inégaux sont signés avec la France, l'Angleterre, les Provinces-Unies et les États italiens. La course diminue au XVIIIe siècle mais ne disparaît pas entièrement. En Tunisie, la conquête ottomane a lieu en 1534, puis définitivement en 1574. Après une période de domination directe, le pouvoir passe aux deys, puis aux beys husseinites à partir de 1705. La Tunisie se comporte de plus en plus comme un État quasi indépendant, tout en reconnaissant la suzeraineté nominale du sultan ottoman. Les beys développent l'agriculture, le commerce de l'huile d'olive, des céréales et des produits artisanaux. Tunis devient une ville prospère où cohabitent musulmans, juifs, chrétiens et renégats. En Égypte, le XVIIe et le XVIIIe siècle sont marqués par un effacement relatif de l'autorité ottomane et par la montée en puissance des beys mamelouks. Ces chefs militaires s'affranchissent du gouverneur ottoman, contrôlent la terre, le commerce et les impôts. Le pays est le théâtre de luttes intestines entre maisons mameloukes, notamment les Qazdaghlis. Le commerce du café, du riz, du blé et des textiles maintient l'Égypte dans les circuits internationaux. Au sud, la Nubie subit l'islamisation et l'arabisation progressive, tandis que le sultanat du Darfour et celui du Sennar commercent avec l'Égypte. À la fin du XVIIIe siècle, l'expédition française en Égypte, menée par Bonaparte en 1798, bouleverse les équilibres. L'armée française occupe Le Caire, bat les Mamelouks aux Pyramides, mais doit affronter les révoltes urbaines, les Britanniques et les Ottomans. Les Français quittent l'Égypte en 1801. Le vide politique est comblé par un officier d'origine albanaise, Méhémet Ali, envoyé à la tête d'un contingent ottoman. Il élimine les beys mamelouks lors du massacre de la Citadelle en 1811 et fonde une dynastie qui gouverne l'Égypte jusqu'en 1952. Méhémet Ali entreprend une modernisation autoritaire. Il nationalise la terre, développe la culture du coton à longue fibre, crée des usines, des écoles, une armée de conscription et une marine. Il conquiert le Soudan à partir de 1820, fonde Khartoum, pousse vers le sud et contrôle les routes de l'or, de l'ivoire et des esclaves. Il intervient en Arabie, en Grèce, puis se retourne contre le sultan ottoman. Ses armées, commandées par son fils Ibrahim, envahissent la Syrie et l'Anatolie. En 1839, elles menacent Istanbul même. Les puissances européennes, surtout la Grande-Bretagne, obligent Méhémet Ali à se retirer, mais lui reconnaissent la souveraineté héréditaire sur l'Égypte et le Soudan. L'Égypte reste nominalement ottomane, mais devient en réalité un État autonome. Sous les successeurs de Méhémet Ali, l'Égypte s'ouvre davantage à l'influence européenne. Le canal de Suez, creusé entre 1859 et 1869 sous la direction de Ferdinand de Lesseps, transforme la géopolitique mondiale. Le khédive Ismaïl modernise Le Caire, construit des palais, des théâtres, des chemins de fer, mais accumule une dette colossale. En 1875, la Grande-Bretagne achète les parts égyptiennes du canal. En 1882, à la suite du soulèvement nationaliste d'Orabi Pacha, la Grande-Bretagne bombarde Alexandrie et occupe l'Égypte. Le pays devient une colonie de fait, tout en gardant officiellement la fiction de la suzeraineté ottomane et du pouvoir khédivial. Le Soudan, quant à lui, se révolte sous la direction de Muhammad Ahmad, le Mahdi, qui chasse les Égyptiens et les Britanniques de Khartoum en 1885. L'État mahdiste dure jusqu'à la reconquête anglo-égyptienne de 1898. En Libye, la régence de Tripoli demeure sous domination ottomane directe ou semi-directe. Au XIXe siècle, les Ottomans rétablissent leur autorité directe sur la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan, notamment après 1835. Ils modernisent l'administration, créent des écoles, des routes et des casernes. Le commerce transsaharien vers le lac Tchad, le Kanem-Bornou et les oasis de Koufra et de Ghat se poursuit, mais il décline peu à peu face à la concurrence des routes atlantiques contrôlées par les Européens. La confrérie de la Sanusiyya, fondée par Muhammad al-Sanusi dans les années 1840, gagne une influence immense en Cyrénaïque et dans le Sahara oriental. Elle fonde des zaouïas, des centres religieux, des écoles et des réseaux commerciaux, tout en prêchant un islam réformé et une résistance à l'expansion européenne. Colonisations européennesEn Algérie, le pouvoir ottoman est affaibli au début du XIXe siècle par les révoltes tribales, la baisse des revenus de la course et les interventions européennes. En 1827, un incident diplomatique entre le dey d'Alger et le consul de France sert de prétexte à une intervention française. En juin 1830, les troupes françaises débarquent à Sidi-Ferruch et prennent Alger. Le dey capitule et part en exil. La France occupe d'abord les villes côtières, puis entreprend la conquête de l'intérieur. Cette conquête est lente et violente. L'émir Abd el-Kader organise une résistance à partir de l'Ouest algérien à partir de 1832. Il unifie des tribus, fonde un État embryonnaire, signe des traités avec les Français, mais la guerre reprend. Abd el-Kader finit par se rendre en 1847. La conquête se poursuit dans le Constantinois, les Aurès, la Kabylie et le Sahara. Les insurrections sont réprimées avec brutalité. La colonisation de peuplement se développe : des Européens, majoritairement français mais aussi espagnols, italiens et maltais, s'installent sur les terres confisquées. En 1848, l'Algérie est divisée en départements français, mais les musulmans n'ont pas les droits des citoyens. En 1870, le décret Crémieux accorde la citoyenneté française aux juifs d'Algérie, tandis que les musulmans restent soumis à un statut personnel et à un régime d'exception. Les révoltes continuent, comme celle de Mokrani en 1871. La colonisation transforme profondément l'agriculture, l'économie et la société.En Tunisie, le bey de Tunis est confronté au XIXe siècle à des difficultés financières croissantes dues à la modernisation, aux emprunts et à la mauvaise gestion. La Tunisie adopte des réformes inspirées des Tanzimat ottomans : abolition de l'esclavage en 1846, pacte fondamental en 1857, constitution en 1861. Mais la dette s'alourdit, et les puissances européennes imposent une commission financière internationale. En 1881, prétextant des incursions de tribus frontalières, la France envahit la Tunisie et impose le traité du Bardo, qui établit un protectorat. Le bey reste nominalement au pouvoir, mais l'administration réelle passe sous contrôle français. Des colons s'installent dans les plaines céréalières et les villes, tandis que les élites tunisiennes commencent à s'organiser pour réclamer des réformes et des droits. Au Maroc, le XIXe siècle est marqué par une volonté de réforme intérieure et par des pressions extérieures croissantes. Après la mort de Moulay Slimane en 1822, le pays connaît des révoltes tribales, des épidémies et des famines. Les sultans alaouites tentent de moderniser l'armée et l'administration, mais les ressources sont limitées. La France, l'Espagne et la Grande-Bretagne cherchent à obtenir des avantages commerciaux et stratégiques. En 1844, l'armée française bat les troupes marocaines à Isly et bombarde Tanger et Mogador. En 1860, l'Espagne occupe Tétouan après une guerre et impose une indemnité écrasante. Le sultan Hassan Ier, qui règne de 1873 à 1894, tente de réaffirmer l'autorité du makhzen, d'organiser des expéditions fiscales, de moderniser l'armée et d'envoyer des ambassades en Europe. Mais les réformes restent limitées, et les caisses de l'État sont vides. À la fin du XIXe siècle, les puissances européennes préparent le partage du Maroc. La France progresse depuis l'Algérie vers les oasis sahariennes du Touat, du Gourara et du Tidikelt. L'Espagne occupe le littoral méditerranéen et le Rio de Oro. Le Sahara occidental, la Mauritanie actuelle et le sud marocain deviennent des espaces disputés entre les puissances coloniales et les grands nomades, comme les Reguibat, les Ouled Delim, les Tekna et les Maures. Dans toute la bande saharienne, les anciennes pistes caravanières déclinent à cause de la colonisation, de la fin de la traite transatlantique et des nouvelles routes maritimes. Les échanges entre le Maghreb, la Méditerranée et le Sahel se réduisent. Les villes-oasis comme Sijilmassa, Ghadamès, Ghat, Mourzouk, Ouargla, Touggourt ou Tombouctou perdent une partie de leur importance. La colonisation française en Afrique de l'Ouest, la conquête du Soudan occidental et l'avancée depuis le Sénégal et l'Algérie aboutissent à une nouvelle partition de l'espace saharien. À la fin du XIXe siècle, la Mauritanie actuelle est peu à peu englobée dans l'Afrique-Occidentale française, tandis que le Sahara central est conquis par les Français à partir de l'Algérie. En Libye, la Sanusiyya freine l'avancée des empires coloniaux, mais en 1911, l'Italie envahit la Tripolitaine et la Cyrénaïque, déclenchant une guerre de résistance qui dure des décennies. En Algérie, la colonisation s'est intensifiée. Les Européens possèdent les meilleures terres, dominent les villes et l'administration. Les Algériens musulmans, majoritaires, subissent un statut inégalitaire et des impôts spécifiques. Des mouvements de résistance armée persistent au Sahara et dans les montagnes, mais la conquête s'achève au début du XXe siècle. De jeunes intellectuels algériens, souvent formés dans les écoles françaises, commencent à revendiquer des réformes : égalité des droits, accès aux emplois publics, représentation politique. Le mouvement des Jeunes Algériens émerge avant la Première Guerre mondiale. Pendant la guerre de 1914-1918, des dizaines de milliers d'Algériens sont mobilisés ou envoyés travailler en France. Cette participation nourrit ensuite la demande d'une reconnaissance politique, mais la France ne répond que par des réformes limitées. En Tunisie, le protectorat français laisse le bey sur le trône, mais l'administration réelle est entre les mains du résident général. Des colons français et italiens s'installent dans les plaines céréalières. Le mouvement national tunisien naît avec le parti des Jeunes Tunisiens, puis après la Première Guerre mondiale, avec le Destour en 1920, qui réclame une constitution et des droits pour les Tunisiens. En 1934, Habib Bourguiba fonde le Néo-Destour, plus moderne, plus populaire et plus revendicatif. Il organise des grèves, des manifestations et diffuse une presse nationaliste. Les autorités françaises répriment le mouvement, mais ne parviennent pas à empêcher sa progression. Au Maroc, la France et l'Espagne se partagent le pays en 1912. Le traité de Fès établit un protectorat français sur la plus grande partie du territoire, tandis que l'Espagne contrôle le nord, le Rif, et plus tard le sud et le Sahara. Le sultan reste en place, mais le résident général français gouverne. La colonisation agricole et minière se développe. Dès les années 1920, la résistance éclate dans le Rif sous la direction de Mohammed ben Abdelkrim el-Khattabi. Il inflige en 1921 une grave défaite aux Espagnols à Anoual, proclame une république rifaine, puis doit affronter les armées espagnoles et françaises coalisées. Il se rend en 1926 et est exilé. La résistance se poursuit dans le Sud marocain jusqu'au début des années 1930. Le mouvement national marocain apparaît dans les villes, avec des revendications réformistes. En 1944, le parti de l'Istiqlal réclame l'indépendance. En Libye, l'Italie occupe la Tripolitaine et la Cyrénaïque à partir de 1911. La résistance des Libyens, menée notamment par Omar al-Mokhtar en Cyrénaïque, est féroce. Les Italiens répondent par des opérations militaires brutales, des camps de concentration, des exécutions et la confiscation des terres. Omar al-Mokhtar est capturé et pendu en 1931. Sous Mussolini, la Libye devient une colonie de peuplement italien. Des milliers d'Italiens s'installent sur les terres agricoles autour de Tripoli et de Benghazi. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Libye est un champ de bataille majeur entre les forces de l'Axe et les Alliés. Après la défaite de l'Italie, le pays est placé sous administration britannique et française. En 1951, l'ONU décide l'indépendance de la Libye. Le royaume uni de Libye est proclamé sous le roi Idris al-Sanusi, chef de la confrérie Sanusiyya. En Égypte, la Première Guerre mondiale transforme le statut du pays. En 1914, la Grande-Bretagne établit un protectorat officiel et dépose le khédive. Après la guerre, le nationalisme égyptien s'exprime avec force. En 1919, la révolution égyptienne éclate, dirigée par le parti Wafd de Saad Zaghloul. Des manifestations, des grèves et des affrontements secouent le pays. En 1922, la Grande-Bretagne reconnaît formellement l'indépendance de l'Égypte, mais conserve le contrôle de la défense, des communications, du Soudan et de la protection des intérêts étrangers. Une monarchie constitutionnelle est instaurée, avec le roi Fouad puis le roi Farouk. Les gouvernements se succèdent, souvent fragiles, entre le Wafd, le roi et les Britanniques. La pauvreté rurale, les inégalités sociales et la présence militaire britannique nourrissent un mécontentement profond. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Égypte participe à la création de la Ligue arabe en 1945. La question palestinienne devient centrale. En 1948, l'Égypte participe à la guerre contre Israël, mais subit une défaite. Le 23 juillet 1952, un groupe d'officiers, les Officiers libres dirigés par Gamal Abdel Nasser, renverse la monarchie. La république est proclamée en 1953. Nasser s'impose comme le leader du nationalisme arabe. En 1956, il nationalise le canal de Suez, ce qui provoque une intervention militaire franco-britannique et israélienne, mais la pression des États-Unis et de l'Union soviétique oblige les troupes étrangères à se retirer. Nasser devient une figure majeure du tiers-monde et du non-alignement. Il engage l'Égypte dans des réformes agraires, une industrialisation étatique et une politique de rayonnement panarabe. Le temps des nations indépendantesEn Algérie, après la Seconde Guerre mondiale, les revendications nationalistes se radicalisent. Le 8 mai 1945, des manifestations à Sétif et Guelma sont réprimées dans le sang, faisant des milliers de morts. En 1954, le Front de libération nationale (FLN) déclenche l'insurrection contre la France. La guerre d'Algérie dure jusqu'en 1962. Elle est marquée par des attentats, des maquis, des opérations militaires françaises, des déplacements de population, des tortures et des divisions internes. Les accords d'Évian en mars 1962 aboutissent à l'indépendance de l'Algérie le 5 juillet 1962. Des centaines de milliers de pieds-noirs quittent le pays. Le FLN prend le pouvoir et installe un régime de parti unique. Ahmed Ben Bella devient le premier président, puis il est renversé en 1965 par Houari Boumédiène, qui gouverne jusqu'en 1978. L'Algérie se construit comme un État socialiste, industrialisé et non-aligné. La rente pétrolière et gazière finance d'importants programmes de développement. La langue arabe est promue, l'islam est religion d'État, et la mémoire de la guerre de libération devient un pilier de l'identité nationale.Au Maroc, la lutte pour l'indépendance s'intensifie après la Seconde Guerre mondiale. Le sultan Mohammed V devient un symbole national. En 1953, la France l'exile à Madagascar, ce qui provoque une vague de résistance. Il revient en 1955, et l'indépendance est proclamée en 1956. L'Espagne cède le nord du pays la même année. En 1957, Mohammed V prend le titre de roi. Son fils Hassan II lui succède en 1961. Le Maroc adopte une constitution en 1962, mais le pouvoir royal reste très fort. Hassan II survit à plusieurs tentatives de coup d'État. Le Maroc revendique des territoires au sud et à l'est, notamment le Sahara occidental, resté sous domination espagnole jusqu'en 1975. En novembre 1975, la Marche verte rassemble des centaines de milliers de Marocains qui entrent pacifiquement dans le Sahara. L'Espagne se retire, et le Maroc occupe progressivement le territoire. En 1976, le Front Polisario proclame la République arabe sahraouie démocratique, soutenu par l'Algérie. Une guerre oppose le Maroc et le Polisario jusqu'au cessez-le-feu de 1991. Le Sahara occidental reste depuis lors un territoire disputé, en attente d'un référendum d'autodétermination jamais réalisé. En Tunisie, après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement national reprend de la vigueur. Habib Bourguiba mène des campagnes de mobilisation, des grèves et des négociations. En 1956, la Tunisie accède à l'indépendance. Bourguiba devient président de la République. Il met en place un État moderniste, laïc dans une large mesure, avec le Code du statut personnel qui accorde aux femmes des droits inédits dans le monde arabe. L'enseignement est étendu, la polygamie est abolie, le planning familial est encouragé. Bourguiba gouverne de manière autoritaire jusqu'en 1987, date à laquelle Zine el-Abidine Ben Ali le destitue pour raisons de santé. Ben Ali poursuit une politique de libéralisation économique, mais installe un régime policier et corrompu. Le mécontentement populaire grandit, jusqu'à la révolution de janvier 2011 qui chasse Ben Ali. Cette révolution tunisienne est le point de départ des Printemps arabes. En Libye, après l'indépendance, le roi Idris al-Sanusi gouverne un pays pauvre et faible, divisé entre la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan. La découverte de pétrole en 1959 transforme l'économie. En 1969, le colonel Mouammar Kadhafi renverse le roi Idris lors d'un coup d'État sans effusion de sang. Kadhafi instaure un régime original, la Jamahiriya, fondé sur des comités populaires, un socialisme islamique et un nationalisme arabe puis africain. Il nationalise le pétrole, développe l'État-providence, finance des mouvements révolutionnaires à l'étranger et se brouille avec les Occidentaux. La Libye est accusée de terrorisme, notamment après l'attentat de Lockerbie en 1988. Le pays subit des sanctions internationales dans les années 1990, puis une normalisation dans les années 2000. En 2011, une révolte populaire éclate dans le cadre des Printemps arabes. L'OTAN intervient militairement, et Kadhafi est tué en octobre 2011. Depuis lors, la Libye est fragmentée entre gouvernements rivaux, milices et puissances étrangères. Le pays n'a pas retrouvé de stabilité durable. En Égypte, après la mort de Nasser en 1970, Anouar el-Sadate lui succède. Il lance la guerre d'octobre 1973 contre Israël, puis change de cap et signe les accords de Camp David en 1978 et le traité de paix israélo-égyptien en 1979. L'Égypte est alors isolée dans le monde arabe. Sadate est assassiné en 1981 par des islamistes. Hosni Moubarak gouverne de 1981 à 2011, menant une politique de libéralisation économique, de répression des islamistes et d'alliance avec les États-Unis. Les inégalités sociales, la corruption et l'absence de libertés nourrissent une opposition croissante. En janvier 2011, la place Tahrir au Caire devient le symbole de la révolution égyptienne. Moubarak démissionne en février 2011. En 2012, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, est élu président, mais il est renversé en 2013 par l'armée dirigée par Abdel Fattah al-Sissi. Depuis lors, le régime militaire a consolidé son pouvoir, réprimant toute opposition et menant de grands projets économiques, tandis que la pauvreté et la dette augmentent. En Mauritanie, la colonisation française s'est installée progressivement à partir du Sénégal et du nord. Le pays devient colonie de l'Afrique-Occidentale française. Après la Seconde Guerre mondiale, les revendications nationales se développent. La Mauritanie accède à l'indépendance en 1960. Le pays est partagé entre populations arabo-berbères et populations noires africaines, entre nomades et sédentaires, entre villes côtières et désert. Les coups d'État militaires sont fréquents. La Mauritanie annexe le tiers sud du Sahara occidental en 1975, mais doit y renoncer après les attaques du Polisario. Des tensions communautaires, notamment entre Maures et Négro-Africains, provoquent des violences et des déplacements de populations. Le pays demeure pauvre, tributaire du fer, de la pêche et de l'aide internationale. Au Sahara, la fin de la colonisation française et espagnole laisse des frontières tracées par les puissances coloniales. Les nomades sont poussés à se sédentariser, les pistes caravanières sont remplacées par des routes, les oasis deviennent des villes. La découverte de phosphates, de fer, de pétrole et de gaz dans le Sahara transforme les économies de l'Algérie, de la Libye et de la Mauritanie. Les tensions entre États, comme entre l'Algérie et le Maroc, se concentrent sur le Sahara occidental et sur les questions de frontières. Des mouvements autonomistes, berbères ou touaregs, apparaissent par intermittence. Dans le sud de l'Algérie, les populations touarègues revendiquent plus de droits et de reconnaissance culturelle. En Libye, le Fezzan devient une zone de trafics et de passages pour les migrants venus d'Afrique subsaharienne. Le Sahara reste un espace stratégique, peu peuplé mais riche en ressources et traversé par des routes migratoires et des réseaux de contrebande. |
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